Précisions d’Alan Moore dans une interview pour « PepperPlug »

6 mars 2004 0 commentaire

Ce n’est pas si courant, le tout nouveau magazine PepperPlug vient lui aussi d’interviewer Alan Moore sur son site internet dans le cadre de l’exposition rétrospective qui lui est consacrée à Charleroi. Il modère un peu ses propos par rapport à l’interview du journal Le Soir dont nous parlions dans nos colonnes dans laquelle il annonçait une quasi-retraite par rapport à la BD : « J’adore ce que je fais, corrige-t-il après avoir annoncé que sa décision d’arrêter n’était « pas tout à fait exacte », mes meilleurs comics sont ceux réalisés depuis 4 ou 5 ans, mais j’approche de la soixantaine, je suis fatigué de cette routine. Je ne veux plus me réveiller chaque matin en sachant que j’ai 4 pages de ceci à faire ou 6 pages de cela.[…]. Je veux continuer, j’adore la BD, et si je ne suis définitivement pas très à l’aise avec l’industrie, je continue d’adorer le medium. Pour les « Gentlemen Extraordinaires » par exemple, que je réalise avec le dessinateur Kevin O’ Neill, nous avons encore de nombreuses idées autour de la série, et nous continuerons certainement dans un futur proche. Mais par ailleurs, une grande part de ma joie et de ma satisfaction, c’est de n’avoir aucune idée de ce que je suis en train de faire ! J’aimerais vraiment commencer quelque chose sans idée préconçue, sans plan. Donc oui, j’en ferai encore… en plus de bien d’autres choses. » Voilà qui est clair.

En revanche, pour le cinéma, très remonté contre Hollywood, il en rajoute une couche : « … à l’avenir, aucun des films tirés de mon travail ne pourra m’être attribué, d’une manière ou d’une autre ! […] Il y a deux mois, j’étais encore là-bas, à Hollywood. Et ça suffit. J’ai mûrement réfléchi : rien à faire, je n’arrive pas à apprécier, à être impressionné par cette entreprise qu’est le cinéma. Il y a bien sûr des chefs-d’œuvre, mais ce ne sont que des exceptions. Le cinéma dépend de la technologie, de la technique. Or la technique coûte cher, exige de l’argent. Dès lors, ce ne sont plus des créateurs qui tiennent les rênes, mais des comptables. C’est ingérable. Et pour un chef-d’œuvre, vous avez cinquante trucs affreux ! Bien sûr il existe de mauvaises choses dans toutes les formes d’art, mais il y a une différence énorme : quand je fais une mauvaise BD, et ça peut arriver, ça ne coûte presque rien à personne. Mais quand vous faites un mauvais film, la perte se calcule en millions de dollars ! En millions ! Autant que le PIB d’un pays du tiers monde. C’est obscène. »

DP

Photo : Jose Villarubia.

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