L’Association des Critiques et Journalistes de BD publie sa lettre ouverte à Finkielkraut

24 février 2008 10 commentaires

Au lendemain d’Angoulême, le président de l’Association des Critiques et des Journalistes de Bandes Dessinées, Jean-Christophe Ogier, par ailleurs journaliste à France-Info, avait pris sa plume suite à une interview d’Alain Finkielkraut à Libération dans laquelle le « vieux-nouveau » philosophe se répandait sur la bande dessinée en termes réactionnaires auxquels nous n’avions pas manqué de réagir le jour-même de la publication de l’article.

Est-ce la proximité des prochaines foires du livre de Bruxelles ou de Paris ? L’ACBD s’est sentie obligée de communiquer sa réaction sur son site presque deux mois après les faits puisque Libération a cru bon de ne pas publier son « droit de réponse ».

Il faut dire que l’article de notre confrère n’apportait rien de bien éclairant à cette affaire, si ce n’est cette éternelle lamentation sur le manque de reconnaissance supposé de la bande dessinée. Un discours plaintif qui était celui de Thierry Groensteen dans Un Objet Culturel Non Identifié et qui a le don de nous horripiler tant le contraire est manifeste, et c’est précisément à cela que Finkielkraut réagissait.

Personnellement, je considère que la saillie de Finkielkraut n’était qu’une anecdote dans un discours plus général sur la culture qui ne manquait lui pas de sens, publié dans un contexte qui était celui, en janvier, d’un moment de l’année où la bande dessinée était médiatisée. Inutile donc, à mon sens, de surréagir deux mois plus tard à ce qui s’apparente à un propos de table et pas une attaque en règle contre la BD. Mais bon, l’ACBD a fait ce choix...

DP

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

 
Participez à la discussion
10 Messages :
  • Trés bon article,l’intelligence meme:La polémique n’est pas toujours trés heureuse ;Alain fienkielkraut dirige une émission depuis plus de 25 ans sur france culture,loin,bien loin des propos rapides,définitifs dénoncés...Pitié pour la Bande dessinée..!N’en faisons pas un art comparable à la littérature,à la peinture...La B.d,c’est une forme d’expression formidable,enthousiasmante où l’affect sait etre trés présent...

    Répondre à ce message

    • Répondu par Sergio Salma le 25 février 2008 à  16:34 :

      Absolument pas d’accord avec Didier et d’autres intervenants.
      Les propos d’une personne appellent des commentaires, commentons !

      Si Alain Finkielkraut peut être brillant et éclairé sur bien des sujets, il a dit une grosse bêtise sur ce sujet qui nous intéresse.

      Quant à ce délire de ne pas vouloir rapprocher la bande dessinée des autres arts "nobles" , il est ridicule. Je serais pour l’abolition du mot "art" lui-même pour être définitif. Mais si ces termes persistent et que nous pouvons être lecteurs, spectateurs , auditeurs, si la poésie, l’architecture, la musique nous entourent , nous sommes donc amenés à goûter, à connaître, nous enrichir ou nous divertir avec tout ce qui nous est proposé.
      Les artistes créent, nous sommes présents.

      il n’y a pas d’art majeur ni d’art mineur. Il y a des artistes qui touchent au sublime, d’autres plus faibles, d’autres très sincères et puis des mauvais, des médiocres. La chansonnette est-elle à rapprocher de la littérature ? Le graphisme et l’illustration de contes sont-ils à opposer à la peinture ? Que de questions déplacées !
      Tomi Ungerer ou Milton Glaser sont des personnes bien plus importantes que certains faiseurs de croûtes. Brassens ou Bashung sont des personnes bien plus intéressantes que des centaines d’écrivaillons oubliables.

      Voilà bien une attitude ancrée dans les moeurs. Cette hiérarchie désuète, anachronique qui n’est que le vestige des diktats ancestraux. Tels qu’on les trouvait dans les encyclopédies figées, dans l’enseignement religieux, bourgeois . Etablis par des vieilles personnes rigides et caricaturales , tous ces codes de reconnaissance ( "toi t’es art majeur, toi, beurk ! art mineur") font encore des ravages alors que la modernité a soi-disant enrichi le débat.

      Si sur un site consacré à la bande dessinée, news, infos capitales, actualité, tendances, on ne réagit aux propos idiots et distraits de quiconque à propos du média qui nous intéresse , qui le fera ?

      S’il s’agissait justement d’un quelconque individu, évidemment qu’on n’irait pas s’énerver et jouer aux chiens de garde irritables. S’il y a une personne à blâmer de surcroît c’est la personne qui a posé cette question"que pensez-vous de la bande dessinée ?". Aux alentours du festival d’Angoulême, elle était , dirons-nous , ponctuellement intéressante. Toute son interview est justement faite d’intelligence, de grandes et bonnes questions sur l’enseignement , la société.

      Pourquoi irions-nous tolérer une énormité sous prétexte que dans l’ensemble, ses propos furent intéressants ?

      On n’a pas à convaincre quiconque de s’intéresser à quoi que ce soit, mais on peut au moins noter une erreur, une approximation. Quand une personne est à la tribune, que son métier est la parole, on est en droit d’abord de ne pas être d’accord avec lui et ensuite de l’exprimer. Rien de plus naturel.

      Répondre à ce message

      • Répondu par Alex le 26 février 2008 à  01:48 :

        Je soutiens le propos de Mr Salma. Bien que le plus souvent je tendrais à adopter l’attitude de Mr Pasamonik, banaliser et laisser-passer. C’est très compréhensible, les absurdités et généralisations sur ce genre plus que centenaire sont monnaie courante, il faudrait toute une vie pour y faire face.

        Ce qui est blessant, et déroutant, dans l’intervention de Mr Finkielkraut c’est que nous nous trouvons face à un écrivain. Je ne sais pas... J’aime la bande dessinée, c’est ma forme d’expression préférée. En deçà du plaisir de lecture immédiat, elle m’offre tout un monde de découvertes sur un plan littéraire ou artistique. J’ai envie par mes lectures de découvrir plus. Je ne saisis pas vraiment où l’introduction de l’image viendrait d’une façon ou d’une autre invalider une envie de culture.

        Me permettrez-vous de traduire ici rapidement les propos de B.Krigstein dans "Squa-Tront", complètement adaptés au débat je pense. Krigstein parle du challenge de faire de la bd, une forme d’art populaire.

        "...Les artistes médievaux travaillaient dans une narration graphique continue. Le seul challenge de cette forme, et l’unique merveille de cette forme c’est que c’est totalement populaire. Là réside la contradiction, c’est tellement populaire que ça n’a aucun respect artistique. Une chose étrange c’est que les gens pensent que les arts graphiques sont infèrieurs à la littérature. C’est très étrange, qu’une forme d’expression aussi complexe que l’image -un moyen de communication et d’expression très compliqué, soit considéré à un degré moindre que la littérature..."

        J’avoue ne pas comprendre également les propos de Mr Finkielkraut. Je ne suis pas qq’un de très malin, je lis une bd, je veux savoir d’ou tout ça sort. Je cherche, m’égare certainement mais...Pan ! me voici au moyen-âge en train de regarder des manuscrits elluminés. Pardon, où est le mal ?

        Répondre à ce message

      • Répondu par julien le 26 février 2008 à  15:21 :

        Il y a beaucoup de vrai dans les propos de Mr.Salma ;cependant,sans que cela ne vienne contredire ces mots,je préférerai toujours-et dit ainsi,vite balayé d’un revers de main-le jugement expéditif de Mr.Fienkielkraut aux-affreuses-cautions d’écrivains qui"adorent"la bande dessinée,au point de lui infliger des scénarios que j’imagine jamais refusés,en évoquant pour eux une"récréation"que les médias salueront bien bas...Et pendant ce temps là,les Lapière,Chauvel,etc...ont si peu d’écho...Mais,d’accord avec le texte de Sergio Salma.

        Répondre à ce message

        • Répondu par Cricroc le 3 mars 2008 à  08:52 :

          J’arrive un peu tard dans ce débat, mais il m’a interpellé, comme on dit. Si M. Finkelkraut se permet de juger la bande dessinée d’une façon négative en général, il n’est pas en cela plus blâmable que celui qui la juge positive en général. Quant à dire qu’un moyen d’expression est valable et ne génère que des choses exceptionnelles par sa nature même, c’est une façon de renforcer l’hostilité. Après tout, les langages et les moyens de communication sont neutres, et n’acquièrent une substance qu’avec celui qui les utilise. Un homme médiocre ne produira qu’une œuvre médiocre. Et l’Art, s’il existe, est un résultat et non pas un point de départ. Et les nullités se rencontrent partout. Pour terminer, j’ajouterai qu’un moyen de communication (ou d’expression) perd toujours de sa force quand l’Université et la Critique se penchent sur lui— parce que le reconnaissant, ils essaient de le comprendre et donc de le codifier.

          Répondre à ce message

          • Répondu par Sergio Salma le 9 mars 2008 à  17:55 :

            S’il est, à mon avis, évident de ne devoir accorder aucune importance aux arts mais de s’attacher uniquement aux individus je ne suis pas d’accord avec la conclusion de ce court post.

            La critique et l’université qui se penchent sur un art ne détruisent rien. Elles vont peut-être induire en erreur, emprunter des chemins compliqués voire inutiles mais ça reste néanmoins un signe de bonne santé ; ça dépendra des intervenants et non de la démarche.

            Ce regard critique , cette observation, cette étude peuvent apporter un éclairage formidable. Je vois bien sûr ce qui est stigmatisé : une volonté chirurgicale, un décryptage poussé à l’extrême.

            Même si je constate une série d’exégètes un rien superflus ou maladroits, ceux qui souvent privilégient l’étude technique en oubliant l’émotion, l’essence même de l’ambition, je trouve souvent très agréable de lire certains articles .

            Le cinéma a eu ses"penseurs ", la peinture ses commentateurs , l’histoire de l’art est faite aussi du regard d’individus sur d’autres individus. Regard critique parfois assassin parfois complaisant.

            On peut enseigner une matière sans en retirer les possibilités d’évolution. Ce n’est bien entendu pas cet enseignement qui fera naître de nouveaux talents ; là encore c’est l’individu qui se démarquera (ou pas).

            Il suffit d’ailleurs de lire par exemple la traduction du bouquin "Eisner-Miller" chez Rackham ou un autre livre d’Eisner, l’art séquentiel,ou bien encore le livre de Scott Mac Cloud l’art invisible pour se rendre compte que des auteurs peuvent eux aussi théoriser en quelque sorte la démarche artistique ; ils prouvent qu’ils ont réfléchi à leur moyen d’expression et qu’ils tentent d’en expliquer les potentialités.

            Il ne s’agit évidemment pas d’accepter que l’on codifie quoi que ce soit ; d’ailleurs, dans toute activité humaine, la régression, l’appauvrissement ne viennent pas de l’extérieur. C’est le marché lui-même qui impose insidieusement à ses protagonistes( producteurs, lecteurs, consommateurs...)une espèce de territoire consensuel. L’artiste doit justement lutter contre ce phénomène. Le public en général , même s’il est distrait, lui en est souvent reconnaissant.

            Répondre à ce message

            • Répondu par Cricroc le 10 mars 2008 à  10:59 :

              Quand le "penseur" est lui-même pratiquant, c’est enrichissant, sinon, c’est comme un moniteur d’auto-école qui se mêlerait de donner des leçons de conduite sans avoir jamais pris le volant. Ça peut être intéressant, je ne le conteste pas, mais c’est tout de même curieux.

              Répondre à ce message

      • Répondu par André Geerts le 10 mars 2008 à  15:30 :

        J’ aurais tendance à appeler Arts majeurs ceux qui existaient dès la naissance de l’ humanité, et qui font que l’ homme n’ est pas un animal comme les autres. Ces Arts définissent l’ humanité et sont indispensables à sa survie. Depuis toujours l’ homme a éprouvé le besoin de reproduire la création de l’ univers, son architecture, sa musique, son mouvement, sa chimie nourricière, son histoire, son aspect. La bande dessinée appartient à deux art qui existaient avant elle, celui des mots et celui des images.Elle a été le meilleur véhicule du récit à une époque donnée, celle de l’ essor de l’ image imprimée. La bd n’ a pas existé de tout temps ( à moins qu’ on ne considère la peinture rupestre comme de la bd, mais notons tout de même qu’on ne dit pas " bande dessinée rupestre", mais " PEINTURE rupestre" ) et disparaîtra probablement avec le temps, en tout cas telle qu’on la connaît aujourd’hui. Il n’ empêche, si la bd n’ est pas un art majeur de part son histoire et sa spécificité d’ art né de deux autres, elle a souvent fait fonction d’ art majeur, car c’ est par elle que ce sont exprimé parmi les plus grands créateurs du vingtième siècle. A Geerts

        Répondre à ce message

  • Deux mois plus tard ? 28 janvier - 24 février, ça ne fait pas deux mois, ça...

    Répondre à ce message

  • Festival BD Mandelieu Côte d’Azur 2008
    7 mars 2008 14:31, par mandelieuBD

    Du Vendredi 2 au Dimanche 4 Mai 2008.

    Président 2008 Tebo- Captain Biceps (avec Zep).

    Partenariat avec Tchô le Mégazine et les éditions Glénat.

    Retrouvez les auteurs en dédicaces, les expos, les animations proposées et toutes les infos pratiques sur : www.festivalbd.fr

    Répondre à ce message