Lecture en confinement #2 : "Le Moi Noir" - Par Mikkel Ørsted Sauzet - Louison Editions

18 mars 2020 0 commentaire

CONFINEMENT. Deux semaines, ce sera un minimum. Avec pour beaucoup du temps libre, si le télétravail et les obligations diverses ne deviennent pas trop écrasants. Suite donc de notre défi : une brève chronique quotidienne, en plus des rubriques habituelles, sur une parution ancienne, récente ou à venir, pour favoriser la découverte et, si possible, partager le goût de la lecture.

Si l’on en croit Mikkel Ørsted Sauzet, il va falloir s’habituer à vivre cloîtré et à éviter le plus possible de mettre le nez dehors. Pas forcément à cause d’un virus d’ailleurs... Le réchauffement climatique fera son œuvre, à moins que la situation actuelle ne devienne définitive...

Lecture en confinement #2 : "Le Moi Noir" - Par Mikkel Ørsted Sauzet - Louison Editions
Le Moi Noir © Mikkel Ørsted Sauzet / Louison Éditions 2020

D’ici quelques années donc, le monde étouffera. Il sera impossible de survivre en Afrique sans un équipement spécial et même sous des latitudes plus clémentes il deviendra périlleux de se promener à l’air libre. Les avancées de la technologie n’auront pas empêché l’inéluctable, entraîné par une frénésie consommatrice jamais démentie.

C’est dans ce contexte que le personnage principal du Moi Noir, An Kov, traîne son surmenage intellectuel, ses doutes et ses psychoses. À l’instar de la nouvelle d’Anton Tchekov où l’écrivain Andreï Kovrine vit comme si la tuberculose ne l’atteignait pas, An Kov va et vient comme si ses troubles étaient sans importance. Il tente bien de se mettre au calme, mais ses obsessions n’évoluent guère. Fonce-t-il dans un mur sans s’en rendre compte ?

Le Moi Noir © Mikkel Ørsted Sauzet / Louison Éditions 2020

Mikkel Ørsted Sauzet, qui avait impressionné avec Fétiche (Presque Lune éditions, 2018), puissante évocation de la révolte, interprète dans sa bande dessinée la nouvelle Le Moine Noir (1893) de Tchekov. La transposant dans un futur proche à la fois crédible et effrayant, il en donne une version empruntant à la fois à l’anticipation et au roman psychologique.

Son trait dense, les tons sépias et les compositions très sobres entretiennent l’ambiance étrange, un peu triste mais mystérieuse, du récit. Le lecteur est en même temps dans et en-dehors de la tête d’An Kov, l’accompagnant dans ses excès ou ses hésitations. Le Moi Noir est un livre politique - en tant que réflexion sur notre monde actuel et son devenir - et psychologique - comme regard sur l’évolution mentale d’un personnage en proie à une maladie proche de la schizophrénie - rappelant que l’individuel et le collectif sont indissociables. La période que nous traversons ne donne pas tort à l’auteur...

FH

Le Moi Noir - Par Mikkel Ørsted Sauzet (d’après Anton Tchekov, Le Moine Noir, 1893) - Louison Editions - conception graphique par Élie Colistro - 17,5 x 23,5 cm - 260 pages en bichromie - couverture souple, reliure japonaise, coffret - ISBN 9791095454366 - parution le 2 janvier 2020.

Consulter le site de l’auteur & lire notre chronique sur son ouvrage Fétiche (Presque Lune, 2018).

Le Moi Noir © Mikkel Ørsted Sauzet / Louison Éditions 2020

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