Brève rencontre avec : Véropée, autrice de "Le Cid en 4e B" chez La Boîte à Bulles

5 août 2021 0 commentaire Interviews
La Boîte à Bulles ✍ Véropée ✏️ Véropée tout public 🛒 Acheter

RENCONTRES ESTIVALES #13. Peut-on faire lire du théâtre classique aux adolescents d’aujourd’hui ? Véropée, professeure de lettres et dessinatrice, répond par l’affirmative. À rebours des lieux communs, elle montre dans Le Cid en 4e B, de son trait simple, dynamique et extrêmement lisible, qu’il est encore possible de faire découvrir aux collégiens les grands auteurs de la littérature française - en l’occurrence Corneille. Mais il faut être prêt pour cela à faire preuve d’inventivité, d’humour, d’attention et de patience. En un mot : d’être pédagogue, au sens le plus noble du terme.

Qu’est-ce qui relève, dans votre bande dessinée, de la fiction d’une part, et de l’expérience d’autre part ?

Cette bande dessinée est très largement issue de mon expérience d’enseignante : les élèves ont été de fabuleux scénaristes, et je n’ai inventé aucune réplique. En revanche, j’ai mixé les réparties farfelues de plusieurs années ou classes de 4e ! Pour autant, contrairement à ce que j’entends parfois, je n’en ai pas tellement rajouté : j’ai plutôt retiré des choses, pour ne pas trop retarder l’arrivée de l’intrigue du Cid...

Brève rencontre avec : Véropée, autrice de "Le Cid en 4e B" chez La Boîte à Bulles
Le Cid en 4e B © Véropée / La Boîte à Bulles 2019

En cours, on passe quand même beaucoup de temps à répondre à celui qui a perdu son stylo, celle qui insulte sa voisine, celui qui arrive en retard, celle qui ne sait plus où on en est... C’est usant, même si cela permet parfois d’aborder des sujets inattendus !

Comment conciliez-vous le travail d’enseignante et celui d’autrice ?

Il y a eu des moments bien remplis, mais j’étais à trois quarts temps, j’ai donc pu m’organiser pour écrire le scénario et dessiner. Souvent le soir, les week-end et les vacances, même si, quand on est enseignant, il y a toujours potentiellement du boulot, y compris pendant les vacances. Mais, dans la mesure où j’étais à 80 %, je me suis autorisée à me libérer pour retrouver mes élèves de papier !

Parfois, justement, j’avais envie de souffler, je n’avais plus envie de les voir « en peinture » quand j’étais censée être libérée d’eux ! Enfin, d’une façon ou d’une autre, ils nous poursuivent, les élèves… À raison de quatre heures par semaine en face-à-face pendant un an, on se connaît très bien, on ne s’oublie pas comme ça… Aujourd’hui, je ne suis plus enseignante, mais ce lien si particulier, entre familiarité et distance, tête-à-tête et collectif, me manque !

Le langage – celui de Corneille, celui des élèves – est au cœur de l’ouvrage. La bande dessinée en constitue en quelque sorte un troisième. Pour vous, leur rencontre voire leur confrontation témoigne-t-elle d’un appauvrissement de la langue française ou au contraire d’un enrichissement ?

À mon sens, il s’agit surtout d’une évolution normale ! Depuis qu’il existe des ados, ils ont toujours plus ou moins eu leur langage. Et pour ma part, j’adore découvrir leurs trouvailles lexicales.

Le Cid en 4e B © Véropée / La Boîte à Bulles 2019

Ce qui est plus embêtant par contre, quand on est jeune et après, c’est de ne pas bien maîtriser les différents niveaux de langue, parce que c’est très stigmatisant. L’idéal, c’est d’être en mesure d’ « avoir le seum » avec les copains comme d’être « extrêmement contrarié », pourquoi pas ! (Mince, si ça se trouve, ça ne se dit déjà plus, le « seum ».)

Quant à la bande dessinée, aussi étonnant que cela puisse paraître, c’est un médium que j’ai découvert sur le tard. Je trouve que c’est une façon de lire très particulière, à laquelle il faut s’habituer. J’ai parfois eu du mal à lire des bandes dessinées : ce mélange textes et images me perturbait, devenue adulte. Pourtant, comme tout le monde, j’ai « mangé » des Astérix et des Tintin à la pelle plus petite… Ou alors, la lecture de bande dessinée, c’est comme le dessin : spontané, mais on désapprend avec l’âge ?

Ce que j’aime en tout cas avec la bande dessinée, c’est qu’elle peut faire passer beaucoup de choses. Elle peut attirer des tout petits lecteurs, elle peut vulgariser des sujets compliqués… Elle peut emporter plus que ne le fait un roman, parfois, parce que c’est plus enveloppant, peut-être, à cause du dessin. Parce qu’on lit une bande dessinée sur un temps plus court ? Ou parce qu’on la lit moins au lit, juste avant de dormir ?

J’ai souvenir d’avoir lu Maus [1] à la bibliothèque, une après-midi de vacances, j’étais complètement fascinée par l’ensemble, je n’étais plus sur mon siège en caoutchouc, j’étais là-bas… Maus m’a fait appréhender la réalité des camps d’extermination et de l’Allemagne nazie de façon peut-être plus concrète que Primo Levi [2]. C’est très étrange, le pouvoir du dessin. D’ailleurs, je voulais étudier Maus avec des élèves, mais je n’ai jamais réussi à le faire tellement cela m’était insoutenable, déjà, à moi.

Sans aucun lien et de façon bien plus légère, j’ai voyagé avec bien des bandes dessinées dans des univers beaucoup moins sombres… J’ai vécu avec la chanteuse du groupe The Mamas and the Papas grâce à Pénélope Bagieu (California Dreamin’) ou, dernièrement, j’ai fréquenté Anaïs Nin via les crayons de couleur envoûtants de Léonie Bischoff !

Le Cid en 4e B © Véropée / La Boîte à Bulles 2019
Le Cid en 4e B © Véropée / La Boîte à Bulles 2019

FH

Propos recueillis par Frédéric Hojlo.

En médaillon : couverture de Le Cid en 4e B, Véropée / La Boîte à Bulles, 2019.

Le Cid en 4e B - Par Véropée - La Boîte à Bulles - collection Contre-pied - couleurs par Philippe Marlu - 19 x 26,5 cm - 95 pages couleurs - parution le 2 mai 2019 - acheter cet ouvrage chez Cultura.

Voir en ligne : Consulter le site de Véropée.

[1Roman graphique d’Art Spiegleman, 1980-1991, Panthéon Books / Flammarion, consacré au témoignage du père de l’auteur, rescapé des camps nazis, Prix Pulitzer en 1992.

[2Chimiste et écrivain italien, 1919-1987, ayant raconté son emprisonnement au camp d’Auschwitz-Monowitz dans Si c’est un homme paru en 1947 puis sa libération dans La Trêve en 1963.

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