Samplerman fait-il de la bande dessinée ? La réponse de l’auteur...

10 mars 2019 10 commentaires

L’exposition de Samplerman à l’École européenne supérieure de l’image d’Angoulême a pris fin hier. Nous vous la présentions il y a peu, l’occasion de vous faire découvrir un artiste qui a longtemps dessiné avant de se concentrer davantage sur les outils numériques.

Voici donc, pour aller à l’essentiel, ce que nous écrivions alors : « Au début des années 2010, Yvan Guillo [le vrai nom de Samplerman] se lance dans un projet qui va finalement le tenir occupé un long moment. Il continue effectivement de creuser ce sillon : réinventer des bandes dessinées à partir de matériaux anciens, classiques et iconiques. Piochant allègrement dans la bande dessinée américaine mainstream des années 1950, dont une grande partie est libre de droits, il en tire des échantillons - les fameux samples donc - qu’il réemploie pour ses propres créations. »

« Samplerman joue avec les codes de son médium. Répétition des motifs, effets de miroir, compositions classiques ou planches explosées, intégration des bulles et des onomatopées, personnages archétypaux malmenés, travail sur le rythme... Il assemble tous les éléments préalablement enregistrés pour construire de pseudo-récits aussi abscons que leurs ancêtres étaient prévisibles. L’absence de narration linéaire rend paradoxalement ses œuvres très accessibles. Nul besoin de déchiffrer, de décrypter ou de traduire : tout lecteur peut laisser son regard vagabonder et son esprit s’entortiller. »

Malgré ce que nous suggérions, et ce que nous défendons, tous nos lecteurs ne pensaient pas pouvoir qualifier les œuvres de Samplerman de bandes dessinées. Libre à eux, bien entendu, de se questionner. Ayant suivi, dans les commentaires, un débat sur son travail et plus largement sur la notion de bande dessinée, l’artiste s’est réapproprié ces propos, les détournant à sa manière. Un peu de dérision et de recul ne peuvent nuire, d’autant plus quand ils peuvent ouvrir à la réflexion !

Samplerman fait-il de la bande dessinée ? La réponse de l'auteur...
De la bande dessinée ? © Samplerman 2019

Le détournement est l’un des fondements de la créativité de Samplerman. Si les comics des années 1950 forment l’essentiel de sa « matière première », il ne dédaigne pas pour autant partir d’autres sources. Il en a justement eu l’occasion lors de la résidence collective Pierre Feuille Ciseaux #6, organisée par l’association ChiFouMi dans la proche campagne angoumoisine en janvier dernier.

Pendant une semaine, seize autrices et auteurs venus de sept pays ont pu participer à cette résidence : Tara Booth (États-Unis), Tuna Dunn (Thaïlande), Jul Gordon (Allemagne), Anna Haifisch (Allemagne), Keren Katz (Israël), Yannis La Macchia (Suisse), Jean-Christophe Menu (France), Anders Nilsen (États-Unis), Delphine Panique (France), Laura Park (États-Unis), Benoît Preteseille (France), Simon Roussin (France), Samplerman (France), Jessica Seamans (États-Unis), Mathilde Van Gheluwe (Belgique) et Noah Van Sciver (États-Unis). Tous ont pu confronter leurs talents, dans une saine et joyeuse émulation ayant abouti à une exposition et un livre reproduisant notamment leur principale production de la semaine [1], une boucle réalisée sous contraintes, sorte de « cadavre exquis narratif » digne de l’OuBaPo.

L’un des jeux auxquels se sont livrés les artistes était la réinterprétation de la première planche du Schtroumpfissime, un classique de la bande dessinée franco-belge écrite et dessinée par Yvan Delporte et Peyo en 1964-1965. Proposées par Simon Roussin, les règles étaient simples : redessiner cette planche à partir de la seule lecture d’une page la décrivant, ainsi que chacune de ses cases. Interdiction, du moins théoriquement, d’aller voir la page dessinée par Peyo ! Après les avoir un peu modifiées, Samplerman mais aussi Jean-Christophe Menu en ont révélé leurs propres versions... Les voici, et c’est inédit !

© Samplerman 2019
© Jean-Christophe Menu 2019

FH

Consulter le site de l’auteur & son compte Instagram.

Lire un entretien sur The Comics Journal (en anglais, propos recueillis en mars 2017 par Frank M. Young) & découvrir les détails de la démarche artistique ainsi qu’une partie des œuvres sur le-terrier.net.

Lire également sur ActuaBD : Samplerman, super-héros de la bande dessinée-collée

[1100 pages couleurs au format A5.

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

 
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10 Messages :
  • "De la bande dessinée ? © Samplerman 2019"

    Et en plus, les crédits ne respectent pas le Droit d’auteur !

    En musique, depuis le procès de Chic fait au Rapper’s Delight pour l’emprunt de la ligne de basse de Nile Rodgers sur "The Sugarhill Gang", Les samples des rappers sont crédités sur leurs albums, non ?
    S’il prétend être auteur de bandes dessinées, Samplerman devrait faire pareil avec ses collages !
    Mais il n’est pas auteur mais plasticien. Il fait de l’Art pour décorer des salons.

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    • Répondu par Frédéric HOJLO le 11 mars à  09:43 :

      Comme expliqué dans l’article, les images utilisées sont libres de droit : le copyright n’est donc pas obligatoire.
      Quant au réemploi de vos commentaires, puisqu’il s’agit aussi de cela, difficile de vous créditer : vous ne signez jamais votre « littérature pour décorer les forums ».
      Enfin, sur ce qu’est la bande dessinée, vous voilà revenu à la case départ... Dommage, mais nous n’insisterons pas.
      Cordialement,
      FH

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      • Répondu le 11 mars à  10:05 :

        Le copyright est américain. Mais bon. "Si vous indiquez © Samplerman 2019 "ce n’est pas une image libre de droit.

        Créditez par "anonyme" !

        Cordialement aussi !

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        • Répondu par Frédéric HOJLO le 11 mars à  10:29 :

          Ma phrase à propos des copyright concernant en fait les images utilisées par Samplerman (j’ai été trop rapide semble-t-il).

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          • Répondu le 12 mars à  09:56 :

            Moi aussi je peux faire du copier-coller. Ici un propos fumeux de Samplerman qui aurait pu être marchand de cravate, joueur de flûte ou banquier dans la haute finance :

            "Le regard passe d’une vignette à une autre, les cases cohabitent et se répondent. L’inintelligibilité n’empêche pas une lecture qui reste soumise à la séquence et à l’organisation des cases sur une page. Ce n’est pas un récit linéaire ou un personnage dont on va suivre la progression, mais plutôt un microcosme chaotique, parfois psychédélique, de formes, d’objets, d’éléments dans un espace, dotés d’une dynamique propre et mus par un contexte invisible, effacé, dont ils sont extraits.
            Le récit est secret, caché dans les comics d’origine ou dans mon inconscient de collagiste. L’énergie transplantée sur la nouvelle planche est directement issue des planches source, dont ne subsistent que des échantillons. Les éléments disposés, y compris les phylactères, ne restituent des récits d’où ils sont prélevés que des effets, des instants, des mouvements déconnectés. Les tatonnements qui précèdent l’adoption d’un nouvel emplacement sont le moment où les éléments découpés cherchent sous mes yeux leur place dans un nouveau contexte. C’est là qu’ils surprennent. Un gag, une collision, une incongruité, une greffe, une nouvelle association se produisent, soutenus par les shémas et les clichés.
            Mon trait de dessinateur passe à la trappe. Est-ce une réduction de l’expression, une éclipse de l’égo dans les images que je produis, en opposition avec mes bandes dessinées-dessinées ? Je m’exprime par le choix et la disposition. J’ai parfois du mal à regarder mes vieux dessins, n’y voyant que les faiblesses. J’aurai peut être moins de mal à regarder mes collages, les dessins n’étant pas de mon cru."

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            • Répondu par Frédéric HOJLO le 12 mars à  10:14 :

              « Moi aussi je peux faire du copier-coller. » ... « un propos fumeux »...

              Pourquoi tant de rancœur envers ce qui n’entre pas dans vos schémas de pensée ? Je suis triste pour vous, vous ne devez plus guère avoir de joies et faire de découvertes.

              Néanmoins, merci de partager le texte de Samplerman, cela pourra intéresser certains lecteurs et aider à aborder ses créations.

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              • Répondu le 12 mars à  10:58 :

                "Pourquoi tant de rancœur envers ce qui n’entre pas dans vos schémas de pensée ? Je suis triste pour vous, vous ne devez plus guère avoir de joies et faire de découvertes. "

                Je reconnais que mes schémas de pensée ne se nourrissent du pédantisme.
                Bonsoir !

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            • Répondu par Frédéric HOJLO le 12 mars à  10:19 :

              Et vous pourriez citer la source de votre copier-coller. Il s’agit d’ailleurs d’une référence que je donnais à la fin de mon premier article sur Samplerman. La voici : sur Le Terrier.

              Salutations,

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        • Répondu par Frédéric HOJLO le 12 mars à  11:10 :

          Pour information, nous avions mis les « copyright » par habitude, car les éditeurs nous le demandent. Mais Samplerman propose la plupart de ses œuvres sous licence Creative Commons, ce qui a une certaine cohérence avec sa démarche artistique...

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    • Répondu par June le 12 mars à  10:51 :

      Et quitte à vouloir faire preuve de rigueur, autant y aller à fond : Rapper’s Delight ne sample pas Chic, l’instrumental ayant été intégralement rejoué.
      Que cela n’ait pas empêché Nile Rodgers (qui n’est pas -non plus- le seul compositeur de "Good times" : la prochaine fois, pensez également à créditer également Bernard Edwards, auteur de la ligne de basse rejouée) de faire valoir ses droits de compositeur sur "l’emprunt" trop vite crédité par la productrice de The Sugarhill Gang, Sylvia Robinson, certes, mais il ne s’agit en aucun cas de sample. Et en guise de troisième information supplémentaire, il n’y jamais eu de procès sur ce titre, les deux parties s’étant vite entendues.
      Voilà : à critique obsessionnelle psycho-rigide, critique obsessionnelle psycho-rigide et demi.

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