Isabelle Bauthian répond à la ministre Aurélie Filippetti

6 février 2013 29 commentaires

L’interview que madame la ministre de la Culture Aurélie Filippetti a accordée à Didier Pasamonik dans nos colonnes, est en ligne depuis quelques heures que déjà, les auteurs montent au créneau.

En effet, les commentaires postés sur le forum associé à cette interview, affichaient déjà la couleur. En cause, le raccourci fait par la ministre, concernant la surproduction d’albums de bandes dessinées :

"On ne m’a pas parlé de "crise de la BD". Par rapport à l’ensemble de l’industrie du livre, c’est même un secteur qui se porte bien, il y a encore eu une légère progression l’année dernière. C’est vrai qu’il y a beaucoup d’œuvres, près de 5500 œuvres nouvelles, mais je trouve cela extrêmement positif, moi."

La majorité en situation précaire, les auteurs n’ont pas tardé à réagir. La scénariste Isabelle Bauthian (les séries Havre, Wakfu et Redakai) publie même sur son blog, une lettre ouverte à madame Aurélie Filippetti :

« Mot-clef du jour : « blague extremement drole »

Lettre à Madame la ministre de la culture, Aurélie Filippetti, suite à son entretien avec Didier Pasamonik, du site ActuaBD.

Madame la Ministre,

Scénariste de bandes dessinées, j’ai lu avec intérêt votre interview sur le site actuabd. Je ne vous cache pas que j’en suis ressortie triste, amère, et très inquiète quant à l’avenir de ma profession.

Passe encore votre méconnaissance de ce média, vous avez au moins la franchise de la reconnaître. Passent plus difficilement les clichés que vous y associez (oseriez-vous tenir ces mêmes propos vis à vis du cinéma, un autre « art populaire » destiné à ceux qui n’ont pas la maturité ou l’intellect nécessaire pour aborder de vraies œuvres ?). Ne passent pas du tout vos affirmations quand à la santé du milieu qui, selon vous, semble se résumer au nombre de sorties.
Vous parlez du numérique comme d’un sujet réglé alors qu’il s’agit de l’un des plus gros conflits actuels entre auteurs et éditeurs. Il existe un syndicat des auteurs, le SNAC, qui œuvre depuis des années, en vain, pour aboutir à un accord raisonnable sur ce sujet. Mais vous n’avez discuté qu’avec le SNE. Auriez-vous parlé d’accord sur une politique industrielle en ne négociant qu’avec le MEDEF ?
Vous semblez ignorer la fulgurante baisse des ventes des nouveautés mises sur le marché, et même la diminution de la rentabilité des best-sellers. Mais, eh, « la diversité est conservée » !
Vous parlez des libraires, en affirmant que le livre n’est rien sans eux. L’affirmation, un peu plus nuancée, aurait pu être vraie. Mais vous semblez oublier que l’inverse l’est plus encore. Un écrivain, sans éditeur, ni diffuseur, ni libraire, est toujours un écrivain. Mais aucune des professions du livre n’existerait sans les auteurs. Les auteurs, systématiquement oubliés de toute discussion un peu sérieuse (entendez par là : « économique ») sur leur milieu.

Permettez-moi de brièvement vous exposer mon cas. Je suis scénariste professionnelle depuis 2006. Je travaille à plein temps avec quatre des plus gros éditeurs de bandes dessinées. Malgré ma faible notoriété, mes livres (pas tous pour les enfants, certains littéraires, eh oui !) reçoivent des retours globalement très positifs du public et des médias.
Cette année, j’ai gagné en moyenne 750€ par mois. Suite à un incident professionnel vécu par mon conjoint, j’ai failli, enceinte de mon second fils, ne plus pouvoir payer mon logement.
Ma situation, madame la Ministre, n’est pas une anecdote isolée et personnelle. Elle est celle de l’écrasante majorité des auteurs de bd. Et je fais partie des chanceux. Ceux qui survivent.

Les propos que vous avez tenus, vous, écrivain, me font trembler. Vous venez du roman et je sais, pour y travailler également, que la situation des auteurs y est encore pire. Je déplore que le succès, ou votre nouvelle position, vous ait à ce point déconnectée de la réalité de l’immense majorité de vos collègues.

Je ne suis pas engagée politiquement, je ne suis pas syndicaliste, je ne suis pas militante. D’autres interlocuteurs seront plus à même que moi de vous proposer des solutions pour faire face à une paupérisation toujours plus grande de ceux sur qui repose toute la chaîne du livre. La situation est complexe. Les éditeurs, également, doivent être entendus. Personne ne vous demande de miracle. Mais un peu d’attention, un respect suffisant pour vous documenter un minimum serait un bon début. Ne vous a-t-on pas remis en mains propres le documentaire « Sous les Bulles », qui donne la parole à tous les métiers concernés par le sujet ? Regardez-le, s’il vous plaît. Il dure moins d’une heure et économisera un long travail de recherche à vos assistants.

Nous faisons un vrai métier.

Cordialement,

Isabelle Bauthian
Scénariste, écrivain, caressant encore l’espoir que sa ministre et consœur accordera à son métier l’attention qu’il mérite. »

TB

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29 Messages :
  • Je n’avais jamais entendu parler de Isabelle Bauthian, au moins, elle sait faire sa pub, elle est réactive.

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    • Répondu le 7 février 2013 à  05:47 :

      Vue la teneur des propos, de ce qu’elle évoque, I.Bauthian est à mille lieue de "faire sa pub " comme vous dites, c’est un S.O.S. et un cri d’alarme.
      Y voir un coup de pub est stupide !

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      • Répondu le 7 février 2013 à  17:28 :

        Erik Arnoux a fait le même coup ici même il y a peu.

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    • Répondu le 7 février 2013 à  13:39 :

      Clic droit sur son nom.
      Clic sur "Rechercher sur Google".
      Enjoy Internet

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      • Répondu par Janeyre le 7 février 2013 à  14:35 :

        Elle dit qu’elle ne gagne pas bien sa vie en faisant ce métier.
        Que peut y faire la ministre ? Acheter 1000 albums de l’auteure ?
        Les auteurs touchent déjà des avances sur droit pour des albums qui ne se vendent pas !

        La bd c’est un peu devenu comme les livres en latin. On ne peut contraindre personne à ne pas les écrire, mais on ne peut pas non plus obliger les gens à les acheter.

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        • Répondu par Krassinsky le 7 février 2013 à  22:04 :

          Janeyre, c’est vous qui avez raison : Les livres, c’est chiant. Si en plus de devoir les lire, il faut les payer, mais où va-t-on ?

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          • Répondu le 8 février 2013 à  02:26 :

            Tout ce que j’ai lu, ce sont des lettres et des commentaires d’auteurs aigris.
            Se permettre de corriger maladroitement lesdéclarations de la ministre. Vous n’engagerez aucune discussion en vous moquant de ses bafouilles.
            Et parmi vous qui vous moquez, qui a lu ses romans ? Elle ne vous connaît pas mais vous, la connaissez-vous ?
            Vous voulez qu’elle vous aide ? Faites-lui une déclaration d’amour, pas de guerre. Flatter n’est pas un crime. Flageller oui.

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            • Répondu par Benoit Halpan le 10 février 2013 à  15:21 :

              à propos d’aigri, vos paroles sentent à plein nez celui d’un éditeur aigri (courageusement anonyme), ou d’un lecteur larbin.Les mineurs de germinal étaient aussi "aigris", je suppose ? les noirs sudafricains n’étaient que de "sales aigris" , de même que ce salaud de ghandi qui par aigreur et outrecuidance, osait résister aux colons ? misère, avec des boeufs pareils, on n’est pas rendu.Démocratie n’est pas mollesse, Jésus a chassé les marchands du temple, certains feraient bien de s’en souvenir !

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              • Répondu le 10 février 2013 à  19:22 :

                Jésus a chassé les marchands du temple, certains feraient bien de s’en souvenir

                Amen !

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              • Répondu le 11 février 2013 à  02:39 :

                Les français ont décapités leur roi et depuis ils ne savent faire que ça. Aucun compromis possible, ce sont eux ou nous !
                On va appeler ça l’exception culturelle française ;)

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        • Répondu par Philippe le 7 février 2013 à  22:18 :

          Rien à voir, tous ces livres sont rentables pour l’éditeur, mais pas pour l’auteur, parce que la part allouée est bien trop faible, c’est là qu’il y a arnaque. Si le pourcentage de l’auteur était à 20% du prix de vente (ce qui est tout à fait envisageable, même plus), les auteurs gagneraient leur vie avec les bénéfices des ventes de leur travail.

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          • Répondu le 8 février 2013 à  13:56 :

            Le problème, c’est plutôt que les éditeurs perdent de l’argent sur la plupart des livres qu’ils éditent ; seuls les best-sellers permettent de faire tourner la machine, et il semble aussi normal que les auteurs de ces best-sellers soient mieux rémunérés.

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            • Répondu le 8 février 2013 à  20:50 :

              Les éditeurs ne perdent que très rarement de l’argent sur un livre, même s’ils n’en vendent que 500 exemplaires, ils ne perdent pas d’argent, ça suffit pour compenser l’impression, la distribution et le forfait.

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              • Répondu par Sergio Salma le 10 février 2013 à  00:11 :

                Comment certaines personnes qui n’y connaissent rien mais alors RIEN sur le métier de l’édition ont-ils le culot ou l’idée de publier sur ce site ? Il y a des limites quand même. Faudrait juste penser à garder un minimum de dignité . Je suis sur le cul.

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              • Répondu par Benoît le 10 février 2013 à  00:54 :

                Rentable à 500 exemplaires, ça marche pour les petites structures et les tirages à 1000 ou 1200 exemplaires.

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              • Répondu par Sylla le 10 février 2013 à  12:58 :

                Énormément de livres qui sortent ne vendent même pas 500 exemplaires, c’est pourquoi les tirages initiaux ont beaucoup baissé, il n’est pas rare qu’un éditeur ne fasse imprimer que 1000 exemplaires d’une nouveauté, il préfère faire un retirage en cas de vente, ça revient moins cher que de stocker. En même temps, avec un tirage de mille exemplaires, la mise en place est tellement hasardeuse qu’il a fort peu de chance que le livre soit un succès.

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  • On est dans un métier artistique, et tout le monde ne peut pas réussir. C’est la loi du métier. Après, il est dommage que les éditeurs ne mettent en valeur que des noms connus. Même si je l’avoue, quand j’essaye de nouveau auteur, je m’emmerde très et trop souvent.

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    • Répondu le 7 février 2013 à  20:05 :

      Certes, On est dans un métier artistique, et tout le monde ne peut pas réussir,
      mais avouez que avec 5500 sorties c’est encore bcp plus dur d’émerger qu’il y a 10 ans. Surproduction de m....

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    • Répondu par Benoit Halpan le 10 février 2013 à  15:25 :

      forcément, si vous regarder 50 films de John Wayne, un Kurosawa ou un Billy Wilder vous paraitront chiant. La veulerie décomplexée. N’est pire fou que celui qui ne se rend pas compte du formatage de ses habitudes.

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  • Comme le souligne très justement Sergio Salma, on atteint un degré d’ineptie assez hallucinant dans les commentaires.
    J’imagine qu’il s’agit des habituels anonymes qui n’ont rien d’autre à faire de leur journée que de poster des commentaires farfelus pour se sentir exister.
    Sur certains articles, ça peut passer. Mais là, on est tout de même sur un sujet préoccupant pour plusieurs d’entre nous (pour ne pas dire une majorité). Moi aussi j’aime bien raconter des conneries sur des forums. Mais y a des moments où il vaut mieux la fermer.

    Ce n’est pas parce qu’on lit des BD qu’on connaît tout le fonctionnement en coulisse. Sans parler des raccourcis à l’emporte pièce.

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    • Répondu par Sylla le 10 février 2013 à  12:54 :

      Mais qui dit des bétises selon vous ? Rectifiez, soyez constructif.

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      • Répondu le 11 février 2013 à  09:33 :

        Je pense que vous répondez vous-même à votre propre question.

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    • Répondu par Michel Krzotowiefski le 10 février 2013 à  21:48 :

      Les éditeurs devraient faire comme avant. N’éditer que 500 au lieu de 5000 bds et dire aux 4500 malheureux faites autre chose que de la bd.
      Au lieu de ça, ajd, y a 4500 plaintifs. On gagne pas assez !
      Ben hier avec la bd, vous n’auriez RIEN gagné.
      Et les 500 restants vivaient mieux !

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      • Répondu par Ludovic le 11 février 2013 à  10:05 :

        Et qui choisit les auteurs qu’il faut publier ou pas ? Avec ces critères, Blain n’aurait aucune chance d’être publié au départ, c’est pourtant lui qui fait le best seller de l’année. On interdit à l’Association d’exister ? Alors, ni Persepolis, ni Trondheim, ni Sfar, Ni Guibert, ni David B. Si l’idée c’est de supprimer tout Bamboo,Jungle ou Desinge OK, mais pas sûr que ce soit votre point de vue.

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        • Répondu le 11 février 2013 à  13:43 :

          C’est l’éditeur qui choisit arbitrairement qui doit être publié ou pas. Ça a toujours été comme ça, qu’on sorte 5000 pou 500 bds.

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          • Répondu le 13 février 2013 à  16:33 :

            Et qui décide du nombre d’éditeurs qui ont le droit de publier des BD ? (Et lesquels ? )

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