A la Bibliothèque Nationale de France, Schuiten et Peeters ouvrent les Portes du Possible

18 octobre 2005 0 commentaire
  • Parmi les références cardinales de l'œuvre de Schuiten et Peeters, Jules Verne figure en bonne place. Il était donc normal qu'en cette année de centenaire, les auteurs des {Cités Obscures} rendent hommage au grand écrivain visionnaire dans un lieu qui leur convient à merveille : La Très Grande Bibliothèque François Mitterrand qui abrite la Bibliothèque Nationale de France.

L’inauguration a eu lieu hier soir, en présence de son président, l’historien Jean-Noël Jeanneney. Dans cette exposition, Schuiten et Peeters imaginent des « unes » de quotidiens qui égrènent la chronique d’un monde futur, un XXIème siècle potentiel qui se développe dans la vision et dans l’énergie impulsées par Jules Verne dans les Voyages extraordinaires. En visionnaires de l’architecture, des transports, des machines ou des écosystèmes, ils projettent un futur-hypothèse qui perpétue cette sorte d’ivresse de la modernité qui était celle de l’auteur des Enfants du Capitaine Grant ou de Vingt mille Lieues sous les Mers.

A la Bibliothèque Nationale de France, Schuiten et Peeters ouvrent les Portes du Possible
A la Bibliothèque Nationale de France
Lors de l’inauguration. De gauche àa droite, Jean-Noël Jeanneney, président de la BNF, Louis Delas, Directeru général de Casterman, François Schuitent et Benoît Peeters. Photo : D. Pasamonik

Ouvrant sur des dessins de Schuiten issus de son illustration du dernier inédit de Jules Verne, Paris au XXème Siècle, l’exposition propose, à travers le prisme du journalisme qui s’enthousiasme pour l’extraordinaire, une galerie des villes rêvées où s’exerce, bienfaisante et humaniste, l’intelligence de l’architecte. A la lecture de ces panneaux qui longent les salles de lecture de la bibliothèque, des lieux où le silence et le recueillement s’imposent, on réalise que l’utopie joyeuse de Jules Verne, souvent incarnée par des personnages pittoresques comme le capitaine Nemo ou Michel Strogoff, cède la place chez Peeters et Schuiten à une réflexion grave et maîtrisée, aspirant à l’équilibre. Le projet d’un Jules Verne dionysiaque qui imagine un voyage où l’homme est un pantin naïf qui souvent se débat dans la fureur et le chaos et où les événements sont souvent des accidents spectaculaires devient, sous le regard du tandem apollinien qui lui rend hommage, soudainement apaisé. C’est qu’en un siècle, même s’il lui arrive de se révolter avec comme conséquences les drames que l’on sait, la nature n’est plus aujourd’hui aussi inquiétante et rebelle qu’au 19ème siècle.

Benoît Peeters
devant la Sphère Céleste de de Coronelli. Photo : D. Pasamonik

La visite à peine achevée, et qui laisse le spectateur comme en suspension dans une paisible réflexion métaphysique, on aboutit sur la baie vitrée du hall ouest de la Bibliothèque Mitterrand. Au dehors, l’un des angles de la très Grande Bibliothèque, s’ouvre comme un livre. Il donne l’impression de concrétiser les visions graphiques de Schuiten. A l’intérieur, hautes de près de quatre mètres, deux sphères immenses s’offrent au regard. Ce sont les Globes de Vincenzio Maria Coronelli, ce moine cartographe qui exécuta une commande du Cardinal César D’Estrées, destinée à Louis XIV, et qui représentent deux sphères, l’une terrestre, l’autre céleste. Objets d’art et de science, comme les oeuvres de Jules Verne et de Schuiten, ces globes fabriqués entre 1681 et 1683, les plus grands jamais conçus en leur temps, sont des symboles par excellence de la puissance du monarque. Ils rappellent, en contrepoint des travaux de nos deux auteurs de BD, que toute utopie n’existe que par la volonté du politique.

Les Portes du Possible
(Ed. Casterman)

Les travaux de Schuiten et Peeters exposés à la BNF ont fait l’objet d’une publication de 32 pages couleurs aux éditions Casterman sous la forme d’un grand album « tout carton » à l’exemple de celui de Spiegelman, A l’Ombre des Tours mortes. Le choix de cette formule est justifié, si l’on en croit l’éditeur, par la possibilité de publier une illustration de grand format sans qu’elle se trouve partagée au milieu par un pli qui la défigure. L’éditeur a pris soin de demander à Spiegelman si ce choix, qui reprend un peu son idée, pouvait lui porter ombrage. Non pas, nous dit-on. Il est, paraît-il, ravi. Ce livre fait écho avec celui sur Little Nemo édité par Benoît Peeters et auquel François Schuiten avait collaboré, lequel mêle également l’architecture au rêve.

Les Portes du Possible
(Ed. Casterman)

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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Exposition du 18 octobre au 15 janvier 2006
Site François Mitterrand
Quai François-Mauriac
75013 Paris
Allée Julien Cain
Du mardi au samedi de 10 à 20 heures
Dimanche de 12 à 19 heures
Fermé lundi matin et jours fériés
Entrée libre
Renseignements : 01 53 79 59 59

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