Tardi et le Parti Communiste flingués par Chantal "Calamity " Montellier

10 mars 2007 17 commentaires

On connaît le "tempérament" de Chantal Montellier, une auteure talentueuse aux opinions à l’emporte-pièce parfois contestables.

Invitée lundi prochain à l’inauguration de l’exposition Le Cri du peuple qui rassemble les planches originales de l’histoire que Tardi et Vautrin ont consacrées à la Commune de Paris [1], Chantal Montellier répond à Henri Malberg, la personne qui l’a invitée, par une lettre ouverte sur le forum de son site qu’elle a inauguré hier.

Il faut dire que l’événement est de taille : les planches originales du Cri du Peuple sont accrochées aux cimaises de l’Espace Niemeyer, place du Colonel Fabien, soit le siège même du Parti Communiste Français. L’inauguration a lieu en présence de Madame Marie-Georges Buffet, candidate à la présidence de la République.

La lettre de Chantal Montellier est injurieuse à souhait : "J’ai bien reçu ton invitation pour venir honorer Jacques Tardi et Dominique Grange au Colonel Fabien, écrit-elle, eux mêmes honorés par le Parti. (Quelle chance ils ont ces anars de droite et de salon ! Si j’avais su...). Je veux te dire que je me ferai très volontiers un plaisir de venir cracher dans vos verres, à vous qui honorez l’illustrateur besogneux du fasciste Céline et du collabo Géo-Charles Véran avec sa sinistre bd "Jeux pour mourir".

Elle accuse Tardi d’avoir continué à fréquenter des auteurs peu recommandables à ses yeux en illustrant les oeuvres de "l’anar de droite antisémite" Léo Mallet publiées chez Casterman, "l’éditeur (catholique de droite) du misogyne Hergé, rexiste belge s’inspirant de Léon Degrelle, leur patron, pour les aventures de sa créature aussi infantile qu’asexuée."

Puis, supputant que ces inspirations le marquaient trop à droite, Tardi fit, selon elle, un virage à gauche en réalisant, avec Le Cri du peuple de "gras et imprécis grabouillats "communardeux" cornaqués par un Goncourt douteux (accusé de plagiat)". Le créateur d’Adèle Blanc-sec ferait partie, si on en croit la dessinatrice, des bourgeois "faisandés" qui "après avoir exploité la veine Célinienne, exploitent maintenant le cadavre de la Commune de Paris !".

La chanteuse Dominique Grange, la compagne de Jacques Tardi, est traitée d’ "anar de salon", Jean-Paul Mougin, ancien rédacteur-en-chef d’ (A Suivre), d "ivrogne", tandis que Jean-Marc Thévenet, ancien directeur du Festival d’Angoulême est décrit comme "un admirateur inconditionnel de Lucien Combelle, lui aussi homme du Maréchal, qui fut directeur de la revue fasciste "Révolution Nationale" [2]

Voilà une exposition Tardi proprement inaugurée par une Chantal -Calamity- Montellier en pleine forme ! Nous n’avons pas tout compris de ses diatribes, notamment cette notion de "faux anars se proclamant "anti-staliniens", mais il est clair que chez Montellier, la liberté d’expression ne s’use que si l’on ne s’en sert pas, pour utiliser une formule désormais consacrée.

DP


Note de la Rédaction d’ActuaBD

Le lendemain de la publication de cet article, Chantal Montellier a retiré cette lettre ouverte de son site "par nécessité de consulter un juriste et de rectifier certaines inexactitudes", nous dit-elle. Nous vous mettrons un lien quand l’article sera à nouveau publié.


[1Du 12 mars au 5 avril 2007. Espace Niemeyer - Place du Colonel Fabien, Paris 10ème. NDLR

[2Lucien Combelle a dirigé l’hebdomadaire Révolution nationale, proche du Rassemblement national populaire (RNP) de Marcel Déat, pendant l’Occupation. Céline, Drieu la Rochelle et d’autres y apportent leurs signatures... Après la guerre, Lucien Combelle, si c’est bien le même, collabora au Journal de Pilote sous le pseudonyme de Lucien François. NDLR

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

 
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17 Messages :
  • Pourquoi tant de haine pour une exposition ? Une telle diatribe ne sert vraiment à rien et n’honore pas Chantal MONTELLIER.

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    • Répondu le 10 mars 2007 à  17:36 :

      Au Contraire, pour une fois ou une personnalité à le courage de renvoyer dos à dos les doctrines extremes que promulguent le PC et Le FN et similaire, il faut dire Bravo.
      Arretons d’etre hypocrite et demagogique.
      Merci Chantal.
      Yann.

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      • Répondu le 11 mars 2007 à  00:36 :

        C’est sûr que le PC à 2% aujourd’hui ca doit intimider beaucoup de monde, ha ha. Le KGB veille ! Chantal prend garde, tu as brisé le silence !

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        • Répondu par JPR75 le 11 mars 2007 à  22:21 :

          C’est quoi ces leçons de pseudo bon goût ?
          Tardi a aussi illustré la Série Noire d’un communiste notoire, l’excellent Didier Daeninck (le Der des Ders et ensuite Varlot soldat à l’Asso). Mais ça, CM semble l’avoir oublié.

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      • Répondu par A le 12 mars 2007 à  10:11 :

        On éprouve la très nette impression que Chantal M a un grief personnel contre Tardi et sa femme. La politique (enfin, si on veut appeler ça de la politique) ne saurait expliquer ces propos injurieux et procédant un peu trop par amalgame et approximation, n’est-ce pas ? Quant au PCF, il n’a qu’à continuer à organiser des expos de BD, ce sera toujours ça de gagné.

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        • Répondu par Alex le 13 mars 2007 à  00:06 :

          Le misanthropisme de Tardi n’est pas une nouveauté -sauf apparemment pour CM. Quand au mysogynisme d’Hergé, je suppose que ce pauvre homme ne comprit que sur le tard le plein sens de ce mot attaché à son oeuvre.

          Et, très sincèrement, comment pourrait-on qualifier les bouquins de CM ? Chiants ? Ah ben tiens oui...

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        • Répondu par Alex le 13 mars 2007 à  00:42 :

          Non, là je ne suis pas d’accord. Le PCF est un parti stalinien, responsable indirectement de la mort de millions de personnes par sa politique du silence.

          La "Bd" devrait se tenir à des millions de kms de ces personnes.

          Ceci dit, c’est mon opinion et je ne suivrais jamais le chemin d’une Montellier, insultant des personnes pour leurs choix politiques. Quand à moi, quand j’ai vu le chemin que prenait Tardi et ben j’achète plus ses albums pasque j’aime pas. C’est pourtant simple non ? Libre à lui de produire, libre à moi d’acheter. Mais j’ai surtout pas besoin d’intermédiaire comme CM.

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    • Répondu le 13 mars 2007 à  00:04 :

      Trotkistes contre Staliniens...! On croit rêver !
      Au même moment on peut entendre les lamentations dans les couloirs des maisons d’éditions : "Bouhou, les japonais et leurs mangas nous sabotent le boulot."
      Y aurait-il un phenomène de cause à effet ?

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  • Une belle brochette d’amalgames et de raccourcis ! Bravo Chantal.

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  • "Le fasciste Céline". "Le misogyne Hergé", "Gras et imprécis grabouillats de Tardi".
    Reste-t-il encore une porte ouverte à enfoncer ?
    Chantal Montellier a toujours eu beaucoup de culot, elle qui besogneuse commença dans l’ombre des "Bazooka" et des "Tardi" avec un opportunisme de copiste.
    Assiste-t-on là enfin au meutre du père ? Ça en a pris le temps, mais c’est très divertissant...

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  • Pensées faibles, premier degré, droitières, réacs et misogynes se disputent la vedette dans toutes ces réponses au style pré-pubère. Oui, vraiment, ça pense et ça pisse pas loin, tout ça ! Décidément, la BD c’est vraiment pour les "petits". J’aimerais pouvoir vous la laisser, (avec les dividendes réels et symboliques qui s’y rapportent), hélas, c’est un peu tard...

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    • Répondu par Alex le 17 mars 2007 à  19:49 :

      A l’intention de Chantal Montellier.
      Mmh... Me voici bien embarrassé.

      Après avoir allègrement dénigré CM sur ce blog je suis tombé sur la photo de D.Grange poing levé chantant L’Internationale. Je pensais alors aux mots de CM à son propos "gauchiste de salon". Je ne sais pas si D.Grange est beaucoup sortie de Paris... Pour ma part je voyage pas mal, prédilection "pays de l’Est". Je connais sûrement aussi bien que CM le long engagement politique de D.Grange, je suis assez choqué de voir que ses convictions n’ont pas bougées d’un poil. J’aimerai bien la voir faire le même geste à Tallinn, Vilnius ou Varsovie !

      Chère CM, 1996 était un chef d’oeuvre -tout comme les 3 premiers Adèle Blanc-Sec, mais votre message politique à l’un et à l’autre rendent pour moi vos récents albums illisibles. Je suis pour un peu de plus relativisme dans le propos. Jusqu’à cette date je n’achèterai d’albums ni de l’un ni de l’autre.

      Mais je persiste, votre travail à ses debuts débuts était une telle copie flagrante du style de Tardi que je me me demande quel a pu être le déclencheur soudain d’une telle animosité ? Comment peut-on renier ceux que l’on a admiré -on le peut certainement mais pourquoi et comment ? Je suis sincèrement interéssé par une réponse.

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      • Répondu par Chantal Montellier le 19 mars 2007 à  15:00 :

        Cher Alex,

        Vous faites comme vous sentez, mais si vous réfléchissiez un peu, vous vous rendrez compte que je pratique une certaine forme de dialectique dans mes bd, même si je reste "engagée" du côté des "dominés".
        Quand les dominants auront prouvé qu’ils méritent de l’être, je changerai peut-être de camp. Pour l’instant, de Bush à Sarkozy... Beuark !!! le monde qu’ils nous font me dégoûte profondément. Ces gens ne connaissent que le pognon et les rapports de force. Ils n’ont aucune imagination et font de notre monde un enfer. Pardonnez ces propos schématiques et simplistes, mais le temps me manque.

        Non, je n’aime pas ce que nos (hyper) bourgeois, font de ce monde et de ce peuple.

        Les soviétiques n’ont pas été bons, c’est le moins que l’on puisse dire, mais ils ont osé, par exemple, la médecine gratuite et une autre culture.

        L’Amérique a payé des millions pour le triomphe de l’abstraction, lyrique ou pas, contre le réalisme (socialiste). Le capitalisme paie toujours pour que le réel social n’advienne jamais, sous aucune forme. Hélas pour lui, le réel et la société existent bel et bien et ils sont fort complexes. Beaucoup plus qu’aucun bobo ne saurait l’imaginer. Vous me suivez ?

        Et puis, tant qu’à faire, si j’étais obligée de choisir entre le Goulag et Auschwitz, je choisirais le premier.

        Dans l’ordre du pire et de l’horreur, en occident, la droite et ses forces ont fabriqué les camps d’extermination nazis, les soviétiques le goulag. Personnellement je perçois une certaine différence.

        La droite est du côté du mépris absolu, sa posture est arrogante et sa culture fermée à ce qui n’est pas elle.
        La droite laisse la compassion aux curés.
        La gauche (populaire et révolutionnaire) a, à maintes reprises, tenter de remédier aux misères et aux souffrances du peuple, autrement qu’en promettant le bonheur dans l’autre monde...

        Mais bon... Votre principale question était pourquoi brûler Tardi que j’ai copié avec application à une autre période.

        Quand j’ai fait mes premières bandes, j’étais dans une totale ignorance de ce qu’état ce genre. Je cherchais donc des modèles, des références... Crépax en fut une.

        Il se trouve que, par le plus pur des hasards, j’étais voisine de Jacques Tardi et Anne Delobel.
        Le personnage d’Adèle Blanc Sec me semblait alors digne d’intérêt. Une petite bonne femme qui mène la danse et enquiquine les gros balourds de flics (idiots), commissaires (pourris), préfets (sectateurs), j’étais pour !

        Quand Tardi quitta Delobel pour Grange, Adèle Blanc Sec en souffrit beaucoup. Poignardée puis congelée, elle revint à la vie dans un état pathétique. Grasse, molle, cheveux (mal) coupés courts, nez énorme, elle n’avait plus rien de commun avec la première Adèle que je trouvais fine et prometteuse.

        Voilà. Vous savez tout. Ce que j’aimais chez Tardi, c’était Adèle !!! Et c’est toujours vrai.

        Tardi a trahi Adèle qu’il a instrumentalisé sans jamais la respecter complètement. Il s’est avéré incapable de la faire vivre et grandir.

        C’est dommage pour la bande dessinée et pour Tardi lui-même qui est retombé dans une lourdeur machiste et parfois complaisante à l’égard de certains auteurs ne fleurant pas très bon l’antisémitisme et l’extrême droite...

        Ce qui ne l’empêche pas d’illustrer des textes de Daeninckx et de faire des livres en "hommage" à la Commune...

        On admirera la cohérence du personnage.

        Un coup avec Hitler (via Céline et Géo-Charles Véran) le lendemain avec Louise Michel !
        Faudrait choisir ! Mais ce dessineux en est-il capable ?

        Pendant ce temps là que fait Anne Delobel coloriste et inspiratrice d’Adèle Blanc Sec ?

        Voilà.

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        • Répondu par Alex le 22 mars 2007 à  11:10 :

          Merci d’avoir pris le temps d’accorder cette réponse.

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        • Répondu par Jef Tombeur le 23 juin 2007 à  14:57 :

          J’ai lu par ailleurs que vous (Chantal Montellier) étiez incitée à aller chanter l’Internationale, poing levé, dans certains pays ex-Soviétiques. Très faible argument. Je fréquente aussi ces contrées. On y trouvera aussi de jeunes nostalgiques des années communistes, d’autres faisant la part des choses, et désormais aussi, de franches crapules, fascistes ou autres. Et j’entends plus facilement en Roumanie que Nicolae Andruţă Ceauşescu aurait « aussi fait de bonnes choses » que la même phrase au sujet d’Adolf Hitler en Allemagne. Dont acte…
          On entend de tout, y compris cette phrase au sujet de Staline en... Ukraine occidentale (où les staliniens raflèrent, déportèrent, massacrèrent), et ce de la part de proches de victimes.

          Vous appelez un chat, un chat, un July un July, un Val un Val, et donc, un Tardi un Tardi. La liste est longue, on peut rajouter Boeckel, Kouchner, Fadela Amara, etc. Certaines et certains étaient de toute façon destinés à aller à la soupe, et en faire payer aux autres les conséquences, d’autres ont dérivé ou ont pris goût au confort, et assoupi leur conscience sociale, policé et poli leur expression, assagi leur liberté de penser.

          Votre récente éviction de l’édition 2007 du festival BDfil de Lausanne est le prix à payer lorsqu’on continue de dire crûment les choses. Je ne doute pas que vous soyez capable, y compris en pays ex-communistes ou à Cuba, de vous exprimer (en argumentant, et non en provoquant les gens stupidement).

          On est aussi parfois excessif sur le coup de la colère. Et on est parfois rageur lorsqu’on se trouve du mauvais côté du manche. C’est très difficile de le comprendre quand on se trouve, mettons « à mi-manche », soit suffisamment confortable, assez content de son sort, de sa rénumération, etc. Un Prévert savait comprendre et il sut dire à Narvor (l’un des trublions du Conseil de Nantes de 1967), « bon, allez… viens montrer ton cul, Narvor… ». Lequel vint le faire à la tribune d’un mitinge rassemblant du beau linge de gauche et de gôche. Narvor avait précédemment invectivé Georges Lapassade (sociologue) en lui lançant, interrompant son intervention, « Lapassade, t’es un con, t’es un con, t’es un triple con. ». Je ne sais plus si Siné était dans la salle, il était en tout cas venu à Angers soutenir une bande de libertaires qui avaient fait des collages d’affiches du genre « Jeunes, votre avenir à 80 ans, un képi, plus de prostate » (le général de Gaulle était ainsi visé) et « Quand on est con, on est con, quand on est plus con, on est militaire » (ou quelque chose du même tonneau).
          D’où une mini-manifestation, un débat le soir.

          Autres temps, autres mœurs, il est devenu malséant de ne pas saluer la réussite d’un Sarkozy, d’un Jean-Marie Messier (oui, il refait surface), etc. J’espère que Tardi a conservé sa prostate et qu’il ne vous tiendra pas durablement rigueur de lui avoir dit en un mot en valant cent ce qui vous hérissait le poil. Vous êtes bien une Calamity, je vous souhaite un peu de serendipity, mais non de vous calmer. Certaines vérités sont parfois bonnes à dire, ou dessiner, et sans prendre de gants.

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    • Répondu le 17 mars 2007 à  20:04 :

      " ça pense et ça pisse pas loin, tout ça !" C’est pas parcequ’on pense pisser loin qu’on est obligé d’arroser tout ce qui dépasse !

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