« Maus », le chef d’œuvre d’Art Spiegelman écarté du programme scolaire dans une école du Tennessee

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AUJOURD’HUI, NOUS SOMMES LE 27 JANVIER, JOURNÉE DE SOUVENIR DES VICTIMES DE LA SHOAH. On dirait presque que c’est un fait exprès : le 10 janvier dernier, dix membres du conseil de l’éducation du comté de McMinn, dans l’est du Tennessee aux États-Unis se sont prononcés en faveur d’un retrait du programme scolaire du célèbre Maus d’Art Spiegelman en raison de la présence, selon eux, de huit jurons (« God Damn », la belle affaire !) et d’« une image de femme nue » (la mère de l’artiste). Évidemment ça leur pète à la gueule aujourd’hui. Ce n’est qu’une des manifestations, fréquentes désormais, d’un mouvement conservateur américain qui, sous prétexte de pudibonderie, s’attaque aux programmes d’enseignement sur l’histoire de l’esclavage et du racisme en Amérique.

Le best-seller d’Art Spiegelman, « Pulitzer Prize » mondialement reconnu qui a popularisé dans le monde le format du roman graphique, est souvent utilisé en classe comme outil pédagogique pour le travail de mémoire sur la Shoah et recommandé comme tel depuis des décennies par l’Éducation Nationale. C’est à la fois une œuvre majeure de la BD et la première grande œuvre de transmission de la mémoire de la Shoah née dans le magazine Raw en 1980.

L’argument des censeurs est parfaitement hypocrite : Maus n’est en aucun cas une lecture destinée à de jeunes enfants, et les plus grands sont parfaitement capables d’appréhender avec le recul nécessaire ce genre d’expression et d’images.

Spiegelman reste interdit devant une telle situation qui rappelle l’autodafé canadien rencontré récemment. Il qualifie d’ « orwélienne » cette administration d’un comté qui a voté Trump à 80% lors des dernières élections américaines.

Le romancier britannique Neil Gaiman, auteur de la série BD The Sandman chez Vertigo, est bien plus incisif : «  Il n’y a qu’une seule catégorie de personnes capables de voter pour interdire Maus, quel que soit le nom qu’elles se donnent ces jours-ci.  » On ne peut mieux dire.

DP

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Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

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3 Messages :
  • Entre l’abjection des Trumpistes dressés sur leur ergots contre la "Critical race theory" et les misérables autodafés des abrutis la woke culture, nous voilà mal barrés. Père, garde-toi à droite, Père, garde-toi à gauche. Ce monde pue de plus en plus fort. La réponse de Neil Gaiman est parfaite et j’aurais tendance à mettre tout ce petit monde dans le même sac.

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    • Répondu par Michel Dartay le 28 janvier à  18:40 :

      Bien d’accord avec vous, la simple liberté d’expression n’est plus tolérée dans une partie d’un certain état sudiste et sans doute très réactionnaire.
      L’oeuvre de Spiegelman n’est pas vulgaire, ni érotique, je trouve ridicule d’en interdire l’accès à des gamins de douze ans.IL me semble qu’en surfant sur le net avec leur smartphone, ils peuvent découvrir bien plus choquant

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    • Répondu le 3 février à  08:38 :

      "j’aurais tendance à mettre tout ce petit monde dans le même sac."
      Mouais déjà c’est la société américaine où l’on peux défiler dans les rues avec des croix gammées et crier son adoration pour adolf hitler.
      Sinon pour votre gouverne voici la définition de la woke culture :Le terme anglo-américain woke désigne le fait d’être conscient des problèmes liés à la justice sociale et à l’égalité raciale.
      tout ceci est propre à la culture américaine
      Mettre tout le monde dans le même sac me parait un simpliste, mais bon on fait avec ce que l’on a.

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