...À la folie - Par Sylvain Ricard & James - Futuropolis

11 novembre 2009 1 commentaire
  • Après "Dans les sables mouvants", ou le plus récent "Inès", "... À la folie" évoque les violences conjugales en BD. Si l'album convainc autant, ce n'est pas seulement grâce à son dessin animalier qui créé une fausse distance, ou par sa forme qui utilise si intelligemment des témoignages à la "Quand Harry rencontre Sally", mais aussi par le choix du milieu social de ce couple effrayant.

Il faut attendre la page 34 pour vérifier ce sentiment de malaise qui vous prend dès le début de cet album. Cette belle femme, fine, charmante, mariée à un homme si élégant, séduisant, en pleine réussite professionnelle, commence à subir des violences...
La jolie histoire d’amour, tellement classique, presque ennuyeuse, s’efface alors pour nous faire entrer dans un cauchemar. Le reste, on l’a déjà vu, dans des films, ou lu, ailleurs : au début, la victime minimise, accepte, se résigne, espère... Puis elle devient soumise et terrorisée. Puis enfin elle porte plainte, avec des conséquences diverses...

Ricard, scénariste, a voulu traiter ce sujet après avoir lu un rapport d’Amnesty International de 2006. Il donne une force phénoménale à cette histoire en montrant bien à quel point la violence n’est au départ pas prévisible. Il explique avec précision ce qui la motive -outre une forme de pathologie du mari. Il casse un tabou (pour ceux qui le pensent encore) qui voudrait que cette violence ne puisse émaner que d’ouvriers avinés enfermés dans leur HLM.
...À la folie montre un couple de petits-bourgeois, certes, mais où le pouvoir est clairement défini par le statut de la femme : elle ne travaille pas, ce qui la rend dépendante.

Les scènes où elle tente d’évoquer sa situation à sa meilleure amie, puis à sa mère, s’avèrent les plus effrayantes. L’entourage a bien du mal à venir en aide à cette femme dont on ne saura d’ailleurs jamais le nom, ni celui du mari, ni même celui des autres... Seulement leurs fonctions, leur situation familiale.

Le graphisme sobre de James, neutralisé par un sépia rigoureux, rend la violence plus forte encore en passant par le choix de visages animaliers, qui nous éloignent du sujet pour mieux nous y plonger.

Conscient de la puissance de son message, Sylvain Ricard termine son album sur une note peu optimiste. Pas le choix. ...À la folie - Par Sylvain Ricard & James - Futuropolis

(par David TAUGIS)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

 
Participez à la discussion
1 Message :