Lyon BD Festival : Face à la crise économique, quels nouveaux formats éditoriaux ?

13 juin 2015 0 commentaire

Le vendredi 12 juin avait lieu la journée pro du Lyon BD Festival. Différentes tables-rondes furent organisées, et l’une d’entre elles a réuni différents auteurs autour de la question des nouveaux formats éditoriaux, Lewis Trondheim pour la revue Papiers, Olivier Jouvray pour la revue Les rues de Lyon et JC Deveney pour le projet Webtrip.

Face à la crise économique actuelle, quelles solutions sont envisageables pour permettre aux auteurs d’esquisser de nouveaux modèles ? Les trois revues présentées proposent toutes trois des modèles très différents entre elles.

Lyon BD Festival : Face à la crise économique, quels nouveaux formats éditoriaux ?

Trois auteurs, trois revues, trois modèles, trois looks.

Webtrip est un projet intimement lié au Lyon BD Festival, dans la continuité du record de la plus grande BD du monde. Ce dernier avait demandé une logistique très lourde, et l’idée d’un webtrip, moins complexe à organiser fut lancée pour réaliser une bande dessinée européenne et en commun. JC Deveney a listé des idées de scénarios, réalisés par différents auteurs (européens pour la première saison, européens et latino-américains pour la deuxième saison, lyonnais et barcelonais pour la troisième). L’ensemble fut financé par le Festival et par des subventions régionales. Ce n’est que dans un second temps, quand il s’est agi d’en publier une version papier, qu’un appel au financement participatif eut lieu sur Ulule.

JC Deveney tient dans les mains l’édition papier de la dernière saison de Webtrip.

Les Rues de Lyon s’est lui, dès le départ, construit autour du financement participatif, pour faire face à la frilosité des éditeurs. Un tel projet a inspiré confiance, condition nécessaire pour que des centaines de gens soient prêt à s’abonner à l’avance. Comme nous l’expliquait Olivier Jouvray, aucune subvention municipale ou régionale n’a été demandée, alors que leur statut associatif leur permettrait d’en obtenir facilement : « Nous voulons que notre aventure soit capable de vivre de ses propres moyens. Si les institutions locales veulent nous aider, je leur propose de faire des achats en lot, pour offrir à leurs employés, leurs partenaires ou pour d’autres raisons. Nous pensons qu’il est préférable de rémunérer les auteurs pour leur travail plutôt que de les subventionner. ». Cela ne signifie pas que dans un second temps, pour des projets spécifiques et plus risqués, ce ne soit pas le cas, mais telle n’est pas la philosophie du projet initial.

Jouvray, toujours fier des Rues de Lyon.

La revue Papiers est une idée de Yannick Lejeune et de Lewis Trondheim. Face à la mode du numérique, du transmédia, etc, les deux complices ont décidé de créer une revue papier, classique, et ce n’est pas sans provocation qu’ils la nommèrent ainsi. Cette revue, publiée tous les 3 ou 4 mois par Delcourt, s’est vendue à 3500 exemplaires pour le premier numéro, chiffre nécessaire pour être rentable, mais les quatre numéros suivants se vendirent moins et le sixième numéro, sorti en juin, sera le dernier. L’éditeur Delcourt était surdimensionné pour un tel projet, selon Lewis trondheim : Delcourt sait vendre des Sillage à 100.000 exemplaires, mais cela n’est pas rentable de mettre de l’énergie pour vendre 3500 exemplaires d’une petite revue, ce qui explique le peu de suivi du projet par l’éditeur, qui explique également la décision des auteurs d’arrêter.

Le jovial Lewis Trondheim, à l’initiative de la revue Papier.

Le taux de rémunération des auteurs a différé grandement entre ces projets. Papier n’a rémunéré que 40 euros par page, mais en laissant aux auteurs tous leurs droits, car il fallait que la revue soit rentable. Pour Webtrip, le projet était de l’ordre évènementiel, autour du Lyon BD, il ne s’agissait pas d’un projet éditorial pérenne, mais d’un évènement ponctuel, soutenu par le festival et des acteurs publics, et les pages furent payées environ 100 euros chacune. Les Rues de Lyon est un projet associatif, dans lequel seul l’auteur est rémunéré, en recevant un tiers du prix des ventes. Pour l’instant, cela revient à payer 50 euros par page chaque auteur en moyenne, mais ce prix augmentera si la revue se vend bien !
La revue Papier répondait aussi à l’idée que les auteurs doivent avoir un espace dans lequel ils peuvent tâtonner, tester, ce qui manque dans la bande dessinée actuelle. Cette revue n’a pas pour objectif d’aboutir à des livres, mais de permettre aux auteurs de se faire plaisir.
Les éditeurs sont utiles, mais sur bien des projets, d’autres solutions doivent être trouvées, surtout dans le contexte de surproduction actuel. L’aide des éditeurs est certes précieuse pour guider de jeunes auteurs, mais des collectifs d’auteurs peuvent aussi permettre aux uns de conseiller les autres, ce qui est par exemple l’un des rôles de l’Épicerie Séquentielle, l’association des auteurs de bande dessinée lyonnaise.

Dans tous les cas, ces différents projets lyonnais montrent que le métier d’auteur de bande dessiné ne passe pas forcément par des logiques nationales et que des solutions purement locales ou régionales peuvent être tout à fait viables.

T.M.

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