Brève rencontre avec : Anton, auteur et éditeur pour Ant Éditions

1er juillet 2021 0 commentaire Interviews
Classification : tout public

RENCONTRES ESTIVALES #4. Ant Éditions est une maison encore - relativement - jeune et méconnue, totalement indépendante et artisanale. Elle met en avant un projet « solidaire et juste ». L’engagement est à la fois éditorial, politique, social et environnemental. L’ambition est en effet de publier très peu de livres, mais de suivre chaque projet de près, en amont et en aval de la parution, et de rémunérer l’auteur dès le début de son travail. L’appel au financement participatif et l’utilisation des réseaux sociaux doivent permettre ces efforts en économisant sur la diffusion. L’impression en France en respectant des critères de durabilité et le refus du pilon soulignent également le choix de l’écologie. Rencontre avec son fondateur Anton - Anthony Roux pour l’état civil.

Avec Vivre en Macronie d’Allan Barte, l’engagement d’Ant Éditions dépasse le champ éditorial pour entrer de plain-pied dans le politique. Pourriez-vous présenter ce projet, déjà en partie publié mais encore en cours ?

Un tome par année du quinquennat d’Emmanuel Macron. Je crois qu’on a la seule série dont l’avenir est conditionné aux élections de 2022 !

Allan Barte est un dessinateur qui sait rendre compte de l’actualité avec une énorme justesse et un engagement réel. J’ai vraiment craqué pour son travail et, en plus, humainement, c’est quelqu’un de super. C’est un vrai bonheur de bosser sur cette série.

De façon très régulière, Allan réalise un dessin sur l’actualité qu’il publie sur les réseaux sociaux. Il sélectionne ensuite les dessins pour l’album. J’insiste vraiment sur cette sélection : je tiens à ne pas l’influencer, c’est donc lui seul qui réalise cette sélection et donne la couleur au livre. De mon côté, pour défendre le livre correctement, j’assure une grosse veille média... Cela me permet de répondre, argumenter, échanger, débattre si besoin...

Mine de rien, sortir une bande dessinée parlant de politique, c’est compliqué à notre époque : certains militants politiques sont allés jusqu’à souhaiter que les bouquins finissent au feu et ont lancé des campagnes de cyberharcèlement (insultes, menaces, faux comptes, etc.). Sans compter une réelle censure ! C’est assez dingue quand on y pense... Surtout quand cela vient de personnes se considérant comme « progressistes » et « républicaines » alors qu’elles sont en réalité très extrémistes.

Brève rencontre avec : Anton, auteur et éditeur pour Ant Éditions
Vivre en Macronie © Allan Barte / Ant Éditions

Les maisons d’édition, minuscules ou gigantesques, se comptent par dizaines en France. Pourquoi avoir créé Ant Éditions dans ce contexte où il semble particulièrement difficile de se faire une place, d’avoir un peu de visibilité et de donner une chance aux livres de vivre ?

Nous pouvons même multiplier ce chiffre par mille au moins ! En effet, il est vraiment extrêmement difficile de se faire une place, d’avoir même un tout petit peu de visibilité et d’arriver à faire vivre les livres (ainsi que leurs autrices et auteurs et même leur éditeur).

J’hésite entre le masochisme ou la lucidité. Disons que quand j’ai commencé à travailler sur le projet d’Ant Éditions, j’avais surtout noté pas mal de mauvaises pratiques dans le milieu du livre et je me suis dit : « Bon, si tu montes ta structure, voici tout ce qu’il ne faut pas faire ». Et ça m’a motivé pour la créer justement. J’avais envie de montrer qu’il était possible de faire autre chose et de ne pas se résigner aux pratiques actuelles.

On ne va pas se mentir, il y a des phases de réelle démotivation, des difficultés découvertes au fur et à mesure, une fatigue chronique... Mais quel bonheur quand le livre arrive ! Cela efface tout le reste.

Je tiens vraiment à défendre mes valeurs et c’est pour cela que je m’accroche. Alors, oui, peut-être, l’aventure pourrait s’arrêter un jour mais, au moins, je n’aurais pas de regrets en étant allé jusqu’au bout.

Les jours de pluie © Anne Montel / Loïc Clément / Ant Éditions

Quelle serait la première mesure (ou les toutes premières, ne soyons pas trop restrictif) à prendre pour réformer la « chaîne du livre » de façon à permettre aux autrices et aux auteurs de mieux en vivre ?

Mince, je vais maintenant passer pour un extrémiste. De façon très radicale : un grand boum et on repart de zéro.

Plus sérieusement, le système doit être réformé en profondeur et cela ne peut se faire que si l’ensemble des acteurs pense à l’intérêt commun et pas uniquement à sa chapelle. J’inclus l’État dedans, via le ministère de la Culture.

Bon, déjà, on imagine un label. Un vrai truc, pas juste un logo. Ce label engage les éditeurs sur des contrats corrects, sur une impression en France (chez des imprimeries durables environnementalement), sur une réelle lutte contre la mise au pilon. Mine de rien, cela limiterait la surproduction et le gâchis ! Les aides du CNL pourraient également être réservées aux éditeurs possédant ce label (il y a pas mal de choses à revoir aussi sur ces aides qui favorisent certains systèmes au détriment d’autres plus vertueux).

Du côté des libraires, revoir la politique des retours... C’est totalement aberrant de penser que le système du livre repose sur des cartons qui se promènent. Je pense qu’il est mieux de travailler correctement avec quelques libraires que de vouloir couvrir (mal) tout le pays et avoir la quasi-totalité des livres retournés. Et, en plus, cela permettrait aux plus petits d’avoir des débouchés face aux très gros qui monopolisent les rayons.

Là, on pense aussi à un cadre légal. Un pourcentage minimum à appliquer aux libraires, un encadrement strict de la diffusion (pas de livres ajoutés sans demande réelle, emballage correct en sortant du tout-plastique...). En contrepartie, les libraires s’engagent aussi à régler les éditeurs (ou les auteurs auto-édités) dans un délai normal (petite pensée aux factures impayées depuis un an malgré de multiples relances...).

A cela, on ajoute un vrai tarif Livres pour les envois (1 €, avec suivi). Se dire que l’envoi d’un livre coûte au minimum la moitié du prix du livre est une stupidité sans nom. Ce tarif Livres doit s’appliquer aussi bien aux libraires, aux éditeurs (engagés sur le label évoqué) qu’aux auteurs. Et cela limiterait les abus des ogres du numérique.

Bref, en redistribuant correctement les recettes du livre, en limitant la surproduction et la destruction de livres, on arriverait très vite à un système viable pour tout le monde, sans conséquence non plus pour le budget des lectrices et lecteurs...

Puisque nous sommes dans cette douce utopie, il serait aussi temps que les pouvoirs publics créent un réel statut pour les auteurs, avec un système clair, transparent et qui fonctionne (on évite de repartir avec les déboires de l’Agessa ou les bugs de l’Urssaf Limousin). On peut imaginer que la TVA des livres vendus (neuf et occasion), leurs produits dérivés (dont certains sont libres de droits, adaptés sur d’autres supports...) ou encore la TVA sur l’impression d’ouvrages servent à financer ces dispositifs (prix d’envoi unique, couverture sociale des auteurs, droits sur le prêt...).

RIP - Une Histoire Mortelle © Anton / Nicolas Otéro / Ant Éditions

FH

Propos recueillis par Frédéric Hojlo.

En médaillon : logo de la maison d’édition.

Lire également sur ActuaBD : Vivre en Macronie – Année 1 : Les Premiers de cordée – Par Allan Barte – Ant éditions. Un recueil engagé.

Voir en ligne : Consulter le site d’Ant Éditions.

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