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75 ans de Batman : l’œuvre au noir d’Urban Comics

  • À l'occasion des 75 ans du Chevalier Noir, Urban Comics propose une édition spéciale, en noir et blanc, de cinq titres emblématiques du personnage puisés dans les grands récits de ces trois dernières décennies. Début de ce panorama tout en ombre et lumière avec The Dark Knight Returns de Frank Miller.
75 ans de Batman : l'œuvre au noir d'Urban Comics

75 ans. C’est l’âge du Chevalier Noir, né dans le Detective Comics #27 de mai 1939. Pour célébrer cet anniversaire, Urban Comics s’est lancé dans un projet de passage au noir et blanc de cinq titres ayant façonné la version contemporaine du super-héros, c’est-à-dire depuis son entrée dans l’Âge sombre qui correspond, pour le personnage, à The Dark Knight Returns en 1986, jusqu’à ses récents exploits dans la période New 52 [1].

Un projet original

Ce projet de noir et blanc est né, comme souvent, d’un hasard. François Hercouët, directeur éditorial d’Urban Comics, travaillant sur Année Un, isole, par une erreur de manipulation, la couche de noir de la planche montrant l’arrivée en train de Gordon à Gotham City. Le détail du dessin de David Mazzucchelli lui "explose" littéralement au visage comme il le dit lui-même [2], et il comprend que certains récits de Batman pourraient complètement se révéler à travers le noir et blanc.

Ne restait plus qu’à choisir les titres susceptibles de se prêter à l’exercice d’une manière pertinente. À travers deux critères pour effectuer la sélection : d’une part, l’impact du récit dans la mythologie du personnage ; d’autre part la valeur graphique de l’ouvrage puisque le projet vise à mettre en relief non seulement le dessinateur mais aussi l’encreur de chacune de ces œuvres.

Batman Année Un

The Dark Knight Returns et Année Un s’imposèrent ainsi d’emblée par l’importance de ces histoires dans la construction moderne de Batman.

Batman - Silence

Ces deux récits, scénarisés par Frank Miller et réalisés à quelques mois d’intervalle, constituent une sorte d’alpha et d’omega de la version contemporaine du Chevalier Noir pour François Herouët : le premier imagine la fin des aventures d’un Batman devenu vieux tandis que le second offre une sorte de renaissance au héros. D’autant que, graphiquement, le travail de David Mazzucchelli sur Année Un propose une variante intéressante à celui effectué par Frank Miller sur The Dark Knight Returns.

Pour donner suite à ce point de départ, Amère Victoire, jugé par François Hercouët plus abouti graphiquement que The Long Halloween, fut préféré à ce dernier. Ces deux titres ont été réalisés par le même duo composé de Jeph Loeb et Tim Sale. Puis vinrent Batman - Silence, dessiné par la légende vivante Jim Lee, toujours sur un scénario de Jeph Loeb, et enfin, La Cour des hiboux de Scott Snyder, nouveau départ le plus récent du personnage porté par le dessin de Greg Capullo avec l’encrage de Jonathan Glapion.

Batman Année Un : la planche inaugurale du volume et d’où l’idée du projet a germé
© DC / Urban / Mazzucchelli
La Cour des Hiboux

L’alchimie du noir et blanc.

À partir de là, le passage au noir et blanc ne s’est pas effectué aussi facilement qu’on aurait pu le penser, il a fallu opérer de manière personnalisée pour chaque volume.

Les plus récents, techniquement, ne posèrent aucun problème. Et pour cause : les fichiers numériques des planches encrées, avant la mise en couleur, existaient. Ainsi, Urban Comics a pu profiter de cette version des planches, directement mises à disposition par Scott Williams et Jonathan Glapion, encreurs respectifs de Silence et de La Cour des hiboux.

Batman Amère Victoire

Concernant Année Un, le fait que le dessin fut pensé pour la couleur, David Mazzucchelli travaillant étroitement avec Richmond Davis, sa coloriste (et épouse), a rendu l’entreprise un peu délicate, sur le principe. Mais elle s’est révélée très aisée sur le plan technique, l’effacement de la couleur ne posant pas de difficulté majeure.

À l’inverse, Amère Victoire, qui apparaît clairement pensé pour le noir et blanc, ce à quoi contribue le fait que son dessinateur, Tim Sale, soit daltonien, a réclamé, de l’aveu même du directeur éditorial d’Urban Comics, un travail "titanesque". Par l’ampleur de l’ouvrage (400 pages) et par le fait que certaines planches ont été manifestement réalisées à la couleur directe ou selon d’autres procédés particuliers. Il a fallu pour celles-ci recomposer en quelque sorte le trait du dessin. L’utilisation de niveaux de gris s’imposa alors comme une nécessité graphique, et c’est finalement ce volume, avec The Dark Knight Returns, qui demanda le travail le plus important et le plus fin à l’éditeur.

Trauma originel
The Dark Knight Returns
© DC / Urban / Miller

Le Grand Œuvre de The Dark Knight Returns.

Voilà qui nous amène au titre qui ouvre l’événement et dont les première planches dévoilées suscitèrent un polémique sur le web il y a quelques temps : The Dark Knight Returns.

Devenu un incontournable classique, l’histoire en est connue : Batman a pris sa retraite et cela fait dix ans que personne ne l’a vu. Son nom est désormais associé à une légende urbaine. Mais des événements dramatiques le sortent de sa torpeur et le vieux héros met à l’’épreuve son corps et sa détermination face à un monde qui ne veut plus de lui.

Comment, dès lors, toucher cette œuvre canonique dans laquelle le dessin de Frank Miller, l’encrage de Klaus Janson et la couleur de Lynn Varley paraissent si étroitement imbriqués ?

Un vieux Bruce Wayne dans les rues de Gotham
The Dark Knight Returns
© DC / Urban / Miller

Ainsi que le concède François Hercouët, le passage complet au noir et blanc s’est révélé une aporie pour ce titre puisqu’il faisait perdre en lisibilité l’ouvrage, même pour un lecteur connaissant déjà bien le récit. Sur certaines planches, on ne pouvait ainsi plus distinguer les différents plans du dessin. C’est la raison pour laquelle il fut décidé de ménager des niveaux de gris afin de préserver cette lisibilité.

Dans les faits, le volume en noir et blanc offre une expérience de lecture tout-à-fait renouvelée pour le premier tiers de l’ouvrage dans lequel la couleur était originellement peu présente. Pour le dire clairement, on a l’impression de découvrir le roman graphique tel qu’il aurait dû être, alors même que le travail de Lynn Varley sur la couleur dans l’édition initiale est de grande qualité. Une impression saisissante.

L’apparition progressive des niveaux de gris, qui reprend la montée en puissance de la couleur dans la version classique de l’ouvrage, choque peu finalement. Il demeure que globalement, sur le plan graphique, ce récit ne se posait peut-être finalement pas comme une évidence pour un passage au noir et blanc.

Précisément questionné à ce sujet, François Hercouët explique qu’il voulait absolument ce récit pour l’événement des 75 ans, du fait de son importance dans la construction du mythe Batman et ce, malgré la difficulté posée par l’usage qui y est fait de la couleur. Un travail méticuleux, au cas par cas, a donc été effectué pour déterminer le niveau de gris optimal pour chaque planche afin de préserver la lisibilité des plans et la compréhension du récit, tout en magnifiant au maximum l’encrage de Klaus Janson. Le niveau de gris correspond donc ici à un besoin de sens.

Exemple des niveaux de gris qui ont fait polémique
The Dark Knight Returns
© DC / Urban / Miller

Alors qu’Urban montrait les premières planches de The Dark Knight Returns, sortant des rotatives, une polémique enfla sur Internet, certains fans, ayant anticipé une édition intégralement en noir et blanc, sans gris donc, s’estimant trompés par la découverte des niveaux de gris sur les planches. Polémique comme souvent assise sur un fond un peu fantasmatique, entre désir de récupération d’originaux (lesquels exactement ?) éparpillés de par le monde (et l’éditeur de se muer en Indiana Jones pour correctement effectuer son travail...) et méconnaissance de la réalité technique du travail éditorial, en particulier en ce qui concerne une œuvre conçue pour la couleur.

Polémique assez vaine sur le fond, ceux la portant n’ayant pas encore ouvert les volumes incriminés, et étonnante sur le principe puisque qu’elle élude tout le crédit que l’on peut légitimement accorder à Urban Comics depuis maintenant plus de deux ans au regard de la qualité globale de son travail sur l’univers DC Comics.

Cette édition spéciale propose en réalité une réelle occasion de redécouverte d’un titre aussi emblématique (et problématique...) que celui de Frank Miller, fondateur de la vision moderne de Batman. Ce n’est pas rien. Le résultat apparaît à ce point pertinent qu’on en vient à rêver d’un prolongement de cette série-anniversaire au tirage limité pour nous permettre de découvrir, par exemple, The Long Halloween sous le même format. Pourquoi pas à une date qui s’y prêterait, vu le titre : l’automne 2014 ? Un sombre et doux rêve de chauve-souris.

Batman reprend du service
The Dark Knight Returns
© DC / Urban / Miller

(par Aurélien Pigeat)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

- The Dark Knight Returns. Par Frank Miller, encrage par Klaus Janson. Traduction Nicole Duclos. Urban Comics, collection "DC Essentiels". Édition spéciale "75 ans de Batman", en noir et blanc, tirage limité à 3000 exemplaire. Sortie le 09 mai 2014. 208 pages. 29 euros.
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- Batman - Année Un. Par Frank Miller (scénario) et David Mazzucchelli (dessin). Traduction . Urban Comics, collection "DC Essentiels". Édition spéciale "75 ans de Batman", en noir et blanc, tirage limité à 3000 exemplaire. Sortie le 09 mai 2014.
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- Batman - Amère Victoire - Par Jeph Loeb et Tim Sale. Traduction Alex Nikolavitch. Urban Comics, collection "DC Essentiels". Édition spéciale "75 ans de Batman", en noir et blanc, tirage limité à 3000 exemplaire. Sortie le 09 mai 2014. 400 pages. 39 euros.
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- Batman - Silence. Par Jeph Loeb (scénario) et Jim Lee (dessin). Traduction . Urban Comics, collection "DC Essentiels". Édition spéciale "75 ans de Batman", en noir et blanc, tirage limité à 3000 exemplaire. Sortie le 09 mai 2014. 312 pages. 39 euros.
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- Batman - La Cour des Hiboux. Par Scott Snyder et Greg Capullo. Traduction . Urban Comics, collection "DC Essentiels". Édition spéciale "75 ans de Batman", en noir et blanc, tirage limité à 3000 exemplaire. Sortie le 9 mai 2014. 304 pages. 39 euros.
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Les 75 ans de Batman sur ActuaBD, ce sont des articles de fond et annonce d’édition :
- 75 ans de Batman : l’œuvre au noir d’Urban Comics
- 75 ans de Batman - DC commémore le mythique numéro 27 de Detective Comics
- L’annonce : Urban Comics célèbre les 75 ans de Batman en noir et blanc
- Urban Comics célèbre les 75 ans de Batman en noir et blanc

Ainsi que les chroniques des récents albums parus en 2014 chez Urban Comics, touchant de près ou de loin le Chevalier noir :
- Gotham Central T1
- La Cible de Deadshot
- le collectif Batman : Cataclysme
- Joker Anthologie
- Batman - Le Fils prodigue
- Empereur Joker
- Batman T3 – Le Deuil de la famille
- Batman : Des Ombres dans la nuit
- le collectif Batman Anthologie

[1New 52 consiste en la remise à zéro par DC de ses titres emblématiques, en 2011.

[2Un entretien avec le directeur éditorial d’Urban Comics est à paraître prochainement.

 
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3 Messages :
  • 75 ans de Batman : l’œuvre au noir d’Urban Comics
    9 mai 2014 16:32, par Oncle Francois

    Il vaut mieux avoir l’oeuvre au noir que l’oeil noir ! °).

    Ceci dit, je ne peux m’empêcher de noter que le septante-cinquième anniversaire de Batman est célébré un an après celui de Spirou. Pourtant, je n’avais jamais fait le rapprochement entre ces deux personnages, nés de cotés différents de l’Atlantique, il faut le reconnaitre.

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    • Répondu par Antoine Boudet le 10 mai 2014 à  10:02 :

      Superman est né la même année que Spirou.

      Répondre à ce message

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