Jacques Martin : Thierry Bellefroid veut rompre avec les éloges !

26 janvier 2010 6 commentaires

Journaliste bien connu du monde audiovisuel belge, Thierry Bellefroid [1], souhaite rompre avec les éloges sur Jacques Martin, la grande figure de la bande dessinée belge qui vient de décéder.

Il a rédigé un portrait peu flatteur de la figure de proue de la bande dessinée historique, jugeant que « le dernier dinosaure d’une époque aujourd’hui révolue » était « ...d’une suffisance confinant à l’arrogance, attaquant en justice les uns et les autres pour un oui pour un non. Usant les éditeurs. »

Il souligne que le créateur d’Alix n’a pas été le précurseur de la bande dessinée historique comme Jacques Martin l’affirmait, en 1997, dans « Le Duel Tintin-Spirou » de Hugues Dayez [2] : « cela relève de l’exagération. Bob de Moor, qui fut comme Jacques Martin l’un des principaux assistants d’Hergé, avait déjà dessiné des récits historiques en flamand à la même époque. Le magazine "Cœurs Vaillants" né à la fin des années 20 n’était pas forcément en reste. Quant à prétendre avoir occupé seul le terrain de la BD historique pendant longtemps, ce serait oublier Sirius (Timour, etc.) qui l’a suivi de peu ou Liliane et Fred Funcken (Chevalier Blanc) qui ont, comme Jacques Martin, consacré toute leur carrière à l’Histoire. Certes, le moyen-âge était plus prisé que l’antiquité. Mais il faut parfois remettre les pendules à l’heure. »

L’article est lisible sur le site de la RTBF.

NA + DP

[1Journaliste, critique de BD et ancien présentateur du 20 heures à la télévision belge, plusieurs fois membre du jury pour le FIBD d’Angoulême et du jury de présélection du Forum International Cinéma et Littérature de Monaco. Il anime l’émission culturelle de la RTBF Mille-Feuilles. Il est également essayiste et romancier.

[2Editions Luc Pire

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6 Messages :
  • C’est un bien étrange billet.
    Il me semble que si Jacques Martin agissait mal avec des gens, ces gens pouvaient choisir de ne pas rester à ces cotés. Certains l’ont fait. Mais ca ne concerne qu’eux et dieu sait à quel point on ne peut se faire de jugement sur les relations qu’ont les gens entre eux que si on les connait de manière poussée et quasi-familiale.
    Nous, qui pour la plupart, ne sommes ni les amis intimes de Jacques Martin ni les amis intimes de ses collaborateurs, il n’y a qu’une chose qui nous concerne : les albums..
    Moi, lecteur lamda, je réduis donc l’article de monsieur Bellefroid à un avis mitigé sur les albums de la seconde moitié de la carrière de Jacques Martin..
    Bon, soit, ne pas aimer la fin de sa carrière n’est pas une chose bien importante..
    Je peux simplement à cela donner mon point de vue de simple lecteur : je suis conscient de la qualité moindre des derniers albums, mais je suis heureux qu’ils existent, évoluent, et vont peu a peu vers des choses plus interessantes.. c’est bien ça le principe d’une succession à long terme.. ca commence par une pèriode de transition un peu troublante pour les lecteurs, mais qui mènera à plus de solidité.
    J’ai un peu plus d’affection pour ce genre de succession que pour celles ou l’on confie la reprise des series à des auteurs confirmés. Mais qu’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas dit, je trouve que certains nouveaux albums de B&M sont très bons.
    Il reste bien sur les déclarations publiques de M.Martin dans lesquelles il affirme être l’initiateur de la BD historique.. et qui peuvent concerner les lecteurs aussi, puisqu’elles lui sont destinés... Je lis dans les propos un peu maladroits de Jacques Martin une maniere de dire "On oublie un peu l’importance que j’ai eu dans ce domaine".. Il se laisse aller a en dire plus, c’est dommage, mais je vois cela un peu comme un Disney qui dirait "J’ai inventé le dessin animé"... Ce n’est pas vrai, mais c’est vrai à la fois...
    Je suis replongé depuis le décès de Jacques Martin dans son oeuvre, et je suis ébloui par certains albums.. Je redécouvre notament le premier album d’Orion.. Un des derniers travaux de dessins de Jacques Martin en solo. Un sommet.

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  • Jacques Martin : Thierry Bellefroid veut rompre avec les éloges !
    26 janvier 2010 12:00, par Didier Pasamonik (L’Agence BD)

    Je suis d’accord avec Thierry Bellefroid sur ce point : l’acharnement à faire survivre des personnages se fait parfois au détriment de la série, comme je l’expliquais dans mon article "Les énigmes de la survivance des héros de bande dessinée".

    Je suis également d’accord avec Thierry lorsqu’il avance que la reconstitution historique précède le travail de Jacques Martin.Il faut rendre justice à Sirius & Snoeck pour Timour, ou encore à Liliane & Fred Funcken à qui Jacobs a eu recours pour les scènes moyenâgeuses du Piège diabolique.

    Mais Jacques Martin s’inscrit dans la durée et sa volonté pédagogique est affichée. Argument de vente ? Sûrement. Il a en tout cas fait évoluer la vision de l’histoire par ses innovations. Qu’elles soient parfois "tendancieuses", là aussi, c’est d’époque : l’homosexualité, "ce tabou" comme on disait à l’ORTF, a été un argument pour illustrer la manipulation de l’histoire par les éducateurs bien pensants et n’est qu’un des aspects d’une libéralisation des mœurs dans la presse des jeunes (souvenez-vous du Corentin de Cuvelier dans Tintin, ou de Natacha de Walthéry dans Spirou...).

    Depuis, heureusement, nous avons eu Les Passagers du vent de Bourgeon ou encore, dans le domaine de l’antiquité romaine, Vae Victis de Rocca & Mitton, et bien entendu Murena de Dufaux & Delaby. Mais ce sont des œuvres dessinées dans un autre contexte...

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  • Monsieur Bellefroid,

    Votre article est pas mal du tout, et votre analyse n’est pas totalement fausse.

    Mais vous ne faites que créer un débat stérile, car vous qui êtes aussi spécialiste BD, allez voir sur des sites tels qu’Actuabd à des sujets consacré à Jacques Martin et vous verrez que par les commentaires du forum, il est très loin de faire l’unanimité (voir les liens ci-dessous). D’autres sites comme Wartmag, sont carrément en train de tomber dans la vulgarité en publiant des commentaires tel que « il sera parti sans faire son coming out le vieux cochon ».

    Bien au contraire, depuis la disparition de Jacques Martin, la presse papier se veut peu bavarde au sujet d’un créateur qui à tout de même ériger un patrimoine (discutable malgré tout )au sein de la culture de la bande dessinée belge. Et le silence de certains de vos confrères est bien plus judicieux que le votre.

    La seule chose que Martin ait faite finalement, est de dessiner des bandes dessinée qui se sont démodés par le temps, d’être ( selon votre article) mégalo et vorace envers les personnes qui le sollicitait. Je vous le demande : « A quoi ça sert de parler de personnes qui n’en valent pas la peine ? »

    Le problème est que vous confondez la mégalomanie d’un auteur qui s’est tiré un boulet dans le pied par ses comportements peu civiques envers les gens qui l’ont approché, et le travail qu’il a laissé derrière lui. Vous oubliez de préciser que depuis 2004 c’est les éditions Casterman et les ayants droits de l’œuvre qui sont chargés de la direction artistique.

    En effet, la seconde partie de sa carrière est sans doute calamiteuse, en effet il y a un paquet de bouquins qu’on se serait bien passé. Mais en rédigeant un article de la sorte, vous ne faites que tomber dans le même piège que pas mal de ses détracteurs : Vous tapez un coup de gueule qui ne fera du bien qu’à vous.

    Quand à vos propos (peux-être justifiés), ils ne seront qu’entendu de la famille et des proches de Jacques Martin décédé il y a 6 jours seulement.

    J’aime beaucoup votre travail, mais par cet article, vous tombez dans la facilité et vous faites preuve d’un grand manque de tact.

    http://www.wartmag.com/?p=9510

    http://www.actuabd.com/+Pourquoi-le-scenariste-Alain-De-Kuyssche-n-est-i...

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  • Jacques Martin a créé une oeuvre impérissable.
    Il était fier de son oeuvre et il y avait de quoi.
    Il était exigeant envers ses collaborateurs mais d’abord envers lui-même. De plus, il a toujours déclaré avoir eu de la chance d’avoir rencontré ces jeunes dessinateurs au grand talent.

    Oui, Jacques Martin était le pionnier de la BD historique là où il l’a amené. Il a contribué très largement à porter la BD au rang d’art reconnu.
    Il en a poussé les règles très loin. Il était doué d’un sens narratif exceptionnel.

    Le couple Funcken a lui aussi créé une oeuvre remarquable : c’est la référence en uniformologie.
    Sirius a fait rêver ses lecteurs,les faisant, lui aussi, voyager dans le passé. Mais n’avait pas atteint le niveau graphique et du souci du détail instauré par le père d’Alix.
    Quant aux auteurs de Murena qui sont à applaudir tout autant que les artistes précités, ils reconnaissent eux-même le travail remarquable du Maître incontesté qu’est Jacques Martin (je vous invite à regarder le dvd bonus de l’édition spéciale du tome "Le Sang des Bêtes".)

    Que Jacques Martin ait eu des conflits avec des éditeurs ne me regarde pas en tant que lecteur. En affaire, personne ne se fait de cadeau.

    Ce que je sais par contre et je peux en témoigner, c’est que Jacques Martin respectait les lecteurs et aimait sincèrement les rencontrer.

    Je ne veux pas mettre en doute la bonne foi de ce journaliste, mais ce dont il parle,c’est du détail. L’essentiel, c’est l’oeuvre de Jacques Martin.
    C’est de l’excellente bande dessinée savamment conçue pour être lue par un public large. Elle est abondamment documentée et ne heurte personne. Elle a fait rêver des millions de lecteurs et continuera de le faire encore longtemps.

    Alix est un classique qui traversera le temps. Ses héros aux valeurs humaines (jugées maintenant et malheureusement d’une autre époque) sont immortels.

    Pour conclure, je dirai que je préfère de loin le monde des artistes à celui des journalistes - analystes - critiqueurs.

    Monsieur Martin, merci pour l’oeuvre exceptionnelle que vous nous avez laissée. Vous pouvez reposer en paix.

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    • Répondu par Pierre le 26 janvier 2010 à  22:01 :

      "Pour conclure, je dirai que je préfère de loin le monde des artistes à celui des journalistes - analystes - critiqueurs.
      Monsieur Martin, merci pour l’oeuvre exceptionnelle que vous nous avez laissée. Vous pouvez reposer en paix."
      YESSSSSSSSSSSSSSS ! ! !

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  • Jacques Martin : Thierry Bellefroid veut rompre avec les éloges !
    27 janvier 2010 11:04, par Alain De Kuyssche

    Ayant travaillé pour Jacques Martin et m’être fameusement engueulé avec lui jusqu’à un point de rupture, je ne puis partager l’avis de Thierry Bellefroid, que j’aurais plus apprécié s’il avait été publié longtemps avant le décès de ce maître de la BD franco-belge.

    Martin - mauvais caractère, odieux à l’occasion, paranoïaque, envieux d’Hergé : que n’a-t-on pas dit à son sujet ! J’ai connu surtout un personnage inquiet, qui recherchait l’amitié tout en faisant tout pour la repousser. Dans le genre, il n’était pas le seul : que l’on pense à Paul Léautaud qui disait "Je vis seul, cloîtré volontairement, mais ne comprenez-vous pas que cette solitude attend désespérément votre visite ?".

    Sur la revendication du titre "d’inventeur de la BD historique", c’est largement exagéré, en effet. Les Américains et les Anglais avaient produit, dès les années trente, des adaptations d’épisodes bibliques - mais je suis certain que Martin ne les connaissait pas. En revanche, il doit beaucoup au cinéma : les débuts d’Alix sont pompés sur "Ben-Hur" (version avec Ramon Novarro) et le "Satiricon" de Fellini n’est pas pour rien dans l’évolution des aventures d’Alix.

    Néanmoins, Martin était un prodigieux raconteur. Ses côtés décevants ne sont rien au regard du plaisir qu’il a donné à des générations de lecteurs. Alix s’inscrit dans un monde où le latin et l’histoire étaient encore enseignés ; un monde qui célébrait la culture classique. ce n’est plus le cas aujourd’hui : on croit que "Gladiator" et "Rome" sont des évocations fidèles du monde romain, ce qui est une aberration totale ! Une lourde tâche attend donc les successeurs de Jacques Martin pour conserver sa crédibilité à un personnage d’un autre temps.

    Quant à la vision de l’homosexualité en Grèce et à Rome, que défendait Jacques Martin, je ne l’ai jamais partagée. Je ne crois pas que l’Antiquité romaine(qui a tout de même duré près de deux mille ans) se montrait tellement tolérante à l’égard de la sexualité - en tout cas, à certaines époques, et notamment à celles où se meuvent Alix et Enak. Si latolérance avait prévalu, on ne comprend pas pourquoi les auteurs latins (Suétone, Tite-Live, l’Histoire Auguste, etc) se montraient tellement sévères au "goût pour les garçons" qu’avaient certains empereurs. J’ai vraiment l’impression que Rome ne se montrait ni plus, ni moins tolérant à l’égard de l’homosexualité, avant ou après le triomphe du christianisme.

    Cela dit, je tiens à rendre hommage à un grand auteur de bande dessinée, une forme d’expression qui manque sans doute de personnages de la stature d’un Jacques Martin, et je ne puis que lui lancer un "salut l’artiste" sincèrement ému.

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