Atoss Takemoto, pionnier du manga en France, est décédé

5 juin 2020 3 commentaires

DÉCÈS. Son rôle de pionnier dans l’importation du manga en France est incomparable, il a fondé Le Cri qui tue (1978), publiée en Suisse, la première revue francophone entièrement consacrée à la bande dessinée japonaise. Il est aussi le premier à avoir édité des mangas en France : Motoichi « Atoss » Takemoto est décédé ce mardi 2 juin 2020, dans son domicile français, à l’âge de 67 ans.

Drôle de type que ce Takemoto, un aventurier de la culture. Né en 1953 à Tôkyô, il est le fils d’un industriel. « Ce drôle de Japonais, écrit Julien Bastide, a vécu en Australie, en Suisse, en Tunisie, en Syrie et en France, a étudié la médecine vétérinaire, la musique, l’arabe littéraire, l’ethnomusicologie, et a été interprète, éditeur de bande dessinée, transfériste dans une agence de voyages, professeur de langues ou encore chef d’orchestre. [...] Il parle couramment cinq langues (japonais, français, anglais, espagnol, arabe) et pratique depuis des années l’escrime, l’équitation, le flamenco et le cor de chasse… » [1]

Sans lui, la "hype" du manga qui frappe nos librairies depuis plus de trente ans n’aurait sans doute pas eu lieu. Lorsqu’il arrive en Europe en 1974 après avoir voyagé à travers le monde, il est déterminé à faire importer sur le Vieux Continent les trésors de la littérature graphique de son pays d’origine. Il démarre ainsi, par l’intermédiaire de ce vieux pirate de Rolf Kesselring (un temps éditeur et ami d’Hugo Pratt, c’est lui qui suggère le titre qui rappelle les films de Kung-Fu...) le magazine trimestriel Le Cri qui tue en 1978, première publication entièrement consacrée au manga dans l’espace francophone.

Et jusqu’à sa fin en 1981, Le Cri qui tue s’imposera comme LA revue de référence dans laquelle se succèdent certains des plus grands mangakas : Yoshihiro Tatsumi, Shotarô Ishimori, Takao Saïto ou encore un certain Osamu Tezuka. Le top du top de l’époque. En 1979, il est également l’éditeur du tout premier manga paru en France : Le Vent du Nord est comme le hennissement d’un cheval noir, une des histoires que l’on trouve dans la série Sabu & Ichi de Shōtarō Ishinomori. La revue s’arrête au bout de six numéros.

La suite de sa vie -toute une aventure qui mêle musique, chevaux et flamenco- le tient éloigné du monde de la bande dessinée qui n’a pas oublié son rôle de pionnier.

JBDP & DP

Atoss Takemoto, pionnier du manga en France, est décédé

En médaillon : Motoichi « Atoss » Takemoto par Sily. Droits réservés.

[1Voir son article très complet sur Animeland.

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3 Messages :
  • Sayônara !
    Excellente soirée passée en votre compagnie, il y a déjà bien longtemps, du temps des fanzines Damned ! et PLGPPUR.

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  • Atoss Takemoto, pionnier du manga en France, est décédé
    6 juin 09:20, par Benoît Bernardin

    "Sans lui, la "hype" du manga qui frappe nos librairies depuis plus de trente ans n’aurait sans doute pas eu lieu."

    Malheureusement, c’est faux et je crois que ce n’est pas rendre hommage à Takemoto que de commencer son éloge funèbre par une contre-vérité. Au contraire, Le Cri qui Tue était complètement avant-gardiste et n’a eu aucune répercussion sur la perception de la BD japonaise en Francophonie. La revue a eu des problèmes de distribution dès le départ et sur les derniers numéros la ligne éditoriale devenait moins spécialisée, accueillant par exemple le strip argentin Mafalda.

    Il faudra attendre le double effet Akira/Dragon Ball, soutenu par les pratiques télévisuelles de l’époque, pour que le manga ait droit de cité en France, soit presque dix ans plus tard.

    Le Cri qui Tue est une première fois historique et doit être célébré pour le courage de Takemoto. Mais il ne faut pas prétendre que cette revue a eu un impact particulier, si ce n’est sur une poignée de curieux. J’aimerais qu’il en ait été autrement, et l’histoire de la découverte du manga en France aurait peut-être été différente, moins chaotique. Mais ce n’est hélas pas le cas.

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 6 juin à  15:43 :

      En l’occurrence, je ne pense pas que vous ayez raison. Si vous suiviez le lien qui figure dans l’article, vous verriez que la personne de Takemoto a joué un rôle plus important que ce que vous prétendez. C’est le sens de l’article. Son impact sur le premier livre de Thierry Groensteen consacré au manga en France, c’est lui. La venue de Tezuka en France et l’intérêt des Japonais pour la production française, il en est aussi probablement l’un des initiateurs. Il faudrait ajouter à votre analyse la publication d’Akira (1990, bien après Takemoto) qui est à l’origine de l’intérêt de la maison Glénat pour le manga. Dragon Ball en France, chez Glénat, c’est 1993.Les premiers J’ai Lu, 1996.

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