Décès de Seth Fisher, un artiste à part

3 février 2006 0 commentaire

On vient d’apprendre le décès de l’artiste américain Seth Fisher, des suites d’une chute du haut d’un bâtiment à Osaka (Japon), où il résidait avec sa famille.

Décès de Seth Fisher, un artiste à part

Quasi inconnu en France, Fisher était très apprécié aux États-Unis pour la vitalité, l’énergie et l’imagination folle qui se dégage de ses planches.
Apparu dans le milieu de la BD en 1999 avec la mini-série Happydale pour DC/Vertigo (sur scénario d’Andrew Nabb), Fisher avait tout de suite étonné avec un style à cent lieues des canons du mainstream américain, très illustratif et baroque.

L’une des pages du Green Lantern
Deux autres cases du Green Lantern

En dehors de courtes histoires pour le magazine Heavy Metal, Fisher avait surtout travaillé en comics pour DC, sur des one-shots de Flash ou Green Lantern, insufflant une nouvelle vie aux personnages quelque peu fatigués de la firme. Ses délires visuels très maîtrisés ont particulièrement fait merveille sur le Green Lantern : Willworld (2001) où le scénariste JM DeMatteis (Blood : A Tale avec Kent Williams, ou Spider-Man : La Dernière Chasse de Kraven avec Mike Zeck) nous refaisait son coup préféré : la recherche d’identité. Le personnage placé sur un monde fou se trouvait confronté à une réalité changeante et digne de celle du Garage Hermétique, ce qui convenait parfaitement à Seth Fisher.

La couverture du 1er Vertigo Pop : Tokyo

L’année suivante est publiée ce qui reste son œuvre la plus étonnante - et celle qui mériterait sûrement une traduction, étant donné la qualité du scénario et du dessin. Vertigo Pop : Tokyo est une mini-série écrite pour DC/Vertigo par Jonathan Vankin, sans aucun aspect fantastique, ce qui n’empêche nullement Fisher de faire preuve d’une créativité visuelle qui mêle univers d’animé et BD moderne. Racontant les déboires comico-amoureux d’un américain à Tokyo, cette bande plonge le lecteur dans une ambiance hystérique et colorée, aux personnages attachants dans leur étrangeté.

Il y a quelques mois, Fisher est revenu chez DC pour une histoire de la série Legends of The Dark Knight, mettant en scène le personnage de Batman dans des arcs indépendants, opposant cette fois-ci l’homme aux oreilles pointues à Mr Freeze. Les visions de l’homme de glace qui a perdu sa femme mais l’imagine lui parlant sont mises en scène de façon à la fois romantique et foisonnante par Fisher, qui ne semblait pourtant pas destiné à illustrer des histoires du Chevalier Noir.

La couverture du 1er FF/Iron Man

Enfin, on peut lire la mini-série Fantastic Four/Iron Man : Big in Japan sur une histoire de Zeb Wells (en cours de parution chez Marvel), dans laquelle les super-héros se retrouvent au Japon et affrontent des monstres venus d’on ne sait où, hommage à la fois aux Godzillas et Mothras nippons, et aux courtes histoires de la Marvel des années 50 pré-super-héros, par Stan Lee avec Jack Kirby ou Steve Ditko. Encore une fois, Fisher semble bien s’amuser, même si l’on aurait pu souhaiter quelque chose de plus substantiel. Mais visuellement, c’est un festin.

Seth Fisher venait de terminer des illustrations pour un livre pour enfants - il a aussi souvent travaillé hors BD. À peine arrivé à la trentaine, cet artiste original avait déjà marqué de son empreinte la BD contemporaine outre-Atlantique. On ne peut que regretter qu’il n’ait pas eu le temps d’être découvert par chez nous. Contentons-nous donc d’admirer son talent sous toutes ses formes grâce à son site bien fourni, et d’espérer qu’un éditeur français se décidera à lui rendre hommage.

FP

Voir en ligne : L’article de Newsarama (en anglais)

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