A Saint-Malo et ailleurs, le collectif DIG défend une "bande dessinée collaborative expérimentale"

27 octobre 2016 2 commentaires
  • Né en 2012, le collectif d’auteurs DIG – pour Digression imaginaire généralisée – est régulièrement présent sur les festivals, où il promeut une bande dessinée originale. Avec un projet fondé à la fois sur l’indépendance éditoriale, la réflexion collective et l’expérimentation graphique comme narrative, DIG tente d’ouvrir de nouvelles perspectives. Un pari difficile à tenir, mais qui devait être lancé.

Fondé en décembre 2012 par un collectif de dix auteurs, DIG est présent ce week-end au festival Quai des bulles de Saint-Malo. Nous le retrouverons également en décembre au SoBD de Paris et bien sûr en janvier à Angoulême. A chaque fois, le collectif présentera ses productions et mettra à l’honneur sa vision de la bande dessinée.

A Saint-Malo et ailleurs, le collectif DIG défend une "bande dessinée collaborative expérimentale"
Couverture de Dig -2 © DIG 2016

Quel est le projet que DIG cherche à mettre en œuvre depuis 2013 ? Il s’agit de promouvoir une bande dessinée dite "alternative", renouvelant les codes narratifs et graphiques. La réalisation passe par la mise en commun de styles et d’univers différents au sein d’une narration collective. Présentées au départ comme les numéros d’un fanzine auto-édité, les publications de DIG ressemblent davantage à des ouvrages thématiques, aux formats variés et à la parution irrégulière.

DIG est certes l’acronyme de "Digression imaginaire généralisée". Mais ces trois lettres forment aussi le verbe "creuser" en anglais. C’est pourquoi le collectif a décidé de numéroter ses parutions en négatif. Partant du numéro zéro (en 2013), DIG en est aujourd’hui au numéro -2 (paru au début de l’été 2016), auxquels il faut ajouter un hors-série intitulé DIK.

© Thomas Plan - DIG 2016

Sorti en janvier 2013, le numéro zéro rassemblait des histoires en trois pages ainsi que des illustrations. Au fil de plus de soixante-dix pages, chaque auteur y affirmait sa personnalité graphique.

Paru en octobre 2013, le numéro "moins un" offrait dix histoires sur plus de cent pages. Toutes ces histoires, plus ou moins liées et entremêlées, étaient construites autour d’une trame commune : les quelques jours d’une ville déliquescente, dirigée par une entité politico-économique totalitaire appelée "Dig Corp". Ce canevas scénaristique, élaboré en commun par les auteurs, permettait à chacun de s’exprimer et d’apporter sa propre pierre à un édifice certes cohérent, mais pas encore tout à fait convaincant.

Vint ensuite un numéro hors-série (décembre 2014), plus anecdotique, de petit format, sur le thème de l’érotisme et de la pornographie. Ce numéro lui aussi en noir et blanc s’apparentait à un exercice de style, dominé par l’humour, mais donnant une nouvelle fois toute sa place à l’expérimentation graphique.

Extrait de l’histoire transversale © Timothée Morisse - DIG 2016

C’est surtout le numéro "moins deux" qui retiendra notre attention. DIG prend de l’ampleur avec cet opus. Réunissant moins d’auteurs – neuf au lieu de onze – et donc moins d’histoires, ce numéro allie le noir et blanc aux couleurs sur presque trois-cent pages. La trame est simple, mais efficace. Une silhouette anonyme et énigmatique – fantôme ? souvenir ? dieu ? – traverse un monde post-apocalyptique, rencontrant divers êtres et objets qui sont autant de points de départ à des histoires incluses elles-mêmes à ce contexte de fin du monde.

Comme souvent dans un ouvrage collectif, toutes les contributions ne se valent pas, tant sur le plan narratif que graphique. Nous noterons notamment la qualité du dessin de Thomas Plan ou l’inventivité et la virtuosité de Thimothée Morisse, ainsi que sa maîtrise de la violence et du suspense. La fraîcheur du trait de Tiphaine Gantheil doit également être soulignée, tout comme la subtilité de son alliance entre le noir et blanc et la couleur – qualité que nous retrouvons aussi chez Vincent Turhan.

© Tiphaine Gantheil - DIG 2016

Quoi qu’il en soit, l’ensemble est d’une grande cohérence, malgré la variété des graphismes et un fil conducteur assez ténu. Les surprises sont nombreuses et souvent d’une réelle beauté, comme les visages changeants de la silhouette que nous suivons, ou encore cette série de portraits faisant appel à des contributeurs extérieurs au collectif.

Publié grâce à un financement participatif, ce numéro "moins deux" apporte la preuve d’une plus grande maîtrise de la part du collectif DIG. Il montre que le travail collectif et collaboratif et la liberté d’invention graphique et narrative peuvent aller de pair. Reste à savoir si DIG parviendra à tenir son pari sur le long terme. Le renouvellement des thèmes et le travail d’équipe vont rarement de soi, en particulier dans le monde de la bande dessinée. Une aventure éditoriale à suivre…

© DIG 2016
Documents
© Alexandre Vinot - DIG 2016 © Jim Bishop - DIG 2016 © Timothée Morisse - DIG 2016 © Vincent Turhan- DIG 2016

Voir en ligne : Le site du collectif DIG

(par Frédéric HOJLO)

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Consulter le site du collectif DIG.

Les différents auteurs du collectif (dans un désordre qui n’a rien d’indicatif !) :
- Tiphaine Gantheil ;
- Laurent Dracon ;
- Hermance ;
- Corentin Hamon ;
- Timothée Morisse ;
- Thomas Plan ;
- Vincent Turhan ;
- Kemo ;
- Yohann Viglino ;
- Charles Mounios ;
- Mayeule ;
- John Stone ;
- Cyrus ;
- Renzo ;
- Cèl ;
- Dlywer ;
- Jop ;
- Jim Bishop ;
- Alexandre Vinot ;
- Kevin Chevalier.

 
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