Lecture en confinement #41 : "Jojo la plume" - Par Benoît Jacques - Benoît Jacques Books

26 avril 2020 2 commentaires

CONFINEMENT. Qu’est-ce qui doit primer : l’économie ou la santé ? Tout le monde, dans un premier élan, répondra que la priorité doit aller au maintien d’une bonne santé pour tous. Pourtant, nombreux sont ceux qui semblent prêts à courir - ou, pire, faire courir - des risques sanitaires dans l’espoir de « relancer » l’économie. Au-delà des considérations, vastes et variées, que ce constat appelle dans des domaines comme la politique ou la psychologie, il faut espérer que ce sont ces « résistants » (?) qui auront raison. Car cela signifiera que l’épidémie aura reflué et que le nombre de morts sera tombé au plus bas. Avoir raison par défaut, c’est déjà ça.

Il est des artistes dont la discrétion et la modestie, valeurs si peu promues de nos jours, n’ont comme équivalents que leur talent et leur longévité. Benoît Jacques est de ceux-là. Le terme d’artiste lui va bien : il est assez flou et valorisant pour définir son activité artisanale et protéiforme. Loin d’être un inconnu - il a par exemple été récompensé au Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil en 2008 - mais presque invisible dans le petit monde de la bande dessinée, Benoît Jacques est à la fois dessinateur, écrivain, bricoleur, éditeur, diffuseur... Et probablement d’autres choses encore.

Lecture en confinement #41 : "Jojo la plume" - Par Benoît Jacques - Benoît Jacques Books
L’équilibriste sur son monocyle, une métaphore de l’auteur s’auto-éditant ?

Sa maison d’édition, Benoît Jacques Books, a fêté l’an passé ses trente ans. Lui a à peine plus du double de cet âge. Né en Belgique, il a grandi à Bruxelles, où lui vient très tôt l’envie de faire l’écriture et le dessin par lui-même. Encore enfant, il crée un journal dont chaque numéro n’a qu’un exemplaire et dont tous les articles et dessins sont signés « Jojo la Plume ». Puis il tire ses premiers livres, sous le nom des « Éditions Bibi ». Tout ou presque est déjà là : les petits bouts de textes, les dessins griffonnés mais vivants, et surtout la volonté si fortement ancrées de tout faire soi-même, et en toute liberté.

Après des études à l’Académie royale des Beaux Arts et à La Cambre, Benoît Jacques s’installe pour une dizaine d’années à Londres. Il y poursuit son apprentissage, cette fois tout en travaillant, en intégrant un studio de design graphique. Il y cultive sa connaissance et son amour de la « chose imprimée », comme il l’écrit lui-même. C’est en Angleterre justement qu’il fait imprimer ses premiers ouvrages, en particulier Play it by ear (1989), recueil de partitions dessinées refusé par plusieurs éditeurs, mais qui a depuis trouvé son lectorat et a été six fois réédité.

De retour sur le continent, c’est en région parisienne que Benoît Jacques s’installe. Il y demeure toujours, s’auto-éditant inlassablement. À part quelques excursions chez des éditeurs bien installés, comme L’école des loisirs et L’Association, la plupart de ses ouvrages - plus de quarante - sont sortis chez Benoît Jacques Books. C’est l’idéal pour l’auteur : il peut ainsi tout contrôler, de la conception à la diffusion en passant par l’impression.

Comment entrer dans une œuvre aussi riche et foisonnante, reliée autant à la bande dessinée et au livre d’artiste qu’à la poésie et à l’humour ? Il faut trouver un livre qui puisse non résumer une carrière, mais donner un aperçu de l’esprit de son auteur. Pour Benoît Jacques, Jojo la Plume, paru fin 2017, pourrait être cette porte d’entrée.

Y sont rassemblés des « objets relevant de l’appellation bande dessinée publiés (ou non) entre 2001 et 2017 ». Une petite vingtaine de courts récits, qui d’ailleurs pour certains n’en sont pas vraiment, sont réunis suivant l’ordre chronologique de leur création. La majorité ont pu être aperçus ici ou là, souvent chez L’Association, mais quatre d’entre eux sont inédits. Tous nous permettent de prendre la mesure de la malice voire de l’espièglerie de leur auteur, de la vivacité de son trait excluant tout académisme, et de son invention langagière récurrente. De quoi donner l’envie d’en découvrir beaucoup plus.

FH

"Petit contrôôôle sur la route du pôôôle" in revue "Lapin" n° 35 (L’Association), 2006 © Benoît Jacques 2017
"Précis de bonne éducation" in "Les Bonnes Manières" (Actes Sud-L’AN 2), 2008 © Benoît Jacques 2017
"Plein de vide" in revue "Mon Lapin / Jérôme Mulot" (L’Association), 2014 © Benoît Jacques 2017

Jojo la plume - Par Benoît Jacques - Benoît Jacques Books - 17 x 24 cm - 64 pages en noir & blanc et couleurs - couverture souple avec rabats, broché - ISBN 2916683224 - parution en novembre 2017.

Consulter le site de l’auteur & lire un entretien sur diacritik.com (par Christian Rosset, 20 avril 2020).

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2 Messages :
  • Merci pour cette série de proposition d’album "lecture en confinement", qui m’ont agréablement distraite et piqué ma curiosité parfois durant ces jours d’enfermement ! ( ceci est un message destiné à/aux auteurs des articles et n’est pas destiné à paraître en commentaire ).

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    • Répondu par Frédéric HOJLO le 11 mai à  14:11 :

      Si cette série a été suivie par une lectrice, c’est déjà ça !

      Les 55 chroniques sont de la même plume - pas celle de Jojo, mais de l’auteur de ces lignes.

      Merci,

      FH

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