Solo - Par Gilles Rochier - Casterman

5 février 2020 0 commentaire

11 septembre. Une date de parution, celle de cet album, qui sonne aussi fort que la trompette de son personnage traumatisé. Ce père de famille de banlieue a empoigné l’instrument, et ne le lâche plus. Il ne parle plus, et il joue sans arrêt. Tout seul.

À force de souffler jour et nuit, il devient le fou du village, voire l’ennemi public. Son entourage ne supporte pas son boucan continuel. Mais il en reste un qui veut comprendre, et qui a bien du courage : son ami Kader.

Derrière un dessin rude, sans la moindre joliesse, Gilles Rochier évoque son propre traumatisme post-attentats de 2015. Car lui aussi s’est acheté le "maudit" instrument à ce moment-là. En bichromie séquencée comme une suite de scènes courtes, Solo nous envoie cette musique de deuil en pleine poire.

Pas toujours facile de suivre ces planches au graphisme spartiate, mais un véritable suspense nous tient : quand va-t-il s’arrêter, ce pauvre bougre ? Et en chemin, l’auteur parvient même à glisser de vrais moments de drôlerie, bouffées d’oxygène face à l’intense douleur qui sort de cette trompette. Une émouvante complainte humaine, pour peu qu’on accepte la forme, en sondant ses propres sentiments.

DT

Solo - Par Gilles Rochier - Casterman

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