Lyon BD Festival : Master Class de Tripp et Loisel

13 juin 2015 1 commentaire

Le vendredi 12 juin avait lieu la journée pro du Lyon BD Festival. Outre différentes conférences et tables rondes eut lieu une Master Class passionnante, durant laquelle Régis Loisel et Jean-Louis Tripp sont venus présenter leur travail sur leur Magasin général.

Les deux auteurs sont revenus sur les origines du projet, expliquant qu’il était initialement prévu en trois tomes et qu’au fil des pérégrinations et différentes déviations, l’aventure a duré plus longtemps que prévu. Ils ont livré différentes anecdotes, comme le nom du village, qui devait initialement être Notre-Dame-du-Lac avant qu’ils ne découvrent que ce village existait pour de vrai, ce qui les poussa à transformer le village en Notre-Dame-des-Lacs, bien que l’on ne voie qu’un lac dans la BD…

Lyon BD Festival : Master Class de Tripp et Loisel
Loisel au dessin

Ils sont également revenus sur le travail de documentation, beaucoup plus important que prévu, là encore. Michel Laurent, historien spécialisé dans les questions sociales et techniques du début du XXe siècle québécois, leur a ainsi apporté une aide précieuse, modifiant certains détails (en leur apprenant par exemple que la chanson « Joyeux Anniversaire » n’existait pas encore au début du siècle…). Cette reconstitution est si réussie, que bien des Québécois ont fini par apprendre des éléments de leur propre histoire grâce à cette bande dessinée, œuvre de deux Français !

Tripp aux manettes

Mais l’aspect le plus intéressant de cette Master Class fut l’analyse de leurs techniques de travail à quatre mains. Ce processus d’écriture complexe a été décortiqué en détail. Le scénario est un véritable travail collectif, les deux auteurs se mettant autour d’une table pour imaginer ensemble les aventures de leurs personnages dans un véritable jeu de ping-pong intellectuel. Les dialogues sont écrits selon la proximité de l’auteur au personnage : ainsi, c’est Loisel qui s’est approprié Gaëtan, l’idiot du village, et c’est donc lui qui le fait parler, alors que Tripp, qui s’identifie davantage au curé, le fait parler. Les dialogues sont ensuite « repris » par Jimmy Beaulieu pour réinterpréter tel ou tel mot à la sauce québécoise. La répartition des tâches se fait naturellement : le travail du coloriste est surveillé étroitement par Loisel, tandis que c’est plutôt Tripp qui se charge de reprendre les dialogues avec J. Beaulieu.
La réalisation graphique se divise en plusieurs étapes, que les deux auteurs ont d’ailleurs réalisées en direct, sous les dorures des salons de l’Hôtel de Ville de Lyon.
Tout d’abord, Loisel fait une mise en scène, et « campe » la planche. Il ne s’agit pas uniquement d’un story-board, mais d’un travail beaucoup plus poussé, un crayonné très avancé.

Première étape : le crayonné de Loisel

Puis Tripp photocopie ce crayonné, le réduit à 80%, et reprend les lignes des personnages, se les appropriant.

Deuxième étape : la reprise par Tripp des lignes des personnages.

Ensuite, au crayon 2B pour une partie du dessin, puis au 5B, il donne du volume.

Troisième étape : Tripp reprend avec un crayon 2 B, puis 5 B.

Enfin, il pose les ombrages. Ce travail d’estompage donne réellement sa patte à l’album et constitue sa marque de fabrique, l’élément qui permet d’identifier au premier regard ce style Tripp-Loisel.

Quatrième étape : L’estampage

Tripp, « dessinateur qui connaît ses limites » et Loisel, qui n’aime pas encrer, ce qu’il fait « salement », ont réussi à associer pleinement leurs qualités et leurs défauts. Leur complémentarité a permis d’aboutir à une œuvre rare.

Le résultat final

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