76 grands dessinateurs européens se mobilisent pour sauver la librairie Arthaud de Grenoble.

7 septembre 2013 8
  • Ils sont 76 auteurs et quelques-uns des plus grands noms de la BD à avoir produit un dessin pour un album solidaire intitulé : "Dessine-moi Arthaud." Coup de cœur et coup de gueule en faveur de la librairie indépendante.

"L’histoire commence en avril dernier avec la décision que beaucoup d’entre nous connaissent déjà, raconte un communiqué : Arthaud, la plus ancienne librairie de Grenoble, née en 1801, doit fermer pour cause de mauvaise rentabilité. Très vite, des pétitions circulent contre la fermeture, et recueillent déjà plus de 54.000 signatures. L’association « Les amis de la librairie Arthaud » est créée. Elle est soutenue par la Mairie de Grenoble et le Conseil Général de l’Isère. Une possibilité de reprise est envisagée. Reste à réunir les fonds nécessaires pour faire aboutir ce projet."

Spécialiste de BD

C’est là qu’intervient Fabrice Eyraud le spécialiste BD de la libraire depuis 32 ans, à l’origine de cette initiative : "Ce livre est arrivé par hasard. On annonce qu’Arthaud risque de fermer... Un auteur nous envoie un dessin de soutien... Cela m’a donné l’idée de demander un dessin aux auteurs de mon carnet d’adresses pour leur demander une dédicace que l’on publierait sur le blog. On a remarqué que cela faisait réveiller les gens : Jean-François et Maryse Charles, Hermann, Gibrat, Jean C. Denis, Ptiluc, Emmanuel Lepage... ont répondu présent ! tout de suite. Quand l’association s’est créée, j’ai proposé de publier ces dessins. On a obtenu des subventions de la Ville de Grenoble et du Conseil Général. L’imprimeur nous a fait un prix et le dessinateur Roger Brunel nous a dessiné le logo et a fait la maquette. Tout cela, gratuitement, par amitié. On espère que sa publication fera prendre conscience et motive peut-être un repreneur... C’est aussi un coup de gueule pour la libraire indépendante. Du temps de Flammarion, nous avions fait une expo Tardi, une expo Bilal, une expo Sempé, une autre avec Schuiten & Peeters... Mais aussi des expos sur Gainsbourg et Bohringer... Si elle redevient indépendante et professionnelle, la librairie peut vivre. Pour Arthaud qui a été, pendant toutes ces années, une vitrine de Grenoble."

76 grands dessinateurs européens se mobilisent pour sauver la librairie Arthaud de Grenoble.
Un pastiche de Roger Brunel pour sauver Arthaud

Une librairie en crise

" Il y a des bons libraires encore, et ces bons libraires vont s’en sortir, nous dit Fabrice Eyraud quand on l’interroge sur l’état de la librairie en France. Cela fait cinq ans que je fais un tri dans mes commandes. Je fais des erreurs, certainement, mais il y a encore des libraires qui prennent tout. Les auteurs me le disent, la crise arrivera quand les libraires feront des choix. Les ventes les plus surprenantes de l’année dernière ne venaient pas des blockbusters, mais de Jul et du Jérusalem de Delisle. La crise vient bien sûr d’Amazon mais aussi de la consommation : le livre est devenu cher, la BD également. C’est un secteur qui marchera toujours bien, mais c’est sûr que les gros -et Jacques Glénat l’a bien dit au moment de la reprise de Mad Fabrik et 12bis, s’en sortiront toujours. Le chiffre d’affaires de notre secteur BD continue de progresser à Grenoble, malgré le marasme global. Le marché est en train de muter. Quand j’ai commencé, il y avait 600 nouveautés par an et 7 ou 8 éditeurs, huit à dix fois plus aujourd’hui. Le problème, c’est que les éditeurs, les auteurs, s’enferment dans leurs séries. Les gens en ont marre des séries longues."

Un splendide dessin de Gibrat

Les soucis des librairies Arthaud ont commencé en 2000, lorsque Flammarion a revendu ses librairies. Depuis, celles-ci ont changé trois fois de propriétaire : "Les décisions se sont prises de plus en plus à Paris, il fallait obéir à un marketing, le côté régional n’était plus pris en compte. Petit à petit, le métier s’est délité. Arthaud paie ses rachats successifs, en plus des erreurs de gestion éventuelles au sein des librairies. Le fonds marche de moins en moins bien, les titres ne sont plus conservés de la même manière. Il nous faut une semaine et demi pour avoir un livre, alors qu’Amazon le fournit en 48 heures."

Actuellement, ces librairies sont la propriété du fonds américain d’investissement Najafi de Phoenix (Arizona) via leur filiale française Actissia qui regroupe aussi bien les clubs du livre France Loisirs et Le Grand Livre du Mois, qu’une activité de e-commerce et de ventes de livres en ligne, comme Chapitre.com, ou ses 57 points de vente de librairie parmi lesquels figure la librairie Arthaud de Grenoble.

Jean-François & Maryse Charles furent parmi les premiers à réagir

Se montrer réactif

Devant le constat d’un partage du marché entre une petite édition dont la diffusion se limite à quelques points de vente, complémentée par Amazon, et des best-sellers qui passent de plus en plus par la grande distribution et de moins en moins par les libraires, où est l’avenir : "C’est la solution de la rapidité, mais il n’y a pas de conseil. Les "petits" libraires réactifs vont s’en sortir, proposer des services au client. Les grosses chaînes comme la FNAC sont perdues car ils n’ont plus à leur tête des libraires professionnels. Chez Arthaud, le management dépend des fonds de pension. En face, des éditeurs comme Glénat ou Delcourt sont des passionnés."

Le trop rare Bergèse prend l’air pour Arthaud

Or ces grands groupes posent problème aux passionnés, et il faut l’être lorsque, un libraire comme Fabrice Eyraud gagne, au bout d’une carrière de 32 ans, près de 1300 euros par mois. On voit bien que ce n’est pas le coût salarial qui grève ces entreprises, mais une façon d’approcher le métier. "Ce n’est pas parce qu’on a Bac+3 que l’on est un bon libraire, cela demande une formation spécifique. Dans les gros groupes, on ne transmet pas assez. On vit dans un monde rapide où des gens qui lisent un ou deux romans pensent qu’ils sont responsables littéraires, alors que j’en apprends tous les jours. J’ai du me mettre aux mangas et notre rayon a cartonné pendant des années."

C’est peut-être le dernier été pour ces 57 librairies Chapitre dont Arthaud Grenoble fait partie. L’année peut très bien en effet finir sur un dépôt de bilan, comme ce fut le cas pour Virgin.

Dany a mobilisé les Femen pour défendre Arthaud
Hermann et Kurdy défendent Arthaud

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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Rendez-vous sur le site sauvezarthaud.blogspot.com
- pour y découvrir les 76 auteurs participants
- pour le commander (l’album coûte 10 euros)
- pour avoir plus d’infos sur l’association et y adhérer éventuellement (10€,30€ ou 40€)

 
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