La situation des auteurs : "Un bilan sinistre" (Benoît Peeters)

13 juin 2014 3 commentaires

Intéressant dialogue croisé sur France Culture entre Ronan Le Breton, scénariste (Les Contes du Korrigan) et membre du comité de pilotage bande-dessinée du SNAC-BD, Frédéric Buxin, photographe et président du conseil d’administration du bureau du RAAP de l’IRCEC qui gère les retraites complémentaires des auteurs et Benoît Peeters, scénariste (Cités Obscures) et conseiller éditorial chez Casterman.

"On est dans un paradoxe dit ce dernier : on donne aux auteurs toute la précarité d’un statut d’artiste ou d’auteur et on attend d’eux en même temps toute la rigueur d’un ouvrier et d’un professionnel respectant les délais... C’est une régression énorme : on a voulu que la bande dessinée soit reconnue, et si le résultat est simplement de donner la précarité des autres artistes à des gens qui doivent être des professionnels, c’est un bilan sinistre."

Et d’appeler les éditeurs à prendre leurs responsabilités.

DP

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3 Messages :
  • C’est le meilleur constat, d’un coté on a endossé l’économie du livre (en quittant la presse) et ainsi rejoint un métier "d"amateurs" les écrivains.Et en même temps on maintient du coté éditorial ,les mêmes exigences qu’autrefois au temps du journal ,régularité de la production etc... Une ambiguité qu’il est bien bon de montrer du doigt !

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    • Répondu par Zenkaro le 18 juin 2014 à  01:38 :

      On semble se diriger vers une situation comme celle des mangaka, au Japon : rythme de publication très soutenu, chances assez faibles de vivre de sa passion... et ce n’est pas parce qu’on ne les entend pas qu’ils acceptent cette situation !

      La situation des auteurs de BD devient de plus en plus précaire, et ça, ce n’est pas une nouveauté, ni une exclusivité au monde de la BD.

      D’après un article paru dans Marianne il y a 2-3 ans, les salariés des maisons d’édition aussi, sont exploités. De plus en plus d’entre aux sont obligés de travailler sous statut d’auto-entrepreneurs, et à des cadences infernales, avec des revenus qui décroissent ! Les éditeurs, surtout les grands, appartenant à des grands groupes, voire des multinationales, répercutent la pression de leurs actionnaires, dont certains sont de puissants fonds de pension, sur leurs salariés (conditions de travail), sur les auteurs (rythme de parution, ventes, voire contenu des œuvres), et sur le public (prix des livres qui augmentent en cas de hausse de TVA, par exemple).

      Nous subissons donc tous, d’une manière ou d’une autre, cette pression financière.

      Face à ça, c’est l’ensemble des créateurs -paroliers, compositeurs, écrivains, dessinateurs, stylistes...- et pas seulement les auteurs de BD, qui doit se mobiliser, et s’entendre sur la position à avoir vis à vis des éditeurs : formuler des contre-propositions, plus favorables, mais qui conviennent aussi au public, et que les éditeurs puissent accepter.

      Dans tous les cas, que ce soit en BD, en musique ou ailleurs, celles et ceux qui ne gagnent pas assez seront les premiers (premières) à crouler sous le poids des cotisations à payer + les exigences croissantes des éditeurs (et aussi du public). Qui sait si, parmi ces personnes, figurent de potentiels Tardi, ou Taniguchi, pour ne citer que ceux-là ? Qui parlera pour ces personnes ?

      Je pense qu’il faut aussi se poser cette question : Que se passera t-il quand tous les auteurs "établis" ayant réussi à défendre leurs droits, auront disparu ?

      J’avais lu ailleurs que les scénaristes et dessinateurs de comics pour Marvel ou DC sont salariés : ils sont certes sûrs d’être rémunérés, mais leurs créations sont la propriété des éditeurs. S’ils ne les satisfont plus, ou s’ils démissionnent, ils n’ont plus leur mot à dire sur des séries qu’ils ont créé et popularisé ; et sont pour ainsi dire, interchangeables avec d’autres. Est-ce que c’est cela que nous voulons ?

      Il faut parfois des années pour qu’un titre devienne un best-seller, ou, simplement, trouve son public : que faire en attendant ?

      Travailler en attendant de pouvoir vivre de sa passion ? Oui, à condition de ne pas se retrouver complètement lessivé par son travail en fin de journée, être très bien organisé, et avoir une famille qui comprenne qu’on n’est pas toujours disponible pour faire à manger, le ménage ... même en semaine !

      Travailler à plein temps sur ses BD, et vivre sur le salaire de son conjoint ? Pourquoi pas, à condition bien entendu d’en avoir un, de conjoint ! Assez compréhensif (compréhensive), assez aimant(e), et ayant une situation assez sûre pour cela. Je connaissais quelqu’un dont le femme travaillait sur ses bandes dessinées, et qui, en attendant, vivant sur son salaire, à lui. Problème : l’ambiance sur son lieu de travail était assez dégradée, et il devait faire profil bas pendant que d’autres s’appropriaient (en partie) son travail et recevaient les honneurs à sa place ...

      Prendre un congé sabbatique de 2 ans environ, le temps de consolider les bases de son œuvre, se faire une base de fans, contacter les éditeurs, se faire connaître ? Cela demande beaucoup de rigueur dans ses finances, et de discipline, en général, parce qu’il faut pouvoir tenir 2 ans, sur ses économies, avec l’aide de sa famille, ou avec son RSA / chômage / autres allocations : combien peuvent tenir comme ça ?

      Préserver le système actuel d’avance sur recettes quand on est publié ? Oui, mais si cette avance diminue d’année en année ? Et si on est un auteur débutant, sorti de nulle part, mais assez passionné pour se lancer ?

      Une dernière question : les auteur(e)s qui débutent juste, et qui ne touchent aucun droit d’auteur, ou trop peu, sont-ils d’office obligés de cotiser ? Et celles et ceux qui travaillent à côté (dans le secteur public ou privé) ?

      Encore désolé pour un post aussi long, mais j’essaie de comprendre, de compléter mes connaissances sur le sujet, et j’espère contribuer à faire avancer le débat sur un sujet qui concerne plus de monde qu’on ne le croit.

      Et merci d’avance à qui peut apporter des réponses, ou même des fragments, aux questions formulées plus haut.

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  • Un questionnement
    Un auteur ( formidable au passage) comme Nicolas De Crécy , dont la production est assez irrégulière et ponctuelle voire rare , de quoi vit il le reste du temps ????????????
    Son ou ses éditeurs lui lachent suffisamment de cash pour
    qu’il publie comme celà lui chante ??

    A t il une autre activité ??
    Je fais une recherche sur le net mais je ne vois pas grand chose ces derniers mois sinon une belle expo ou il a dû vendre les sérigraphies ou dessins originaux relativement à de bon tarifs ( tant mieux pour lui) et sinon qu’il y a une publication mensuelle d’une de ses nouvelles bd dans un mag japonais ...

    Toutefois financièrement ( je prend son exemple) cet auteur a amassé suffisamment de cash pour produire comme bon lui semble ??? il est tout de même intriguant de voir que d’un côté il y a des auteurs de bd dans la misère et d’autres qui semblent financièrement insouciant du fait ...
    Il a certainement un loyer , une auto à payer , des gamins à nourrir , et autres trucs à payer ....il n’est ni comme d’autres en dehors du système , non ???
    Qu’il ait plein de fric ce n’est pas la question , c’est au quotidien , que fait il ?? les à côté de son boulot lui sont suffisants ??? la vente de poster , d’affiche de sérigraphie , et autres en plus des bouquins lui remplissent suffisamment son compte en banque ???

    ( je prend Nicolas de Crécy pour sa rareté , j’aurai pu prendre un autre auteur , Blain je ne l’ai pas pris car il est évident qu’avec quai d’orsay il a ramassé du blé )
    (Il n’y a aucune accusation dans mon questionnement , c’est un questionnement , si maladresse il y a , elle n’a aucune méchanceté)

    On nous parle souvent du statut des auteurs qui ont la vie difficile mais jamais de ceux pour qui il semble que ça roule cool...

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