Manifeste incertain (Vol. II) par Frédéric Pajak - Éditions Noir sur blanc

29 décembre 2013 0 commentaire

Il y eut des écrivains voyageurs (Dumas, Loti, Segalen, Cendrars, Hemingway, Joseph Roth...), des dessinateurs-voyageurs comme Hugo Pratt, mais aussi des écrivains promeneurs (Léautaud, Léon-Paul Fargue, Léo Mallet...) et des dessinateurs-promeneurs comme Jacques Tardi.

Frédéric Pajak est un peu des deux. Il fait partie des adeptes de la flânerie citadine, qu’elle soit à Venise, Paris ou Berlin ; avec cette qualité supplémentaire : son texte est soutenu par des dessins au noir et blanc contrasté, cru, souvent pathétique, à fleur de peau...

Son livre -pas exactement une BD, mais riche en personnages- est une ballade littéraire savante et poétique, remarquablement écrite, qui croise les souvenirs de Walter Benjamin en "hotelmensch" miséreux passant entre les "coulisses de pierre" parisiennes, traduisant Proust en allemand, y recevant son ami Gershon Sholem venu de Palestine, aimant Paris qui ne le lui rend pas en retour ; où l’on croise Kafka prenant le métro de Montmartre à Grands Boulevards ; Hohl déambulant à pied dans un Paris crasseux, le long de la Seine ; Breton dans des soirées surréalistes, "navrantes" juge Benjamin ; le peintre américain Edward Hopper revenant de Paname instruit par sa tristesse...

Il y a de la nostalgie dans ce livre-là, une forme de dégoût de la modernité, perçue comme la négation de l’intelligence. Mais ce ne sont que les effets secondaires d’une introspection implacable où l’espoir est vécu comme une spéculation vaine face à la l’immensité de ce que nous avons perdu.

DP

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