Brève rencontre avec : William Henne & Xavier Löwenthal, éditeurs pour La 5e Couche

21 juin 2021 1 commentaire Interviews
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RENCONTRES ESTIVALES #1. L’été peut être propice aux découvertes, mais c’est aussi la saison des voyages et des vacances. C’est pourquoi nous proposons cette année une série de courts entretiens, à paraître une à deux fois par semaine du 21 juin jusqu’à la fin du mois d’août. Privilégiant la bande dessinée alternative, mais sans exclusive, cette série sera l’occasion de mettre en lumière des livres récents ou à venir, d’offrir des pistes variées et d’explorer les frontières de la bande dessinée. Accueillir pour débuter William Henne et Xavier Löwenthal, éditeurs pour La 5e Couche, maison d’édition dont l’histoire a presque trente ans et qui ne craint pas de flirter avec l’art conceptuel, sonnait donc comme une évidence.

Pourquoi La « 5e » Couche, et pas la 4e ou la 6e ?

Ce nom est une boutade / hommage à un professeur d’histoire de l’art qui exposait le modernisme d’après un modèle en 4 couches (d’après Clement Greenberg). Fidèles à une réputation que nous n’avions pas encore, on en a rajouté une.

Brève rencontre avec : William Henne & Xavier Löwenthal, éditeurs pour La 5e Couche
En attendant t’avenue - Par François Henninger - hors collection - 2017

Une interprétation apocryphe en fait une référence à la quadrichromie. Et quand on nous demande "mais pourquoi la cinquième couche ?", on ne peut plus répondre, après Me too, "mais les quatre autres aussi".

La 5e Couche a plus de 20 ans d’expérience. Qu’est-ce qui vous a fait tenir et vous motive encore ?

La motivation est un sentiment très variable, en montagne russe. La réussite de nos livres et leur (relatif) succès nous motivent encore. Ça demeure très fragile, autant financièrement que mentalement. Dans notre couple d’éditeurs, la charge mentale est très inégalement répartie et chacun croit tout porter.

Katz - Par Ilan Manouach - collection Essaim - 2012

Une partie de votre catalogue met l’accent sur les détournements, la mise à distance ironique de la bande dessinée, ou le questionnement sur les rapports entre texte et image. C’est une démarche encore assez rare dans le champ éditorial. Pourquoi à votre avis ?

Le choix de privilégier une création auto-référentielle, spéculative, parodique et conceptuelle (mais souvent ludique et enjouée) débouche nécessairement sur des objets qui bousculent les habitudes et qui bouleversent la narration et le rapport à l’image. C’est une façon de réactiver le sens et les thèmes traités depuis des temps immémoriaux, une façon d’interroger les conditions de production et de réception des œuvres ainsi que leurs implications culturelles, sociales et politiques. Attention, La 5e Couche ne prétend pas être seule sur ce terrain ! Mais elle s’en est fait une spécialité), et La 5e Couche s’inscrit dans une longue tradition : les Upside-Downs de Gustave Verbeck, Philémon de Fred, Bazooka, la bande dessinée abstraite brésilienne des années 1960, Norman McLaren, Fluxus, les situationnistes....

The Dark Knight returns book one - collection Essaim - 2021

Tout bouleversement des habitudes de lecture la rend problématique, moins accessible immédiatement. C’est vieux comme l’invention, en art. Certaines publications conceptuelles versent dans l’illisibilité : là où des détournements comme Riki fermier ou Katz proposent des relectures, des œuvres détournées, donc des lectures tout de même, des objets comme Blanco, Harvested, le ready-made d’Astroboy ou le code PostScript du pdf de The Dark Knight returns sont la matérialisation de leur concept et, en tant que tels, n’ont pas forcément vocation à être lus.

La 5e Couche est en outre très à cheval sur les principes de la propriété intellectuelle. Un autre éditeur se gardera de s’aventurer dans ses plates-bandes, sauf à endurer notre légitime et juridique courroux. Il y a des choses avec lesquelles on ne rit pas.

Ramone - Par Lucas Verstraete - collection F - 2017

FH

Propos recueillis par Frédéric Hojlo.

En médaillon : le logo « distanciation physique » de La 5e Couche.

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Voir en ligne : Consulter le site de La 5e Couche.

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