21 juillet 1969 : Quand les Belges décrochaient la Lune

21 juillet 2019 3 commentaires
  • Le 21 juillet 1969 est une date spéciale pour les Belges. D’abord parce que c’est la date de leur fête nationale, et puis parce que ce jour-là, l’homme mettait pour la première fois le pied sur la Lune, ce que les héros de BD belge avaient fait avant eux, et puis… et puis… parce qu’Eddy Merckx gagnait ce jour-là son premier Tour de France. Le 21 juillet 1969, les Belges avaient décroché la Lune !

La Lune, on en a toujours rêvé, depuis Le Baron de Crac, depuis Jules Verne, depuis Méliès… Mais quid de la BD ? La curiosité, c’est que c’est du côté belge que l’on trouve une fascination pour l’astre lunaire plutôt que dans l’hexagone.

La chose apparaît nettement dans l’immédiat après-guerre puisque Hergé y travaille dès la fin des années 1940, les premières planches d’Objectif Lune paraissant dans Tintin en mars 1950 (l’album paraît en 1953). De façon presque contemporaine, en 1951, le premier volet de La Planète silencieuse de Sirius était publié dans Spirou (réuni en deux albums : Point Zéro et La Planète silencieuse en 1954).

21 juillet 1969 : Quand les Belges décrochaient la Lune
"Le Voyage dans la Lune" de Georges Méliès (1902)
En 1951, Hergé envoie son héros sur la Lune. Dans cette couverture, il rend hommage au grand Méliès.
© Hergé / Moulinsart
"La Planète silencieuse" de Sirius (Ed. Dupuis)

Alors que Tintin paraît sans problème dans le Journal qui porte son nom et publié en France par Georges Dargaud, la bande dessinée de Sirius a eu davantage de soucis avec la Commission de censure de la Loi de 1949.

Voici ce qu’en raconte l’ancien rédacteur en chef de Spirou, Thierry Martens, en 1999 sur neuviemeart.com, le site de la Cité de la BD d’Angoulême : « Dès le début des années cinquante, il se révéla néanmoins vain d’espérer sortir indemne du tir de barrage effectué à Paris contre les publications étrangères. Les allègres bagarres de L’Épervier Bleu et de son vigoureux compagnon Larsen déplaisaient tout particulièrement aux censeurs : les albums La Vallée interdite (1954) et Point zéro (1954) furent interdits à l’importation en France. Après des admonestations répétées, les fonctionnaires jugèrent ridicule le voyage vers la lune du duo à la poursuite d’un groupe de gangsters […] L’éditeur et l’auteur traqués décidèrent de mettre fin à la saga. La série se termina en queue de poisson sur cette dernière prouesse imaginative et les impénitents bagarreurs disparurent dans l’espace infini, le 8 janvier 1953. Pour témoigner sa satisfaction d’avoir eu le dernier mot, la Commission autorisa le 24 février 1955 la diffusion de l’ultime album (La Planète silencieuse), édulcoré et qui constituait la conclusion de Point zéro, toujours interdit… »

© Sirius / Dupuis
"Météor" de Raoul Giordan chez Artima (1953)
DR

Pourquoi ce tropisme belge avant le lancement de Spoutnik (1957), dont un exemplaire trône triomphalement dans le pavillon soviétique de l’Expo 58 de Bruxelles, et la première incursion de Youri Gagarine dans l’espace (1961) dont on sait qu’ils décidèrent le lancement par les USA de la course aux étoiles ? Nul ne sait. Même les éditions Artima basée à Tourcoing éditées par l’éditeur belge Émile Keirsbilck envoient leur personnage Météor (dessiné par le Niçois Raoul Giordan) vers le satellite terrestre.

On sait juste que c’est un sujet qui turlupine les auteurs. Hergé, aidé en cela par le zoologue Bernard Heuvelmans et le scénariste Jacques Van Melkebelke, travaille sur son Objectif Lune dès 1947. Cette année-là, le 20 février 1947, à bord d’une fusée américaine nommée V2 (vraiment, ce Von Braun ne doutait de rien…), des mouches drosophiles étaient envoyées dans l’espace afin d’examiner les effets des radiations sur leur organisme. Elles furent lancées jusqu’à environ 110 kilomètres d’altitude avant de retomber sur Terre et d’être récupérées saines et sauves. Dix ans plus tard, la chienne Laïka leur succèdera…

Franquin et Greg dans "Z comme Zorglub"
© Franquin, Greg, Dupuis.
Spoutnik en majesté au pavillon de l’Union Soviétique à l’Expo universelle de Bruxelles en 1958.
Photo : DR

Pour les auteurs belges, cela relève de la farce, voire de la mégalomanie. Dès 1959, Zorglub envoie ses fusées sur la Lune pour y inscrire un slogan publicitaire. Von Braun avait envisagé d’envoyer une fusée impacter la lune quelques années plus tôt… Franquin réutilisera le gag pour Gaston Lagaffe… Plus tard, c’est une crêpe photocopiée (par Raoul Cauvin !) qui la représente. Il est vrai que Gaston a toujours été dans la Lune...

L’hommage de Franquin aux conquérants de la Lune, où Gaston se trouve depuis longtemps !
© Franquin & Marsu Productions.
A la pointe de la technologie...
© Éditions Dupuis/Franquin/ Marsu-Productions

En 1969, Hergé lui-même accueillera par le truchement de ses personnages les astronautes américains sur la Lune, tandis que sous le crayon de Horn, le "Pellos belge", dans Le Soir, Eddy Merckx arrive triomphalement à Paris en costume d’empereur.

L’hommage d’Hergé aux astronautes.
© Hergé / Moulinsart / Casterman
Horn était le grand dessinateur sportif du quotidien Le Soir.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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3 Messages :
  • Je suggère aux éditions Dupuis de rééditer la planète silencieuse de Sirius, c’est bien le moment au moment du cinquantenaire de l’homme sur la lune, et à comparer avec le dyptique d’Hergé, car je pense que celà a été fait sérieusement

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  • On loue un peu trop Hergé pour son diptyque, qui est pour beaucoup, visuellement et dans les péripéties très très très inspiré de Destination Moon le film d’Irving Pichel, d’après le roman (et le scénario) de Robert Heinlein, depuis le scaphandre orange jusqu’au titre même.

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  • Fusées V2 américaines
    22 juillet 17:28, par A.H.

    Oui, Von Braun "ne doutait de rien", puisque son programme Apollo a permis à l’homme de poser le pied sur la Lune. Mais dans le contexte de votre article, cette remarque ne veut rien dire : "la fusée américaine nommée V2" était bel et bien la même que la fusée allemande V2 de sinistre mémoire, rapatriée par dizaines d’exemplaires vers les Etats-Unis après la défaite nazie. Fusées allemandes donc, lancées par des Américains à partir du sol américain, pour être précis.
    A.H.

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