La Vie a-t-elle un sens selon les auteurs de BD ?

12 octobre 2013 0 commentaire

Voilà déjà plus d’un an que sortait un hors-série exceptionnel de Philosophie Magazine : le célèbre magazine s’octroyait une fenêtre de bande dessinée pour aborder des thématiques profondes. Extraits de BD ultra-connues et planches dessinées juste pour le journal, interventions de philosophes et de maîtres ès BD, il y en avait pour tous les goûts. Rapidement épuisé, cet hors-série vient d’être réédité avec un complément de 13 pages de bande dessinée, dues à Philippe Geluck et Charles Berberian, agrémenté d’une jaquette.

La Vie a-t-elle un sens selon les auteurs de BD ?
Le succès de l’hors-série a permis de l’éditer en un album enrichi

Rappelons que le concept est d’aborder des sujets universels via des héros ou des auteurs connus :
- Tout ceci a-t-il un (non) sens ? décortiqué par Trondheim, mais surtout illustré par des grands personnages qui ont exploré cette profonde question : Peanuts et Calvin & Hobbes

- À quoi servent les héros ? Où l’on devise sur le rire de Goscinny, sur la fière allure de Rantanplan, accompagné de son fidèle Lucky Luke, mais aussi sur quelques personnages charismatiques comme Superman et Spider-Man.

- Pourquoi tant de haine ? Avec Maüs et Gen d’Horishima, mais la question est également portée par les créations d’auteur en recherche comme Clowes, Matt, Tomine et Ivan Brunetti

- Sommes-nous maîtres de nos destins ? illustrés par les bandes de Posy Simmonds, Jul, Franquin et Tezuka

- Faut-il mourir ou vivre ? Servis par les grands auteurs italiens que sont Crepax, Pratt, Manara et Giardino, mais aussi par Franquin et Crumb

- La vie est-elle un rêve ? Avec l’incontournable Little Nemo, mais également un Marc-Antoine Mathieu en grande forme !

Bien entendu, l’album ne s’est pas contenté de rassembler des cases ou planches de bande dessinée pour illustrer son propos : après une brève histoire de la bande dessinée qui permet au néophyte de replacer quelques grands auteurs et personnages sur une ligne de temps et dans une catégorie thématique [1], le rédacteur en chef de la revue traite du sparadrap du capitaine Haddock avant de laisser la parole à une batterie d’experts.

Il faut admettre que la brochette d’intervenants ayant analysé la vie par/de la bande dessinée inspire le respect. On retrouve donc des noms que nous citons régulièrement, mais aussi des signataires patentés qui apprécient le neuvième art : Pascal Ory, Julian Baggini, Elie During, Martin Winckler, Sonia Feertchak, Boris Cyrulnik, Paul Clavier, Frédéric Worms, Tristan Garcia, Agnès Gayraud, Roland Jaccard, Yvan Leclerc, Serge Tisseron, Clément Rosset, Denis Moreau, Benoît Peeters, Pascal Bruckner, Charlotte Pineau, Florencia di Rocco, Daniel Adjerad et l’inévitable Didier Pasamonik que nos lecteurs connaissent bien.

L’auteur détourne les planches de son album pour coller au thème du magazine
© Marc-Antoine Mathieu

Aux côtés de tous ces analystes qui décortiquent les pages de bande dessinée pour nous expliquer comment et par quel biais leurs auteurs ont voulu traiter du sens de la vie, quatre auteurs de BD ont carrément mis la main à la planche pour réaliser de courts récits spécialement pour ce hors-série :

- Lewis Trondheim livre une série de mises en abyme, façon poupées gigognes, afin de nous faire réfléchir sur le réel sens de la bande dessinée.

- Aurélia Aurita embraie dans l’idée du récit précédent, en empruntant les personnages de Trondheim, et en imaginant une suite et une fin à un récit qui n’en attendait pas tant. Comme quoi, la vie peut prendre un tour surprenant...

- Jul livre une double-planche dans l’air du temps, en imaginant les différentes écoles de philosophes grecques, réagissant à la crise qui secoue encore et toujours leur pays.

- Marc-Antoine Mathieu retrouve son personnage-fétiche de Julius Corentin Acquefacques pour un récit complet de six pages, enfermé dans l’infini, mais surtout perdu dans le rien. Un dérapage contrôlé de langue française et d’absurde qui réjouira les amateurs de ses albums.

- Charles Berberian est un habitué de Philosophie Magazine car il illustre l’édito du mensuel depuis trois ans. C’est donc tout naturellement qu’il a rassemblé sur six pages les personnages d’À la dérive, un pingouin et un ours coincés sur un minuscule iceberg perdu au milieu des flots.

- Enfin, à tout seigneur tout honneur, cet album profite d’un des grands philosophes-auteurs de notre temps, à savoir Philippe Geluck et son célèbre Chat. Une série de gags, strips et dessins mêlant humour et réflexion est regroupées en 7 nouvelles pages (sans doute un symbole en référence à sa nouvelle Bible du Chat).

Cet album cartonné d’une centaines de pages offre surtout une multitude de portes d’entrée pour pénétrer ces questions universelles. Qu’on le lise pour ses penseurs, ses personnages bien connus, par thématique ou par le biais des bandes inédites, tout est bon pour réfléchir sur le média de la bande dessinée et la vie de manière plus générale. Car la BD parle de la vie et le but de ses auteurs est toujours de mettre plus de vie dans la bande dessinée.

CLD

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[1Bien que l’étiquette soit une fois de plus réductrice, mais comment enseigner sans réduire d’abord avant d’ouvrir ensuite ?

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