24 histoires d’un temps lointain - Par Leiji Matsumoto (Trad. Frédéric Malet) - Kana

9 août 2014 1
  • Poursuivant l'exploration de l'univers de Leiji Matsumoto, les éditions Kana publient ce recueil d'histoires courtes réalisées dans les années 1970, et donc antérieures aux œuvres qui ont fait connaître le mangaka dans le monde entier. Au programme : ambiance futuriste et fantaisiste, pour des récits empreints de mélancolie mais aussi d'érotisme !

Capitaine Albator, Galaxy Express 999 ou encore la Reine du fond des temps : des mangas dont les adaptations animées ont marqué le début des années 1980, ainsi que toute une génération, aussi bien au Japon qu’en France. Cette période de la carrière de Leiji Matsumoto n’a désormais plus beaucoup de secrets et de mystères pour le lecteur français. Cependant le mangaka ayant débuté dans les années 1960 -en réalisant d’abord des shôjo manga [1] - il reste de nombreux pans de son travail à découvrir.

C’est dans cette perspective que sort cet étonnant recueil d’histoires courtes, que Leiji Matsumoto a publiées dans le magazine seinen [2] Play Comic, entre 1975 et 1976 [3]. Il s’agit de récits de science-fiction, lorgnant parfois du côté de la fantaisie, qui ne dépayseront pas les amateurs du père d’Albator.

24 histoires d'un temps lointain - Par Leiji Matsumoto (Trad. Frédéric Malet) - Kana
Le temps cyclique : un concept structurant toute l’oeuvre de Leiji Matsumoto
© 1998 Leiji Matsumoto/ Akita Publishing Co., Ltd

Nous y retrouvons son univers si particulier, mi-scientifique mi-merveilleux, dans un format court qui rapproche indubitablement ces histoires du conte – ce qu’appuie leur dimension fortement moralisatrice. Cependant ces « leçons » visent moins l’individu en particulier que l’humanité entière. Une atmosphère pessimiste et désenchantée, typique du mangaka, qui explore la perdition de l’humanité, sur fond de grande leçon de vie... et de civilisation !

Outre le thème du temps, structurant toute l’œuvre de Leiji Matsumoto, c’est finalement ceux de la survie et de la perpétuation de l’espèce qui s’imposent ici. Naufrage sur des planètes sauvages, fin de la Terre, univers post-apocalypse, naissance d’une civilisation sont les sujets récurrents de ces histoires.

Autre élément incontournable : le personnage de la Reine
© 1998 Leiji Matsumoto/ Akita Publishing Co., Ltd

À cela s’ajoute un aspect érotique qui étonnera sans doute le lecteur. En effet, à cette époque, surfant plus ou moins sur l’ambiance générale de libération sexuelle, le magazine Play Comic demandait à ses auteurs d’agrémenter autant que possible leur récit de scènes érotiques. D’ailleurs, à titre de curiosité, cette décennie de publication du magazine est également fameuse pour ses cover-girls réalisées par Shôtarô Ishinomori !

De son côté, Leiji Matsumoto absorbe cette contrainte à travers son thème de la survie de l’espèce. Quant aux scènes elles-mêmes, elles se résument à des plans resserrés sur les jambes, les hanches ou les visages. Rien de bien affriolant.

Si ses protagonistes se lancent dans des ébats amoureux, c’est donc toujours pour rappeler et illustrer l’importance de la vitalité dans l’évolution et le développement de l’humanité. La question de la descendance se retrouve également, de fait, au cœur de nombreuses histoires, avec très souvent le motif de l’Eve mère de la civilisation.

Ce thème de la vitalité, très cher à Leiji Matsumoto, apparaît d’ailleurs, en filigrane, dans le manga Capitaine Albator où l’humanité déchue et oublieuse de cette fameuse vitalité se complaît à vivre dans une réalité virtuelle. Mais aussi dans Galaxy Express 999, où la transformation en robot implique la perte de cette force vitale, source de toute évolution, et donc d’un avenir.

Côté personnages nous retrouvons les modèles classiques du mangaka. Des héros petits, laids mais vaillants, des femmes longilignes et très belles, oscillant entre l’amante fidèle et la traîtresse, et des hommes de belle stature qui se révèlent souvent être des salauds.

On notera également la présence d’un prototype d’Albator dans deux histoires. Ce ne sont pas les premières mises en scène du personnage, mais ces versions sont quasi-terminales et les fans reconnaîtront aisément et avec plaisir leur héros.

Albator à l’abordage : tout est là !
© 1998 Leiji Matsumoto/ Akita Publishing Co., Ltd

Concernant l’édition proposée par Kana, signalons une préface signée par notre camarade Florian Rubis et une postface de la chanteuse et actrice Tokiko Katô, amie fidèle de Leiji Matsumoto qui a récemment interprété la chanson du film Albator, corsaire de l’espace de 2013.

Un recueil forcément old school, à l’ambiance pessimiste, aux dénouements souvent cruels et amers mais qui constitue une très jolie lecture. Leiji Matsumoto nous emporte dans son univers si particulier, à la convergence de la science-fiction et du merveilleux, avec ses héros un peu perdus et ses femmes idéales, tour à tour bienveillantes et cruelles, et aux destins tragiques.

Un bien bel ouvrage, au charme intemporel.

Un monde vierge : nouvel espoir pour l’humanité ?
© 1998 Leiji Matsumoto/ Akita Publishing Co., Ltd

(par Guillaume Boutet)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

24 histoires d’un temps lointain. Par Leiji Matsumoto. Traduction Frédéric Malet. Kana, Collection "Seinen". Sortie le 3 juillet 2014. 440 pages. 15,00 euros.

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Lire notre portrait de Leiji Matsumoto

[1Shôjo : désigne un type de manga ayant pour cible éditoriale les adolescentes.

[2Seinen : désigne un type de manga ayant pour cible éditoriale les hommes adultes.

[3Liste des histoires du recueil - entre parenthèses leur date de première publication :
- Le Cimetière des Rhamphorhynchus (9 septembre 1976)
- La Ville morte de Vénus (11 décembre 1975)
- Adieu, Tricératops ! (11 mars 1975)
- Les Bruits de pas de l’Éléphant (8 février 1975)
- Le Condor ne s’envolera plus (12 juillet 1975)
- Un jeune homme sérieux (10 juin 1976)
- Les Clones (11 mars 1976)
- Les Hommes-oiseaux du Kilimandjaro (10 mai 1975)
- L’Amour tragique de la jeune femme du pont de Bikuni (11 octobre 1975)
- Les Sables d’El-Alamein (11 janvier 1975)
- Le Monde à l’envers (8 juillet 1976)
- UFO 2001 (9 août 1975)
- La Maison au fond de l’océan (8 avril 1976)
- Elza, la fille venue de la mer (12 février 1976)
- Le Grand Viking (13 ami 1976)
- Les Ailes du Yuguéléon (14 juin 1975)
- Le Grand Éléphant va vers l’ouest (15 janvier 1976)
- Serment d’amour et de mort sous le soleil de minuit (11 novembre 1976)
- Deathshadow, le cuirassé de l’espace (13 novembre 1975)
- Les Rêves des hommes à queue (13 septembre 1975)
- Technologirus (8 mars 1975)
- Un Bourdonnement dans la zone noire (14 octobre 1976)
- La Disparition d’une planète (12 août 1976)
- La Reine du Néant (9 décembre 1976)

 
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