Tintin en Amérique raciste ? Le débat qui occupe le Canada

Selon ce que rapporte Radio-Canada, la Bibliothèque publique de Winnipeg (capitale de la province du Manitoba) aurait retiré des exemplaires de Tintin en Amérique de la circulation. En cause : des représentations jugées racistes des Premières Nations (peuples autochtones du Canada).

Selon Radio-Canada, la décision officielle de retirer les albums remonterait à 2007, mais ceux-ci auraient été replacés sur les rayons par inadvertance. Une situation qui n’a pas empêché la bibliothèque de tenir, à l’hiver 2014, un panel de discussion sur les livres interdits dans les bibliothèques publiques canadiennes, citant au passage l’exemple de Tintin au Congo [1].

Par ailleurs, toujours d’après Radio-Canada, des résidents de Winnipeg auraient récemment demandé à une succursale de la librairie Chapters de cesser la vente de Tintin en Amérique. Le livre aurait été retiré de manière temporaire, avant de se retrouver à nouveau sur les tablettes.

Rappelons que c’est à Winnipeg que réside la plus importante population urbaine d’origine autochtone au Canada. La situation dans la capitale manitobaine est d’ailleurs délicate : en 2014, Sam Katz, qui était alors maire, avait d’ailleurs reconnu que sa municipalité avait un problème de racisme à l’endroit des Premières Nations.

MSJ

En médaillon : Extrait de Tintin en Amérique, dessin de Hergé (c) Moulinsart / Casterman

[1Selon le calendrier des activités prévues publié dans l’infolettre de la Bibliothèque publique de Winnipeg, volume 15, numéro 1, janvier-février 2014.

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17 Messages :
  • "En cause : des représentations jugées racistes des Premières Nations (peuples autochtones du Canada)."

    Chers cousins canadiens mais puritains, il en reste combien des descendants de ces peuples autochtones massacrés par vos ancêtres ?
    Ce qui vous dérange vraiment, c’est que Tintin en Amérique vous oblige à vous interroger sur votre passé.

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    • Répondu par Gill le 19 mars 2015 à  15:42 :

      Tz tz tz ! Tous les canadiens ne sont pas dans cet état d’esprit ! ;-)

      Je me demandais pourquoi seul Tintin se retrouve ainsi exposé à un antiracisme tardif et dépassé, fleurant le révisionnisme.

      La réponse est toute bête : c’est parce que les autres vieilles séries de BD, qui représentaient elles aussi les moeurs habituelles de l’époque (dont ce paternalisme ou cet antagonisme civilisation-sauvagerie), sont aujourd’hui dépassées sur de multiples points (moeurs, mais aussi des scénarios un peu enfantins, un romantisme vieillot, des héros trop glorifiés, des histoires écrites au fur et à mesure, une morale/censure trop visible, etc...)

      Or, seul TINTIN a pu subsister malgré ces travers anciens. Ce qui représente quand même un exploit extraordinaire ! Autrement dit : si on se préoccupe aujourd’hui du racisme ordinaire de cette époque, visible dans Tintin, c’est parce que cette BD EXISTE encore ! Elle reste d’actualité, encore aujourd’hui, ce qui rend d’autant plus surprenant les quelques "incongruités" des premiers albums.

      (et ici, je félicite plus la "modernité éternelle" d’Hergé que la ténacité de ses ayant-droits)

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      • Répondu le 20 mars 2015 à  08:58 :

        Je me doute qu’ils ne sont pas tous dans cet état d’esprit.
        Oui, le style d’Hergé est et restera moderne. Sur le fond, il est de son époque, avec ses préjugés. Heureusement, à son époque, tous les belges n’étaient pas comme lui non plus.
        Il y a tout un tas de défauts dans Tintin, mais c’est ce qui en fait aussi la richesse et l’intérêt. au contraire, il faut que les jeunes canadiens lisent cet album et posent des questions à leurs parents et grands-parents sur les "peaux-rouges".
        Hergé est moderne alors que Jacobs est ringard. C’est une question de simplicité.

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    • Répondu par Francis le 20 mars 2015 à  17:29 :

      Non mais quelle ignorance ! Vous vous imaginez sans doute que l’on vit encore dans des cabanes de bois, que l’on doive chasser l’hiver pour se nourrir et que les Amérindiens sont habillés de peaux et coiffés de plumes ?

      Combien reste-t-il de descendants de peuples autochtones ? Environ 1,4 million de citoyens clament, selon les données de Statistiques Canada de 2011, être autochtones.

      Ensuite, vous dites "massacrés" par nos ancêtres ? Contrairement aux Espagnols et aux Portugais, les colons français ont établi des relations harmonieuses avec les Amérindiens. Malheureusement, Hollandais et Anglais ont poussé d’autres Premières Nations à prendre les armes contre celles alliées des Français, un peu comme les USA et l’URSS se battaient par nations interposées lors de la Guerre Froide. La Grande Paix de Montréal de 1701 a mis fin à ces guerres intermittentes et est encore en vigueur aujourd’hui. Mais tout cela, vous l’ignorez comme le prouve votre commentaire.

      Quant à l’article, le "débat qui occupe le Canada", sérieusement, j’ignorais qu’il y avait cette polémique et je suis moi-même journaliste. Dire que tout le Canada en parle est franchement exagéré : ce n’est pas parce que plusieurs médias en parlent que cela fait la une partout. En fait, une petite recherche des articles sur le Web montre que ce sont les Européens qui se passionnent beaucoup plus pour ce dossier nous-mêmes, les Canadiens. Encore là, je soupçonne une ignorance de ce qu’est réellement le Canada.

      Oui, il y a des problématiques de racisme envers certaines minorités autochtones dans certaines régions du pays. Oui, des problématiques de violence existent au sein de ces communautés, une violence souvent accompagnée de pauvreté. Ces Premières nations se retrouvent prises entre leur culture ancestrale et le monde moderne et certains ne savent pas trop comment jumeler les deux. Mais ce n’est pas le problème de toutes les communautés autochtones.

      Winnipeg vit cette problématique de racisme envers les autochtones (et aussi envers la petite communauté francophone de la province, mais dans une moindre mesure). Ce n’est pas un hasard si des autochtones de cet endroit veulent retirer un livre qui, bien qu’ayant plus de 80 ans, les dépeint exactement comme ces racistes (une minorité dans cette ville de 630 000 habitants, mais une minorité plus bruyante que les autres) qui s’en prennent à eux. La solution passera par une meilleure compréhension mutuelle entre anglophones et autochtones de l’endroit. Mais il ne s’agit pas ici d’un "débat qui occupe tout le Canada"... du moins, pour l’instant. Ce le sera si un politicien s’en empare et commence à déblatérer là-dessus dans les médias.

      À bon entendeur, salut !

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      • Répondu le 21 mars 2015 à  13:04 :

        Les français ont établi des relations harmonieuses avec les amérindiens… Les français étaient les gentils colons qui venaient avec des fleurs et des bibles et les autres les méchants racistes avec des fusils et des tas de maladies. Tous les européens se sont installés en Amérique sans y être invités. Et avant 1701, il s’est passé quoi, vos ancêtres et les amérindiens faisaient des concours de tartes ?

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        • Répondu par Francis le 21 mars 2015 à  17:26 :

          Avant, ils faisaient du troc et ils ont continué même après la Conquête (probablement un autre truc dont vous ignorez l’existence). Oui, aujourd’hui on dirait que ces échanges étaient inégaux, mais à l’époque, un miroir avait beaucoup plus de valeur pour un Amérindien qu’une peau de castor !

          Franchement, si tout ce que vous avez est une vision cauchemardesque de comment la Nouvelle-France s’est développée et ses relations avec les Premières nations, ne venez surtout pas nous visiter : votre monde s’écroulerait devant la vérité.

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  • Tintin en Amérique raciste ? Le débat qui occupe le Canada
    19 mars 2015 22:59, par Eric Bouchard

    Des résidents de Winnipeg = « Le débat qui occupe le Canada »

    Bravo pour votre sens de la nuance.

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    • Répondu par MSJ le 20 mars 2015 à  01:38 :

      Cette histoire se déroule peut-être à Winnipeg, mais elle défraie la manchette un peu partout (Radio-Canada, CBC, La Presse, le Huffington Post, même Le Figaro).

      Et bien sûr, comme l’ont mentionné certains commentateurs, elle ouvre un débat bien plus large, à savoir le traitement réservé aux Premières Nations (traitement passé et actuel, comme nous le rappellent les dernières statistiques compilées par la GRC : 1017 femmes et fillettes autochtones assassinées entre 1980 et 2012, 164 femmes et fillettes toujours considérées comme manquant à l’appel et 225 cas d’homicides ou de disparitions non-résolus par les autorités).

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      • Répondu le 20 mars 2015 à  10:08 :

        Le simple fait d’avoir donné cette appellation "Premières nations" en dit long sur le douloureux passé. Je trouvais aussi la formule " qui occupe le Canada" complètement exagérée et même déplacée. 10 millions de km2 et quelques poignées d’amateurs ou de détracteurs d’un album de bande dessinée de 1930 , et ce dans une bibliothèque , franchement... Ah mais si les médias en parlent tous, c’est que c’est important, même le figaro. Ben voyons. En revanche, on se rend bien compte que ça met au jour des soucis bien réels, eux.

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      • Répondu par Eric Bouchard le 20 mars 2015 à  18:23 :

        Il y a tout de même une sacrée marge entre apparaître dans quelques manchettes et « occuper le pays », convenez-en.

        S’il y a un drame qui occupe le pays, c’est effectivement plutôt celui bien connu des femmes autochtones assassinées ou disparues, devant lequel Harper ne fait rien, préférant se consacrer à ses obsessions sécuritaires populistes...

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        • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 20 mars 2015 à  19:51 :

          Allons, allons, quel foin pour un titre. Eh bien, oui, vu de France, on a l’impression que cela occupe le Canada tout entier qui est le seul pays au monde à attaquer Tintin pour des histoires d’ "autochtones" comme vous dites.

          En France, après une affaire semblable avec Tintin au Congo en Belgique, en Afrique du Sud, en Suisse..., on s’étonne qu’au Canada, on ait encore de telles interrogations sur Tintin. Pour tout dire, cela nous semble assez ahurissant.

          Car on vise Tintin (et pas les nombreux westerns du monde entier qui remuent les même clichés). Pourquoi aujourd’hui et pas il a un an, ou dix ans ? Car le livre est retiré quand même. Cela, dirait-on, vous vous en tamponnez le coquillard. La vraie exagération, elle est peut-être là quand même, non ?

          Éclairez-nous : est-ce qu’on floute aussi le prophète de Charlie Hebdo dans les médias par chez vous, comme dans les pays anglo-saxons ?

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          • Répondu par Jocelyn Jalette du Québec le 21 mars 2015 à  03:44 :

            Effectivement les images de Charlie hebdo ont été lâchement floutées dans les médias anglophones du Canada sauf un ou deux), tandis que les journaux francophones du 8 janvier ont unanimement eu le courage de la liberté d’expression et remplacés leur caricature quotidienne par un dessin de Charlie qui représente Mahomet lui-même.
            Tant qu’au retrait de Tintin en Amérique, je reconnais bien là le puritanisme hypocrite du Canada anglais. De plus, c’est une vision bien réductrice de cette aventure, car Hergé y dénonce également l’exploitation des autochtones par les blancs (séquence de découverte du pétrole et expulsion manu-militari de leurs terres).

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          • Répondu par Francis le 21 mars 2015 à  17:40 :

            Pourquoi aujourd’hui ? Parce que c’est maintenant que le sujet des meurtres des femmes autochtones et le racisme envers les Premières nations (surtout dans le coin de Winnipeg) occupe le Canada. Pas étonnant qu’à l’ouverture du Musée des droits de l’homme (oui, situé à Winnipeg) des manifestations pour les droits des Première nations ont eu lieu. Mais cet enjeu, bien qu’il ait des échos ailleurs au pays, est surtout débattu dans la capitale manitobaine. Ce n’est donc pas une surprise que cette demande de retrait de Tintin en Amérique ait été faite à Winnipeg mais pas ailleurs au pays : ce n’est pas le sujet de l’heure à Vancouver, Toronto ou Montréal contrairement à Winnipeg où les médias traitent le sujet plus souvent. Et plus les médias en parlent, plus la population en parle aussi.

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    • Répondu par Jean-Claude Lespérance le 20 mars 2015 à  14:13 :

      Vous savez….rien n’est jamais acquit, comme disait le vieux Georges. Alors, permettez-moi, miraculé d’une cirrhose du foie, de dire bonjour à monsieur Étienne Pollet (j’avais jadis émit l’opinion que le format 1/1 serait formidable pour les albums « LE LOTUS BLEU » et le chef-d’œuvre « TINTIN AU TIBET »…le wonder boy Spielberg a fait que nous avons eu le cycle « RACKAM » dans ce format…bonjour aussi à la GRANDE Dame Fanny, à Nick –you were born in 1953 like me so you are fantastik, in the end !- , à Philippe Biermé (tous mes documents sur Edgar sont pour vous dans mon testament), à Claude Lefranck à qui je dois encore un truc du temps de son magasin « musique » (place Louise), à Michel Deligne « Ça c’est Moi ! » que j’adore !, et, à toi, Anne, que j’ai déçu.
      TINTIN EN AMÉRIQUE, le Canada en est fébrile !? Come on Baby, on s’en fout cher Didier ! Ton site est le premier que je visite au réveil.
      Vive Tintin !
      Jean-Claude Lespérance a/k/a Réjean Demers

      PS. : C’est Remi et non Rémi.

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      • Répondu le 21 mars 2015 à  21:40 :

        Puis je me permettre de vous faire remarquer que votre message codé est absolument incompréhensible pour le commun des lecteurs ?

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        • Répondu par Vincent le 21 mars 2015 à  22:57 :

          Ce n’est pas grave puisqu’il ne s’adresse pas aux communs des lecteurs.

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        • Répondu par Jean-Claude Lespérance le 22 mars 2015 à  04:31 :

          Désolé mon p’tit gars. Y’a ceux qui conprennnent et ceux qui aiment. Je suis sans doute du mauvais côté.
          JC

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