Lecture en confinement #32 : "Peste" - Par Gauvain Manhattan - Vide Cocagne

17 avril 2020 0 commentaire

CONFINEMENT. Un mois que les Français sont - officiellement - confinés chez eux. Les effets semblent se faire sentir puisque l’épidémie de coronavirus aurait atteint un plateau et que les hôpitaux commenceraient à être un peu moins sous pression. Et si le confinement a été prolongé, certaines activités reprennent doucement. Mais l’on navigue à vue quant aux moyens techniques et matériels d’un déconfinement complet, notamment en ce qui concerne les domaines de l’éducation - dans quelles conditions les écoles pourront-elles réellement fonctionner ? - et de la culture - quels événements, si nombreux en été, pourront avoir lieu ?

Vide Cocagne fait partie de ces maisons d’édition qui osent donner leur chance à de jeunes autrices et auteurs. C’est de nouveau le cas avec Peste de Gauvain Manhattan. Les éditeurs savent qu’il y a peu de chances qu’ils rentrent dans leur frais en lançant un ouvrage tout en couleur et de plus de 250 pages d’un auteur presque inconnu dans le monde de la bande dessinée, surtout à quelques semaines du festival d’Angoulême. Reste que c’est à ce genre de démarche que l’on reconnaît des passionnés et à qui l’on doit le renouvellement de l’offre culturelle.

Lecture en confinement #32 : "Peste" - Par Gauvain Manhattan - Vide Cocagne
Peste © Gauvain Manhattan / Vide Cocagne 2020

Peste est une œuvre ambitieuse. Récit penchant du côté de l’heroic fantasy, il n’en reprend cependant pas tous les codes. Certes les créatures fantastiques et le merveilleux abondent, mais les héros ne sont pas exactement des guerriers bardés de muscles ou de vieux barbus aux pouvoirs magiques. Et s’il est question de royaumes rivaux, de trahisons et de malédictions à contredire, les enjeux réellement importants sont d’une étonnante modernité.

Peste est le nom d’une petite maison de couture d’un royaume où tout se mesure à l’aune du style vestimentaire. Ils sont trois à y travailler, ou plutôt à y faire équipe : Olivier, qui dessine et coud les modèles, Maschine, qui forge les pièces d’armure ou d’apparat, et Apoline, qui chasse d’incroyables et dangereuses créatures pour leurs peaux et fourrures. Tous trois se retrouvent au cœur d’une intrigue de cour qui met en péril le royaume entier et qui donne le point de départ à une aventure riche en surprises et en rebondissements.

Peste © Gauvain Manhattan / Vide Cocagne 2020

L’histoire en elle-même est sinon convenue, du moins assez classique, nonobstant le fait qu’elle se déroule pour l’essentiel dans un royaume où la haute couture est érigée en valeur suprême. En revanche, quelques-uns des choix de l’auteur donnent une pointe d’originalité bienvenue à sa bande dessinée. Le langage, d’abord, y est très contemporain. Le « parler » des personnages, en particulier d’Apolline, pourrait résonner actuellement dans nos rues - si celles-ci n’étaient pas quasiment vides.

Autre parti-pris justifiant la lecture de Peste : l’utilisation des couleurs. Le monde décrit n’est fait que de noir, de blanc et de rouge. Quid du reste de l’arc-en-ciel ? Nous ne le révélerons pas ici, ce mystère faisant partie intégrante de l’histoire racontée par Gauvain Manhattan. Signalons simplement que ce ressort narratif permet au dessinateur quelques coups d’éclats, comme lorsqu’il interprète à sa manière quelques peintures éminentes.

Enfin, et cette dernière singularité contribue grandement à ancrer l’ouvrage dans la modernité, Peste est rédigé en écriture inclusive. Gauvain Manhattan, là encore, se réapproprie les règles communément admises, les modifiant à sa façon, ce qui fait que son choix ne ralentit en rien la lecture. Il parvient ainsi par son écriture à rejoindre des éléments de son récit remettant en question les préjugés de genre. Partir d’un type de récit plutôt formaté et soulever de telles sujets sans rien sacrifier à l’aventure, c’est pour un premier ouvrage réussir une jolie gageure.

FH

Peste © Gauvain Manhattan / Vide Cocagne 2020
Peste © Gauvain Manhattan / Vide Cocagne 2020

Peste - Par Gauvain Manhattan - Vide Cocagne - 20 x 25 cm - 256 pages couleurs - couverture cartonnée - ISBN 9782379360091 - parution le 10 janvier 2020.

Consulter le site de l’auteur & lire les premières pages de l’ouvrage.

Merci à Lise Lamarche pour le lien vers ce Petit guide pratique de l’écriture inclusive.

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