Lecture en confinement #5 : "Corso à contre-main" - Par Olivier Spinewine - CFC éditions

21 mars 2020 0 commentaire

CONFINEMENT. Les jours se suivent mais les lectures ne se ressemblent pas. Alors que le temps s’est presque arrêté pour un milliard d’êtres humains, la lecture va-t-elle connaître un regain d’intérêt ? Ou les plateformes de streaming et autres systèmes de diffusion vidéo vont-ils voir encore augmenter leur audience ? Même si ce n’est pas incompatible, nous avons fait notre choix. Une lecture par jour minimum, le temps du confinement : cela continue.

Corso à contre-main, d’Olivier Spinewine, fait partie de ces petits livres mystérieux, faussement brouillons et véritablement soignés, que l’on peut lire plusieurs fois et redécouvrir à chaque fois. Un petit format à l’italienne, des dessins de l’ordre de l’esquisse mais très évocateurs, une fabrication originale - ici des pages de couleurs - et un récit qui tient du carnet de rêves ou de souvenirs : c’est le genre de livre-objet qui peut laisser froid mais trace, à condition de l’ouvrir avec une attention toute particulière, des perspectives inédites pour l’écriture comme pour le dessin.

Lecture en confinement #5 : "Corso à contre-main" - Par Olivier Spinewine - CFC éditions
Corso à contre-main © Olivier Spinewine / CFC éditiions 2020

D’après une note de l’éditeur, Corso à contre-main a été réalisé à partir « de fiches aux couleurs passées, d’une méthode désuète d’apprentissage de l’italien et d’autres documents détournés ». Ces différents éléments apparaissent en effet à la lecture. Des bribes d’italiens, mais aussi de français, parsèment des pages aux couleurs douces. La graphie varie, comme les dessins, souvent à l’aquarelle, qui sont parfois à peine ébauchés. Un rythme particulier, fait de pauses et d’accélérations, guide les yeux du lecteur.

Mais dans quelle direction ? Ou le long de quoi ? Difficile à dire. Car c’est une errance qu’il nous est donné de suivre. Un voyageur - touriste ou migrant, impossible de le savoir - se déplace en Italie. La langue des personnes qu’il croise et quelques très rares éléments architecturaux le confirment. Lui semble perdu et ne pas vraiment comprendre ses interlocuteurs. Jamais à sa place, sans le secours d’une âme charitable, il n’a d’autre choix que de poursuivre sa route. Alors, seule certitude : il avance, toujours.

Corso à contre-main © Olivier Spinewine / CFC éditiions 2020

Les sensations d’étrangeté et d’être étranger sont au cœur de Corso à contre-main. L’incompréhension dominante est étonnamment bien transmise. Impression d’être moqué, d’être paumé, de suivre une fausse piste. Y a-t-il quelque chose ou quelqu’un à rejoindre au bout du chemin ? Probablement pas, mais il faut quand même aller y voir.

Cette divagation est peut-être, en fait, intérieure. « Corso à contre-main », en espagnol latino-américain, désigne le fou. Le voyageur serait perdu en lui-même. Il rentre dans les passants comme il se cognerait à ses propres pensées. Désorienté, il se méprend sur les intentions de ses semblables : l’hallucination ou la schizophrénie ne sont pas loin. Aurait-il été trop longtemps confiné ?

FH

Corso à contre-main © Olivier Spinewine / CFC éditiions 2020

Corso à contre-main - Par Olivier Spinewine - CFC éditions - direction éditoriale par Christine de Naeyer & suivi éditorial par Thomas Keukens - collection 7 | 107 - 10 x 14 cm - 168 pages couleurs - couverture cartonnée, relié - ISBN 9782875720436 - parution le 17 janvier 2020.

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