(A)mère - Raphaël Terrier - La Boîte à Bulles

23 novembre 2004 0 commentaire
  • Raphaël n'avait que 12 ans lorsqu'il a renoncé à l'amour en état d'ébriété de sa mère. Aujourd'hui, d'un trait enfantin, il raconte. Poignant et sans concession.

Tout petit, Raphaël Terrier n’avait d’yeux que pour sa maman. Elle était tout pour lui. L’année de ses six ans, elle a tenté de se suicider. Ce sont ses propres enfants qui l’ont retrouvée, écroulée sur le bureau devant une boîte de médicaments vide. Anxieux, inquiet, Raphaël l’était à juste titre. Sa mère n’a jamais véritablement remonté la pente. Ebranlée par le stress de sa profession -médecin- et les troubles psychologiques afférents, elle n’a pas résisté au palliatif inhibiteur. Happée par l’alcool mauvais, elle s’est autodétruite, emportant les siens dans sa déchéance inéluctable. Les efforts des « hommes » qui ont jalonné son existence sont restés vains. Tous ont démissionné avant qu’il ne soit trop tard. Raphaël, lui, est resté un peu. Il a encaissé, il a beaucoup culpabilisé avant de se rebiffer violemment et de fuir définitivement à l’aurore de son adolescence.

À coeur perdu

On ne lit pas une fiction comme on lit une histoire vraie. Et on ne lit pas (A)mère comme on lit n’importe quelle autre bande dessinée. Pas de bulles ici, juste une narration illustrée à l’économie. Dessin tout juste esquissé, texte bref, écrit à l’encre de Chine. Il fallait que cela soit court pour que cela soit fort. Raphaël Terrier nous ouvre le livre de son enfance rompue avec une extrême pudeur. C’est émouvant mais sans larme, justement parce qu’il est allé à l’essentiel, sans s’apitoyer, parce qu’il n’a pas attendu cette publication pour regarder derrière lui, mais qu’il est temps aujourd’hui de s’exprimer, de raconter, de retranscrire la douleur du petit garçon qu’il était. Alors autobiographique, oui à 100%, mais sans verser dans les méandres du carnet intime.

Hommage amer

De prime abord, il faut bien le reconnaître, ce petit bouquin ne jouit pas d’un gros potentiel séduction. Mais le fond donne un sens à la forme. Peu de chances d’y rester insensible. Ce qui est incroyable, c’est que Raphaël Terrier, sans doute inconsciemment, rend hommage à sa mère, un hommage douloureux. C’est à cause d’elle qu’il a réalisé ces 94 pages. À cause d’elle aussi qu’il a grandi plus vite que la plupart des petits garçons. C’est le drame familial qui l’a fait se révéler. Ce n’est peut-être pas le message qu’il a voulu faire passer, mais il passe quand même. Les parents, quoi qu’ils fassent, quel que soit le mode d’éducation choisi, ont un impact sur le développement psychique de leur enfant. Aujourd’hui Raphaël a 22 ans, une carrière devant lui et une mère derrière. Mais elle aura été, et sera certainement toujours, son moteur.

(par Nicolas Fréret)

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