Le vent de la BD souffle sur les éditions Phébus

6 novembre 2013 0 commentaire

Avec "Les Ombres" de Vincent Zabus et Hippolyte, les éditions Phébus, un label qui existe depuis plus de 35 ans, plus connu pour son catalogue de littérature dans le domaine étranger, se mettent à la BD... Elle avait une tradition, ponctuelle, dans la publication de Beaux Livres, mais c’est la première fois qu’elle s’adonne au 9e Art.

C’est le dramaturge belge Zabus qui est à l’origine du projet. Déjà scénariste de BD (Le Monde selon François, avec Renaud Collin, chez Dupuis ; Agathe Saugrenu, avec Valérie Vernay, chez Dupuis ; Les Petites Gens, avec Thomas Campi au Lombard ; Les Chroniques d’un maladroit sentimental, avec Daniel Casenave, chez Vents d’Ouest...), il lui tenait à cœur à faire une pièce de théâtre et une BD en même temps. Le sujet lui est venu alors qu’il répétait une pièce à Jodoigne, en Wallonie profonde, et qu’il avait face à lui un "centre ouvert" où se trouvaient parqués des immigrants en situation illégale.

Il s’est mis à les rencontrer, puis à enquêter sur le sujet. À chaque rencontre, il découvre une histoire humaine poignante, des parcours individuels incroyables qui lui semblent nécessaires d’être rapportés. Ne voulant pas faire un reportage, comme on en trouve de plus en plus dans la BD, il prend le parti d’écrire une fable sous la forme d’une tragédie qui pourrait être grecque si elle n’était dramatiquement contemporaine, comme nous le rappelle la tragédie de Lampedusa ou encore l’affaire Leonarda.

Le vent de la BD souffle sur les éditions Phébus
Vincent Zabus à la Galerie Champaka en septembre 2013, devant des dessins d’Hippolyte.
Photos : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Il contacte Hippolyte (Le Maître de Ballentrae, chez Denoël Graphic) qui est enthousiaste sur le projet et qui produit tout de suite 25 planches. Les deux auteurs font alors le tour des éditeurs de BD. Le frilosité ambiante fait que les décisions ne s’enclenchent pas. Hippolyte, qui connaît Phébus, leur propose alors le projet. L’éditeur parisien accepte au quart de tour. "Nous découvrons la bande dessinée et celle-ci nous découvre aussi, nous dit Lionel Besnier, directeur éditorial littérature chez Phébus. Nous connaissions Hippolyte en tant qu’illustrateur de couvertures pour la collection Libretto mais aussi pour son travail graphique sur La Cuisine des flibustiers de Mélani Le Bris. L’échange que nous avons eu sur ce dernier projet lui a donné l’envie de nous proposer ce projet qui, pour lui, était très important."

Cela donne un beau livre impressionnant de près de 200 pages où les illustrations d’Hippolyte peuvent déployer toute leur puissance onirique. Nous sommes dans un théâtre grec dont les accents rappellent combien la thématique de l’errance reste dans l’actualité. "La convention, produite par les contraintes de la représentation, est vraiment le point commun entre le théâtre et la BD, nous dit Zabus. J’ai gardé ce qui était spécifique à l’un et à l’autre de ces témoignages. À un moment, il y a un trou dans lequel s’engouffre une maison. Il raconte l’absence. Hippolyte l’a rendu mieux qu’au théâtre. Un dessin en dit parfois plus qu’un longue scène. Mais il y a au théâtre une ironie qui était rendue par le jeu des comédiens. On ne la retrouve pas dans la BD..."

Dans un marché de la BD surencombré, cette proposition nouvelle a-t-elle des chances ? "C’est l’énergie de la naïveté, nous répond Lionel Besnier, et un coup de cœur qui nous fait penser que si ce livre nous a plus à nous, au niveau de notre comité éditorial, on peut supposer que d’autres y trouverons leur plaisir. C’est l’offre. J’ai une grande confiance en la qualité des libraires et des lecteurs."

C’est tout le bien qu’on leur souhaite.

DP

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Un bel album d’une grande qualité.

Photos : D. Pasamonik (L’Agence BD)

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