La curieuse condamnation pour « plagiat » de Philippe Geluck

18 juillet 2009 4 commentaires Actualité
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Le 10 juillet dernier, le site Arrêt sur images titrait : « Philippe Geluck condamné pour plagiat ». Voilà qui est fâcheux pour un artiste dont l’image impeccable lui a valu récemment les honneurs de la couronne de Belgique.

En huit lignes acérées comme une lame de guillotine, le site d’information sur les médias exécute l’auteur du Chat en ajoutant une « preuve » à ce qu’il avance : une vidéo postée sur Youtube qui démontre la curieuse proximité entre des sketches où joue Philippe Geluck et un programme précédemment tourné par « les Imbéciles associés ». Et effectivement, la démonstration est troublante.

L ‘information, comme de juste, est reprise telle quelle en boucle par les médias.

Moins simple qu’il n’y paraît

Pourtant, dans l’article original, quelques éléments interpellent : voici une condamnation rendue en 2009, pour un sketch diffusé en 1990 qui aurait été plagié d’un autre créé en 1987 ! Mon dieu, se dit-on, que la justice est longue à la détente.

Chez ActuaBD, site de bénévoles, on a rarement le temps de faire une enquête mais l’information est suffisamment peu assurée pour qu’on ne la balance pas sans vérifier, même si, sur notre forum, des posts bien intentionnés et rédigés de façon diffamatoire (ils n’ont donc pas été publiés…) nous enjoignent de la diffuser.

En réalité, l’affaire est moins simple qu’il n’y paraît. En aucun cas, Philippe Geluck et TF1 ont été condamné pour plagiat. Ils ont été condamnés, si l’on en croit le jugement, pour avoir reproduit dans un DVD, sans autorisation de deux coauteurs et sans mention de leur nom, des sketches dont ils partagent les droits, commettant ainsi un préjudice à leur endroit.

En résumé, deux auteurs, MM. Lopez et Fizbin, étaient co-auteurs de sketches, et on a oublié de les mentionner dans l’édition d’un DVD. Ils ont donc justement attaqué TF1 et Geluck en contrefaçon, exigeant, on peut toujours tenter le coup, 50.000 euros de dommages et intérêts.

Geluck est assez justement interloqué. Jamais, prétend-il, ces sketches incriminés ont été déclarés à la SACD sous son nom (ce qui serait la preuve du plagiat), jamais il n’a même tenté de se les approprier ni laissé sous-entendre qu’il en était l’auteur.

« Philippe Geluck a bien interprêté un de ces sketches en tant que comédien pour une émission de la RTBF en 1990, explique un communiqué. Ces sketches avaient été déposés à la SACD au nom de deux auteurs Lefred-Thouron et Claude Lemmaire en 1990 et ont toujours été répertoriés comme tels. Philippe Geluck ignorait alors que ce scénario était en réalité l’oeuvre de 4 auteurs : Lefred Thouron et Claude Lemmaire (déjà cités), mais aussi José Lopez et Michel Fiszbin lesquels ont été “oubliés” par leurs deux anciens complices des “Imbéciles associés” lors du dépôt à la SACD, pour la RTBF. »

Or, MM. Lopez et Fiszbin ont semble-t-il principalement assigné en justice Geluck et TF1 et non seulement leurs co-auteurs négligeants pourtant les premiers responsables, pour “contrefaçon”, réclamant 50.000 euros de dommages et intérêts.

Lassitude

« Après plusieurs années de conclusions et contre-conclusions judiciaires, nous dit le communiqué, Geluck a été condamné à 1.000 euros (plus frais de justice). Philippe Geluck a décidé de ne pas se pourvoir en appel, se disant que cette comédie avait assez duré, que les avocats des deux parties avaient déjà suffisamment gagné leur vie et que la justice avait peut-être tendance à condamner pour le principe celui dont la notoriété était devenue la plus importante. Le délit de sale gueule n’existe pas, celui de “tête connue” existe, visiblement. Dans ce genre de procédure, la justice, se devant d’être aveugle, se montre aussi parfois sourde aux arguments de la défense qui établissaient clairement que cette affaire ne concernait EN RIEN Philippe Geluck, mais aurait dû renvoyer dos à dos 4 auteurs dont 2 ont spolié les 2 autres chacun de 25% de leurs droits (rappelons que les séquences incriminées représentent 87 secondes d’un DVD de 4 heures ! Et le sketch joué par Geluck : 26 secondes. Pour info, les droits de diffusion cumulés de ces 87 secondes s’élevaient à 500 euros pour quinze ans dont 125 euros auraient dû revenir à chacun des plaignants). »

De plagiat donc, il n’est pas question. Juste d’un ridicule embrouillamini de prétoire dont la justice, mais aussi certains médias, ne ressortent pas grandis.

DP

En médaillon : Philippe Geluck. Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

 
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4 Messages :
  • Désolé, mais reproduire sans autorisation des auteurs et sans mention de leur nom, des sketches, c’est un plagiat. On peut ne pas aimer le terme, mais c’est bien de ça qu’il s’agit, même si cette affaire démontre qu’on peut commettre un plagiat sans s’en rendre compte.

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 18 juillet 2009 à  22:47 :

      Définition de "plagier" : " Emprunter à un ouvrage original, et p.méton. à son auteur, des éléments, des fragments dont on s’attribue abusivement la paternité en les reproduisant, avec plus ou moins de fidélité, dans une œuvre que l’on présente comme personnelle." ([CNRTL->http://www.cnrtl.fr/definition/plagier).

      Ici, en l’occurrence, Geluck interprétait un texte comme comédien. Il ne s’est pas attribué la paternité de l’œuvre. CQFD.

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  • Je suis heureux de ma clairvoyance : sur le site wartmag le 14 juillet j’écrivais ceci dans un commentaire :
    "Ce qui me semble bizarre, c’est qu’on retrouve Kafka et Lefred Thouron aux indicatifs des deux émissions (voir à la fin ici pour le générique de Un peu de rien http://www.youtube.com/watch?v=7OK3WBFDOug&NR=1 ), ce qui me laisse penser qu’il s’agit bien de remake, plus que de plagiat (refait à l’identique ainsi, ce serait stupide). Peut-être les gags inventés par Kafka et Lefred pour “3 imbéciles” ne leur appartenaient plus (mais appartenaient à la boite de production), il s’agit plus d’un litige juridique sur les droits d’auteur que de plagiat.
    Il serait intéressant d’avoir la version de Kafka et Lefred ainsi que celle de Gelluck."

    Au moins Actuabd fait un boulot un peu journalistique et vérifie, merci à vous.

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  • Éléments importants du dosssier à mon avis, le DVD incriminé porte la mention "Un peu de tout - CREATION COLLECTIVE" avec pour Copyright : RTBF. Le livret précise que Lollipop était "conçue par Ph. Geluck et P. Chaboud, entourés des comédiens du Magic Land Théâtre. Ce sont les mêmes que l’ont retrouve dans Un peu de tout, rejoints par Lefred-Thouron, Kleude et Kafka." Lefred-Thouron, co-auteurs des sketches soi-disant plagiés par Geluck, sont donc bien mentionnés dans le DVD comme ayant participé à la création, même si c’est de façon relativement peu explicite.

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