Japan Expo 2015 : "Poison City" de Tetsuya Tsutsui devient le 9e Prix Asie de la Critique ACBD

5 juillet 2015 2 commentaires

Chaque année depuis 9 ans, l’Association des critiques et journalistes de bande dessinée (ACBD) remet son "Prix Asie" à l’occasion de Japan Expo. Il distingue une bande dessinée asiatique remarquable parue en français entre juillet 2014 et juin 2015.

Cette année, il revient à Poison City de Tetsuya Tsutsui publié aux éditions Ki-oon.
"Le premier tome de Manhole [conçu Tetsuya Tsutsui] par fût censuré à Nagasaki en 2013 au motif que ce manga était susceptible d’inciter les jeunes à la cruauté et à la violence, écrivait Marc Vandermeer sur ActuaBD en février dernier. Cet incident a provoqué une conséquence dramatique pour l’auteur et ses fans, car l’ouvrage a été retiré des ventes au niveau du département. Sur les 210 pages que compte le 1er tome de Manhole, 27 ont été marquées comme nuisibles par un comité constitué de 39 personnes. Précisons que ni le thème de l’ouvrage, ni le titre n’étaient en cause, seul le dessin semble être critiqué... Ce jugement a uniquement été constitué sur la base d’un visuel, attitude aberrante à une époque où certaines œuvres poussent le bouchon de la violence et de la décadence bien plus loin que l’auteur, lequel continue son combat pour réintégrer son titre à Nagasaki, et c’est ce fil conducteur que l’on retrouve dans Poison City."

Il écrivait ces lignes au lendemain du massacre de la rédaction de Charlie Hebdo qui remit la question de la liberté d’expression au cœur de l’actualité. On comprend que l’Association des critiques ait été séduite par ce titre dont l’esprit n’est pas spécialement représentatif de la production actuelle de mangas en France mais qui a le mérite de distinguer un titre avec un sujet atypique. Mais n’est pas là précisément le rôle de la critique ?

DP

Japan Expo 2015 : "Poison City" de Tetsuya Tsutsui devient le 9e Prix Asie de la Critique ACBD
Ahmed Agne, l’un des patrons des éditions Ki-Oon, peut être fier du prix remporté par "Poison City" de Tetsuya Tsutsui.
Photo : Aurélien Pigeat

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2 Messages :
  • J’émettrais quelques réserves par rapport à l’attribution du prix Asie de l’ALBD à Poison city...

    Le sujet est excellent, cependant il y a à mon avis un problème de ton dans ce manga. Il me semble qu’il aurait été infiniment plus pertinent que l’auteur fasse carrément un documentaire ou un essai sur la censure en bande dessinée (la comparaison de la situation au Japon avec les conséquences de la publication du livre Seduction of the innocent aux États-Unis et les conclusions qui en sont tirées sur la polarisation de la bande dessinée américaine figurent parmi les pages les plus intéressantes de l’histoire). Ou encore une autobiographie directe sur sa propre expérience avec la censure ! Enfin, plutôt que cette autofiction déguisée, un peu trop lourdement pédagogique, et qui manque justement de souffle fictionnel pour parvenir à s’imposer vraiment dans ce registre.

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  • un détail amusant que personne ne semble avoir relevé.
    Ce livre dénonce la censure, avec une certaine pertinence.
    MAIS dans une des premières scènes, un "comité de vigilance" déboulonne une statue jugée pornographique parce qu’elle représente un enfant faisant pipi qui ressemble très fort à Manneken Pis.
    Tout en dénonçant la censure et en moquant ces censeurs qui voient en cette statue une horreur pédopornographique, Tsutsui prend grand soin à dissimuler le penis de la statue (derrière une bulle allongée comme il faut, même derrière un feuille de vigne). Cette auto-censure déforce d’un coup tout le propos parce que s’auto-censurer dans une scène qui dénonce la censure, c’est plus suicidaire pour le propos même du livre.
    Si le dessin d’un zizi de petit garçon en statur pouvait effectivement lui poser problème, il devait soit changer son exemple, soit jouer la caret de la dérision à fond, comme Breccia dans Buscavidas, qui outrait le signe de cette censure jusqu’à la rendre ridicule.

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