À la découverte de la BD portugaise

27 décembre 2005 0
  • Carlos Pessoa, le spécialiste BD du « Publico », vient de publier au Portugal, « Roteiro Breve da Banda Desenhada em Portugal » un panorama de la BD portugaise, un parcours aussi passionnant que surprenant à propos d'une BD qui nous est quasi inconnue.
À la découverte de la BD portugaise
Roteiro Breve da Banda Desenhada em Portugal
Un voyage étonnant dans la BD portugaise

Dans les années soixante et soixante-dix, une poignée de spécialistes de la BD s’étaient cru devoir entreprendre une « histoire mondiale » de la BD. On a compris toute la vanité de cette démarche quand on vit apparaître traduits en France les premiers mangas, pour ainsi dire oubliés des BD-encyclopédistes jusqu’au milieu des années 1980, alors qu’on sait aujourd’hui que la BD nipponne est l’une des plus productives et des plus passionnantes du monde. Depuis, nous sommes astreints à l’humilité et c’est avec une curiosité aiguisée que nous feuilletons le livre que Carlos Pessoa, critique de BD pour le grand quotidien portugais Publico, nous envoie aujourd’hui. Simplement intitulé Roteiro Breve da Banda Desenhada em Portugal (qui signifie quelque chose comme « Bref Panorama de la bande dessinée au Portugal » ), il reprend pas à pas les grandes étapes de l’histoire de la BD dans ce pays.

Edité par la poste portugaise

Carlos Pessoa connaît son affaire. Presque chaque année, il fait le pèlerinage du Festival de la BD à Angoulême pour son journal et il a eu entre les mains la plupart des grandes encyclopédies de la BD publiées en France ou aux États-unis. Il a dû souvent faire le constat de la cécité récurrente des spécialistes qui se contentent de recopier (certains s’en sont faits une spécialité) des notices écrites par d’autres spécialistes, qu’ils soient français ou étrangers, ceci sans esprit critique, ce qui laisse dans certains ouvrages de référence un bon nombre d’approximations, pour ne par dire d’erreurs.

Par conséquent, la « visibilité » d’une production de BD nationale ou régionale dépend très souvent de la capacité des spécialistes locaux à raconter l’histoire de leurs créateurs sur la base de documents de première main, traités avec qualité et précision. La plupart des grands pays producteurs de BD ont fait ce travail. Pour la BD portugaise, nous avons, grâce au travail de Pessoa, mais aussi grâce à la Poste du Portugal qui a édité cet ouvrage à l’occasion d’une émission de timbres à l’effigie des grands héros de la BD lusophone, une introduction qui se veut modeste mais précise et éclairante.

De nombreux hebdomadaires
et suppléments de quotidiens témoignent d’une activité éditoriale très vivace.

Une caisse de résonance de la création mondiale

Le livre s’ouvre sur le fondateur de la BD portugaise, Raphael Bordallo Pinheiro (1846-1905) [1], auteur du Voyage picaresque de l’empereur de Rasilb à travers l’Europe (1872), une histoire à la Töpffer qui ne cède en rien à la norme européenne du moment ; quelques pages plus loin, on redécouvre le truculent Léal de Càmara que les lecteurs français de la Belle Époque connaissaient bien grâce à ses nombreuses collaborations à l’Assiette au Beurre, Frou Frou ou Le Rire ; on y voit aussi l’impressionnant Stuart Carvalhais dont le dessin facétieux fait penser aussi bien au Rudolf Dirks des Katzenjammer Kids qu’au Louis Forton des Pieds Nickelés... Tous ces dessins début de siècle étonnent par leur modernité.

Les années défilent avec à chaque fois leur lot de talents pendant les années 1950 à 1980, où des auteurs comme José Ruy ou J.L. Duarte nous tirent l’œil et nous font dire que, rétrospectivement, ils ont manqué dans nos contrées. Il n’est pas un courant mondial de la BD qui ne touche les créateurs : Le Journal Tintin a été intégralement publié sous la forme d’un hebdomadaire quasi identique à l’édition belge, et ce plusieurs années durant dans les années soixante ; réplique personnelle du Pellaert des Aventures de Jodelle, Por Entre os Dedos d’Isabel Lobinho fait figure d’émule ; la Ligne Claire très 1980 d’Yves Chaland et de Daniel Torrès trouve aussi son écho local dans les travaux de Tozé Somoes et Luis Louro et leur série Jim del Monaco.

Des pionniers intéressants
Ce panorama permet de découvrir des auteurs dignes de nos meilleurs pionniers franco-belges.

Enfin, la production des nouveaux auteurs des années 1990 à 2000 comme Paulo Amorim ou Antonio Jorge Gonçalves est parfaitement en concordance avec les vibrations créatrices de la même génération venues de France, d’Espagne ou des États-unis. Comme ce fut le cas pour les auteurs français, la scène éditoriale portugaise a vécu une crise profonde à la fin des années 90 et s’est complètement restructurée ces dernières années. La créativité portugaise continue à se développer aujourd’hui, favorisée par une scène BD très vivace qui connaît même son grand Festival à Amadora, une ville qui a signé la charte des Villes de Bandes Dessinées, et qui irrigue plus qu’à son tour le public portugais des échos de la production internationale. À n’en pas douter, le Portugal est une voix originale dans le concert de la BD européenne.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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Le livre n’est disponible qu’en portugais.
Editeur : CTT Correios de Portugal SA
Tirage : 7.000 ex numérotés.
Prix : € 35,00 (en ce inclus 4 feuillets de timbres à l’effigie de personnages de BD Portugaises).
Acheter le livre en ligne (Poste portugaise)

En médaillon : l’auteur, Carlos Pessoa, à Angoulême en janvier dernier. Photo : D. Pasamonik.

[1Selon Pessoa, citant des spécialistes, il est, avec Les Conférences démocratiques publiées en 1871, le premier auteur de BD moderne dans ce pays.

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