Le grand retour des héros de la BD belge en kiosque

25 août 2005 12 commentaires

Le directeur des éditions Dupuis, Dimitri Kennes, est décidément un homme de projet. Et il aime les faire partager avec les journalistes, comme en témoignent plusieurs articles dans la presse belge ces derniers temps. Sans doute pour réaffirmer l’ancrage belge d’une maison qui avait suscité des craintes suite à son rachat par le groupe français Média Participations l’été dernier.

En juillet dernier, nous annoncions qu’il allait se passer de « grandes choses » fin janvier prochain pour le magazine Spirou (alors que Dupuis revient pour la première fois à Angoulême depuis près de vingt ans !). Le directeur général des Editions Dupuis en dit plus encore à Daniel Couvreur, dans les colonnes du Soir de ce mardi 23 août.

Une stratégie de reconquête

Dans Le Soir, Dimitri Kennes révèle quelques-unes des cartes que le rédacteur-en-chef de Spirou Patrick Pinchart [1] et son équipe s’apprêtent à abattre pour relancer l’hebdomadaire de Marcinelle.

En effet, la nouvelle formule de ce fleuron de la BD belge devrait s’articuler autour de quatre changements majeurs : un nouveau format, une nouvelle pagination, de nouveaux auteurs et un retour des personnages de l’âge d’or.

L’objectif d’une telle refonte serait de reconquérir les kiosques en portant le tirage du magazine à quelque 200.000 exemplaires, soit le double de l’actuel. Le retour réussi de Pif a semble-t-il renforcé la conviction des patrons de Dupuis qu’il existait une attente de la part du public pour des personnages trans-générationnels. L’alignement du prix sur le marché (1,60 € soit un peu en dessous du Journal de Mickey), une promotion adaptée, et un tirage augmenté pour accéder à la visibilité en kiosque sont autant de moyens que Dimitri Kennes se donne pour atteindre ses objectifs. Pour un montant d’un million d’euros, nous révèle le quotidien bruxellois.

Le grand retour des héros de la BD belge en kiosque
Dimitri Kennes n’hésite pas
à payer de sa personne quand il s’agit de faire le promotion de Spirou.

Le recentrage du magazine est d’ailleurs drastique. « Nous allons recibler le contenu autour des personnages tous publics du catalogue Dupuis », explique Dimitri Kennes au Soir. Les séries d’aventure orientées vers les adolescents ou les adultes n’y seront plus publiées. De nouvelles séries tous publics seront lancées dans le journal Spirou à partir de janvier prochain.

La pagination augmentera de vingt pages (sur un meilleur papier) pour accueillir encore plus de rédactionnel.

Retour aux classiques

Spirou va aussi réaffirmer son leadership en appellant à la rescousse les séries mythiques qui ont fait sa réputation : Gaston, Boule & Bill, les Schtroumpfs retrouveront le chemin du journal et côtoieront les best-sellers d’aujourd’hui que sont Cédric, Kid Paddle, Le Petit Spirou.

«  Dupuis possède un patrimoine exceptionnel dans son catalogue, composé notamment de grands classiques, nous explique Patrick Pinchart. Ce sont des livres qui sont dignes de figurer dans la bibliothèque d’amateurs de bande dessinée (et d’autres qui n’ont pas d’affinités particulières à la BD). Je songe à certains Gil Jourdan, Johan & Pirlouit, Tif & Tondu, Lucky Luke, etc. Un classique est un livre que les parents ont aimé et que leurs enfants aimeront aussi. Or, quel enfant a eu la chance, aujourd’hui, d’être mis en contact avec ‘Z comme Zorglub’ ou ‘L’Enfer du Xique-Xique’. Il y a trois à cinq décennies de bandes dessinées qui n’ont pas pris une ride et qui sont introuvables. Nous voulons ainsi suppléer à cette carence et mettre les lecteurs d¹aujourd’hui (les enfants comme les parents) en contact avec ces classiques. »

Olivier Van Vaerenbergh (Rédacteur en chef adjoint du journal) et Patrick Pinchart, posant aux côtés du groom de l’Hôtel Moustic.

À l’heure où le fond de tous les éditeurs trinque à cause de la surproduction des nouveautés, cette stratégie permettrait aux classiques de Dupuis de se renforcer dans les linéaires. « Cela va au-delà d’une simple ‘publicité’ pour ces albums, insiste Patrick Pinchart. Les libraires sont déjà noyés par les trois mille cinq cents nouveautés qui sortent chaque année. Ont-ils le temps de se préoccuper d’avoir en stock les anciens albums des séries citées plus haut dans leurs rayons ? Pour la plupart, non ! Republier certains de ceux-ci dans Spirou est une manière de les replacer dans le flux. Le but est de mettre en avant des livres et des séries exceptionnelles, menacées par la folie actuelle et par l’inévitable crise que le monde de l’édition BD est en train de nous préparer ».

Inutile de dire que cette nouvelle formule du journal qui sera lancée à Angoulême a recueilli le soutien des actionnaires de l’éditeur de Marcinelle, Média-Participations. Avis aux amateurs, la BD franco-belge revient en force dans les kiosques !

NA + DP.

[1Nos lecteurs savent de longue date que le site Actuabd.com a été fondé par notre ami Patrick avant qu’il n’en laisse la direction éditoriale à Didier Pasamonik et la rédaction en chef à Nicolas Anspach. Patrick Pinchart avait été rédacteur en chef de Actuabd de décembre 1996 à la mi-2004. Il avait ensuite repris la direction du magazine Spirou après le départ de Thierry Tinlot il y a quelques mois.

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12 Messages :
  • " l’inévitable crise que le monde de l’édition BD est en train de nous préparer"
    Quelle crise ???
    La BD n’a jamais aussi bien marché. Ou alors c’est que les grands éditeurs ne veulent pas partager la galette avec les petits et les mangas.

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    • Répondu le 26 août 2005 à  10:19 :

      La vente de BD dite "franco-belge" a baissé de 6% en 2004... Les mangas représentant 35% du marché. Si ça, c’est pas une crise...

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      • Répondu le 26 août 2005 à  17:52 :

        baisse de 6% des ventes de bd francobelges ? Voilà qui est nouveau. Il serait intéressant de connaître vos sources. A quoi correspondrait cette baisse, part de marché ? Ventes en volumes ? En chiffre d’affaire ?

        Merci de préciser

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      • Répondu par Ligeti le 26 août 2005 à  19:26 :

        Baisse de la BD franco-belge ? Analysons objectivement la qualité de la production, ou encore le phénomène des reprises, qui sclérose la BD. Ne parlons pas du niveau de la production actuelle, ce qui serait un vaste débat. Le post précédent semble impliquer un problème d’adéquation entre la production BD (deux formes s’opposent : Franco-Belge - terme vague - et Manga - encore plus vague). Que propose-t-on en masse aux jeunes lecteurs des années 2000 ? Voyons les tirages : 600.000 ex pour Blake et Mortimer, 200.000 ex pour Spirou, etc. Les reprises sclérosent la BD, elles lui donnent des airs de Bianca Castafiore qui rit de se voir si belle en ce miroir...

        Pensez-vous sérieusement que les jeunes d’aujourd’hui vont rêver avec des héros créés il y a soixante ans et mèche ? Où sont les *grands* héros modernes, qui agissent autour de préoccupations contemporaines ?

        Comment un jeune lecteur peut-il trouver de l’intérêt aux aventures de Blake et Mortimer, d’Alix ou de Lucky Luke ? On comprend aisément qu’ils désertent les rayons de la BD franco-belge si elle n’a que des reprises de vieilles lunes à lui proposer... Au lieu d’encourager la création d’auteurs talentueux, on leur propose de reprendre, en plusieurs équipes, Spirou, Blake et Mortimer, Alix, Lefranc, Lucky Luke, Boule et Bill, etc.

        Ces reprises sont destinées à un public vieillissant, et forcément diminuant (en nombre sinon en capacité de lecture).

        Pourquoi nos éditeurs si prompts à ressortir leurs vieilleries ou à refaire du neuf avec du vieux ne proposent-ils pas carrément aux jeunes de 2005 une nouvelle Bécassine ou un nouveau Bicot. Tant qu’à faire...

        Franchement, si ressortir des classiques (déjà disponibles) ou faire des fers-de-lance de reprises, c’est la seule solution pour répondre aux besoins évidents d’action et de rythme de narrations nouveaux apportés par la manga...

        La BD a toujours évolué avec son temps. McCay, Hergé, et tant d’autres pionniers, ont évolué avec les inventions de leur temps, celles des autres media. Ils les ont même précédées, parfois... Aujourd’hui, les mangas sont peut-êtres plus proches des innovations des media de notre temps : jeux vidéos, arborescence d’Internet, Multimedia, cinema contemporain.

        Où sont aujourd’hui les trouvailles dans ces sempiternels héros vivant des aventures en 46 pages standards et tous calqués sur les mêmes modèles éculés (XIII = Largo Winch = Rafales = etc.) ?

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      • Répondu par Picoti le 26 août 2005 à  21:33 :

        Oui mais les mangas ce sont aussi des BDs, non ?
        Ils n’ont pas le droit d’exister ?

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    • Répondu par LO le 27 août 2005 à  10:26 :

      Bon vieux débat dans lequel la part de subjectivité est importante. Il y a beaucoup de reprises, mais il y a aussi Titeuf, Lanfeust, Kid Paddle ou les Bidochon. Pour dresser un meilleur état des lieux, il vaut mieux être très claire et précis sur les chiffres. Or, un chiffre sans source vient d’être communiqué ici, de manière anonyme qui plus est. Difficile de ne voir dans cette annonce d’une "baisse de 6 %" de la bande dessinée d’expression francophone qu’une affabulation fantaisiste destinée a ettayer un discours alarmiste, même si on peut effectivement déplorer le conservatisme d’une part du monde de la BD.

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      • Répondu par Ligeti le 27 août 2005 à  13:25 :

        En toute objectivité, il faudrait effectivement avoir tous les chiffres, faire une vraie étude, un vrai article, à la fois économique et social : quels chiffres, quels tirages, comment les éditeurs décident-ils, quel type de lecteur lit quoi, etc.

        On peut, toutefois, se féliciter d’une chose : de l’attrait toujours plus grand de la bande dessinée, qu’elle soit européenne ou japonaise (manga veut dire bande dessinée, je crois).

        On peut déplorer le phénomène des reprises, qu’il ne faut pas confondre avec celui des licences, qui permettent des merveilles comme ’Dark Knight’ (que ne permettent pas le phénomène des reprises fidèles ou peu ambitieuses). Mais il faut reconnaître que la bande dessinée est en expansion.

        Et on peut moduler une critique des reprises par les séries citées ici par LO : Titeuf, Lanfeust, Kid Paddle ou les Bidochon. De bons exemples de héros qui correspondent à des changements de la société, et ne correspondent pas à des époqus révolues (Blake et Mortimer, Alix, etc. correspondant à la société des Trente Glorieuses).

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        • Répondu par Germain le 27 août 2005 à  22:37 :

          C’est très bien de promouvoir le manga, mais il faut bien évidemment se tourner du côté des éditeurs : le manga ça rapporte, c’est une source rapide de revenus (production dantesque, rythme élevé des ateliers nippons...). Croyez-vous que les éditeurs n’éditent du manga QUE sous prétexte d’ouverture culturelle à ce qui se fait ailleurs ? ;-) allons donc.
          Concernant les reprises du fonds de Dupuis, il faut bien se rendre compte qu’aujourd’hui, Dupuis est une des maisons de Media-Participations, en concurrence avec les deux autres : Lombard et Dargaud : ils DOIVENT trouver des stratégies pour faire du chiffre, sans quoi c’est comme partout : des têtes tombent. Alors on se tourne vers ce qui s’est déjà vendu (Tuniques bleues, Gaston, Boule et Bill) parce qu’on sait que ça ne comporte que très peu de risque par rapport à un jeune qui débute et qui est invisible. On n’est plus dans l’époque de la créativité du spirou des années 60, on est hélas dans le réalisme économique du 3e millénaire ;-))

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          • Répondu par Olivier Van Vaerenbergh le 29 août 2005 à  11:51 :

            Bonjour. Juste pour réagir avant que la rumeur n’aille trop loin : oui, il y aura de la "republication " dans Spirou, mais une dizaine de pages maximum, sur un format passé à 68. Nous aurons donc, chaque semaine, 58 pages, soit 10 de mieux !, pour laisser libre cours à l’expression des auteurs d’aujourd’hui. Et je peux vous assurer que nous gardons en tête les deux préceptes qui font et ont toujours fait Spirou : le journal est une vitrine de Dupuis ET un laboratoire de jeunes auteurs. Alors svp, attendez de juger sur pièce, c’est pour bientôt ;-)

            Voir en ligne : http://www.spirou.com

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            • Répondu par Pierre le 1er septembre 2005 à  13:09 :

              Si la nouvelle formule peut nous éviter des n°s semblables à celui de cette semaine (spécial kid paddle), alors nous l’attendons avec impatience !
              Cela dit, le principe de republier des séries comme Gil Jourdan me paraît excellent ! (les vieilles barbes, dont je fais partie, qui possèdent déjà ces albums, devraient penser un peu aux jeunots qui vont pouvoir faire de sacrés découvertes !)

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  • Suis-je le seul à trouver tout ça négativement ?
    En gros, on va devoir dire au revoir à toutes les nouvelles séries qui ont fait leur apparition ces 5 dernières années ? Tout ce que Thierry Tinlot a révolutionné avec sa nouvelle formule va disparaître ? On va continuer à vivre dans le passé en lisant des vieilles BD que quasiment tout lecteur de Spirou connait ? Est-ce qu’ils ont pensé aux vrais amateurs de BD qui trouveront que le magazine ne sera plus qu’un catalogue destiné au grand public ? Le magazine a réussi à gagner en maturité, à devenir intéressant pour les adolescents et adultes avec des nouvelles séries actuelles et excellentes, à pouvoir parler de choses telles que le Sida, la non-voyance, etc, et maintenant on fairait un bond en arrière ?
    La seule chose positive là-dedans, c’est la nouvelle pagination, mais relire des BD que j’ai dans ma bibliothèque, je n’y vois aucune intérêt !

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    • Répondu par Jean le 27 août 2005 à  12:47 :

      Bonjour,
      Cet annonce me laisse perplexe. Le journal de Spirou a survécu grace à ces nouveaux auteurs et à la découverte de nouvelles séries. Reprendre d’anciens personnages de bd avec de nouvelles aventures, pourquoi pas ? Mais qu’elle est l’intérêt de rééditer des albums que l’on a déjà. La seule bonne nouvelle de cette article est l’augmentation de la pagination. Je me pose aussi une question. Dupuis vends certaines séries déjà publiées au journal de Mickey. Certaine semaine, j’ai l’impression d’avoir un journal de Spirou bis à la maison. Le fait de vouloir gagner de l’argent à tout crain a fait perdre de l’audience au journal de Spirou. Pourquoi acheter celui-ci quand on trouve ses séries favorites dans le journal de Mickey, qui propose en plus un gadget dont sont folles mes filles, presque toutes les semaines. A l’annonce de la reprise de Dupuis, j’ai pensé au défunt journal de Tintin. Pourvu qu’il ne transforme pas le journal de Spirou en "un journal de tintin bis". Si mes souvenirs sont bon, tous les publications "des éditions de la concurrence" sont mort de leur belle mort. Mon sang se glace à la pensée que Spirou pourrait disparaître un jour...
      Une famille lectrice de Spirou depuis trois générations...

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