Dupuis : Claude de Saint-Vincent répond à la deuxième lettre des auteurs.

30 mars 2006 5 commentaires Actualité

Claude de Saint-Vincent, le directeur général adjoint du groupe Média-Participations, a répondu hier soir à la deuxième lettre ouverte où 147 auteurs invitaient les parties à clarifier leurs positions et à s’engager de façon nette et précise sur les conditions de l’autonomie des éditions Dupuis. Les signataires de cette lettre conviaient au dialogue Média-Participations et ceux qui ont « été écartés ou amenés à abandonner le terrain pour avoir soulevé ces problèmes d’indépendance, de confiance, et d’identité »

Nous publions aujourd’hui, avec son consentement, la réponse de Claude de Saint-Vincent aux auteurs [1]. Elle se veut rassurante et maintient que "l’autonomie ou l’indépendance éditoriale de Dupuis [n’]a été menacée d’aucune sorte"

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Bonjour, cette fois j’essaye de répondre vite sans vous froisser. Et comme voici quinze ans que j’ai à coeur de faire confiance aux auteurs et de justifier la leur, j’hésite à prendre le risque d’en blesser 144 d’un coup. Pardon d’avance à ceux qui ne seront pas convaincus.

"Nous, auteurs de livres publiés par Dupuis, continuons de suivre avec la plus grande attention les évènements qui concernent notre maison d’édition. Il semble que le temps des oppositions frontales veuille laisser place à celui du dialogue raisonné. Nous en prenons acte, et notre vigilance n’en
est que plus forte. La question de l’autonomie des éditions Dupuis au sein
du groupe Media-Participation et celle de la confiance entre les acteurs de cette crise restent à régler.
"

J’ai du mal à vous répondre sur ce point puisque je n’ai encore à ce jour pas entendu un seul fait concret prouvant :

1/ que l’autonomie ou l’indépendance éditoriale de Dupuis ait été menacée d’aucune sorte ;
2/ quoique que ce soit qui puisse remettre en cause cette liberté ait changé depuis 2 ans ;

"Ces questions ont d’abord été posées en vain par le comité de direction de Dupuis."

Désolé, je voudrais arriver à vous dire ça avec délicatesse et le plus de précision possible mais la réalité est un peu différente. Et comme toujours
c’est incompréhensible pour ceux qui sont un peu restés en dehors de cette affaire ou qui n’en connaissent pas les détails.

Dupuis : Claude de Saint-Vincent répond à la deuxième lettre des auteurs. jamais, avant la démission de Dimitri (ndlr : Kennes), le Comité de direction ne s’est emparé d’un tel sujet ou n’a émis de remarques dans ce sens. Et pour cause...

- ce n’est pas le Comité de Direction mais huit cadres sur dix qui vous ont affirmé qu’ils avaient "posé des questions en vain". N’hésitez pas à parler aux deux autres un jour, ou bien aux directeurs de Dupuis qui n’avaient pas été conviés au Comité de Direction, créé en décembre seulement,

- ces huit cadres n’ont pas" posé des questions", ils ont en fait repris la note de départ de Dimitri en y ajoutant deux demandes les rendant difficiles à accepter sur le champ (pour être précis, la nomination de Laurent Schmidt comme Directeur Général de Dupuis et la nomination de la Directrice Financière de Dupuis pour superviser le reporting financier de Dargaud et du Lombard),

- enfin toutes les vraies questions (qui d’ailleurs ne se posaient pas depuis 18 mois) ont eu des réponses claires, rapides. Mais je vous renvoie à ma première lettre et à ses annexes.

"Désormais, toutes les parties conviennent qu’elles méritent des réponses précises et durablement tenues. Il nous paraît légitime et indispensable que tous ceux qui ont été écartés ou amenés à abandonner le terrain pour avoir soulevé ces problèmes d’indépendance, de confiance, et d’identité soient présents autour de la table des négociations. C’est pour nous, auteurs Dupuis, une question d’équité, et la marque de notre fidélité intacte à ce comité de direction auquel nous renouvelons notre entier soutien."

Il faut être clair. Il n’y a pas de négociations, d’aucune sorte, avec Dimitri Kennes. Pendant 18 mois il a eu les rênes des Dupuis en main. En toute autonomie. Et croyez-moi s’il avait pensé que Dupuis était en danger il ne lui aurait pas fallu 18 mois pour le réaliser.

Il a choisi de partir. De ne plus diriger Dupuis. Puis de s’engager dans une étrange tentative de rachat forcé. Cette opération devrait à tout le moins jeter un doute sur toutes les justifications apportées après coup à son départ. Mais elle rend clairement impossible toute discussion avec lui.

En revanche, nous l’avons toujours dit, tous les cadres qui le souhaitent seront associés à l’avenir de Dupuis. Mais ils ne doivent pas éternellement s’opposer aux décisions de l’entreprise et en perturber le fonctionnement. Notre métier c’est d’éditer, de promouvoir et de vendre des albums, les vôtres. C’est notre véritable objectif commun et nous n’avons pas de temps à perdre à inventer des conflits.

Avec Huguette Marien nous recherchons un Directeur Général qui aura pour rôle d’incarner Dupuis et d’être le garant de son identité (qui n’a jamais été menacée). Il aura comme c’était le cas auparavant la totale maîtrise de la politique éditoriale, marketing et commerciale.

Ah oui et puis comme j’ai beaucoup lu et entendu sur "la multinationale Media-Participations, le groupe financier français avide, la machine à broyer les identités, Spirou contre Goliath"...etc laissez-moi vous donner quelques précisions en vrac :

- Media-Participations c’est pas compliqué, c’est Fleurus, Rustica, Mango, Edifa, Dupuis, Dargaud et Le Lombard. Et tout ça avec un centre de logistique important en région parisienne, celui de Dupuis plus petit à Fleurus (la ville, pas l’éditeur) et un tout petit en Suisse.

- Media-Participation ce n’est pas Microsoft. Avec moins de 800 salariés c’est à peu près Gallimard qui en compte 1000. Est-ce que Gallimard est un monstre financier ? Et l’actionnaire précédent de Dupuis a réalisé un chiffre d’affaires 30 fois supérieur. Ce sont des faits, pas des fantasmes.

- la culture du groupe c’est l’autonomie des filiales. Par définition et par contrainte de taille il n’y a pas d’intervention dans le fonctionnement des maisons d’édition. L’édition est au coeur de nos métiers et du groupe. Et notre croissance s’est essentiellement effectuée par croissance interne
(Fleurus a multiplié par 10 son CA en 10 ans ; Dargaud par 5 seulement).

- dans un monde où tous se regroupent (grande distribution, chaînes de librairies, imprimeurs...) ne vous trompez pas, l’isolationnisme est mortel. Ce n’est pas nous qui avons vendu Dupuis c’est son propriétaire précédent (la CNP). Peut-être avait-il fait la même analyse puisque la vente était pratiquement conclue avec Flammarion-Rizzoli en juin 2004 ? En moins de deux ans le rapprochement de Dupuis avec les autres sociétés du groupe a permis d’améliorer les relations avec les imprimeurs, d’accroître le nombre de vendeurs Dupuis, d’apporter un nouveau volume d’affaires à la distribution de Dupuis, au Marketing Direct, à la structure du Ballon à Anvers...etc... en toute liberté...

Tous les faits qui vous sont présentés le sont négativement. Comment croire que la réalité soit aussi radicale ? Comment ces directeurs auraient-ils pu être aussi aveugles ? En quoi Media-Participations est-elle responsable des plans sociaux de 2002 ou 2003 ? Pourquoi l’année 2005 a-t-elle été une réussite ?

L’important est que nous croyons tous en Dupuis et son avenir. Votre sérénité est essentielle pour que nous nous remettions tous au travail dans notre intérêt à tous. Merci de votre confiance (qui n’exclut pas votre vigilance).

Très cordialement ?

Claude de Saint Vincent

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NA.

[1qui leur a été envoyée par mail le 29 mars.

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5 Messages :
  • il y a tout de même un fait qui semble indiquer indiscutablement que la liberté éditoriale de Dupuis semblait menacée à moyen terme, à savoir le souhait de réunir les collections Expresso et Poisson Pilote...c’était en projet si je me trompe pas...

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    • Répondu par Philippe Ostermann le 30 mars 2006 à  19:06 :

      Cher anonyme,

      En tant que directeur éditorial de Dargaud, je peux vous assurer qu’il n’a jamais été question d’un quelconque rapprochement entre Expresso et Poisson Pilote. Ni d’ailleurs entre une quelconque collection de Dupuis et une de Dargaud. Merci d’éviter de colporter ce genre de rumeur infondée.

      Cordialement

      Philippe Ostermann

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    • Répondu le 30 mars 2006 à  21:46 :

      Ben si vous vous trompez totalement. Ca n’a jamais jamais jamais été évoqué. Pourquoi l’aurait-ce été puisque les maisons fonctionnent en totale autonomie et indépendance éditoriale ?

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    • Répondu le 30 mars 2006 à  23:30 :

      alors je vote expresso ! Meilleur cartonage (les tranches surtout, y’a pas toujours du carton dans les PP), maquette plus sympas, format aussi. Bon, maitenant qu’il y à des Repérage et des Expresso publier en France chez PPO, ou autre, on à aussi des surpises...
      C’est le nouvel effet rachat ça, en plus des prix ?

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  • un comité de direction d’une entreprise ne peut pas proposer un nouveau directeur général ? c’est une demande difficile à satisfaire ? je ne comprends pas bien où est l’autonomie.

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