"Ada" de Barbara Baldi (Ici-Même) - Portrait de l’artiste en jeune femme

7 janvier 2020 0 commentaire
  • Le récit de l’émancipation d’une femme et un hommage vibrant à la peinture, porté par les sublimes dessins de Barbara Baldi.

Ada vit seule avec son père dans une maison isolée au cœur des bois, en Autriche près de Vienne. Travaux harassants de la ferme, entretien du foyer et brimades quotidiennes sont le lot de la jeune fille. Soumise à la brutalité paternelle, Ada rêve de s’échapper. Elle trouve refuge dans une cabane pour peindre en secret.

"Ada" de Barbara Baldi (Ici-Même) - Portrait de l'artiste en jeune femme
Lumineux portrait en pleine page d’Ada - © Barbara Baldi - Ici-Même

La forêt qui l’environne est une source d’apaisement lors de ses marches avec la seule compagnie de sa chienne. C’est une nature providentielle qui lui fournit les matériaux pour confectionner ses propres couleurs. Mais c’est aussi une prison qui, tout en la protégeant de la Première Guerre Mondiale qui frappe l’Europe, la coupe de toute vie sociale et culturelle.

L’art d’Ada est une échappée vers ce monde qu’elle a connu dans une vie antérieure, à Vienne, où elle étudiait à l’École des Beaux-Arts. Significativement, ce ne sont pas les paysages qu’Ada reproduit dans ses toiles, mais des portraits de femmes élégantes. Son auto-portrait est également un sujet de prédilection et un signe de résilience.

Ada © Barbara Baldi - Ici-Même

Ce beau récit tient du conte, par la vie misérable dans les bois et l’absence de la mère. Personnage aigri et autoritaire, le père d’Ada évoque l’ogre par sa brutalité et son appétit démesuré. Il est aussi le symbole de la domination patriarcale et de l’obscurantisme, écrasant toute sensibilité et prenant plaisir à brimer Ada.

Telle Cendrillon, celle-ci rêve d’aller au bal, c’est-à-dire de retrouver la vie mondaine et surtout l’effervescence culturelle qu’elle a dû abandonner en quittant Vienne. Celui qui fait office de prince est le mystérieux « E. » qui fournit Ada en matériel de peinture par l’intermédiaire d’un arbre creux.

Ada © Barbara Baldi - Ici-Même

Le réel fait intrusion dans le conte lorsqu’Ada et son père se rendent à Vienne pour vendre les produits de la ferme. Ada saisit l’occasion de retrouver E., qui n’est autre que le peintre Egon Schiele. Mais Schiele et ses amis artistes sont impuissants à libérer Ada de l’emprise paternelle. C’est seule, poussée à bout par son père, qu’elle parvient à lui résister et à acquérir sa liberté, quel qu’en soit le prix. Le conte devient ainsi le récit de l’émancipation d’une femme qui échappe à la tutelle paternelle pour trouver sa voie.

Porté par une incroyable force poétique, la beauté des images et les sublimes couleurs de Barbara Baldi, cet album constitue aussi une ode à la peinture. Au-delà de l’histoire d’Ada, l’album se feuillète comme le carnet de croquis d’une nature enchanteresse, le passage des saisons rythmant la vie de la ferme et les couleurs des vignettes.

Rencontre avec les figures de l’Art Viennois du début du XXè siècle © Barbara Baldi - Ici-Même

Chaque case peut se lire comme un tableau à part entière. Le découpage, plus resserré lors des rares dialogues, offre de larges espaces où se déploient une atmosphère et des décors somptueux. Parfois, une page entière est consacrée à un paysage saisissant ou délicat, à un portrait d’Ada, un moment de grâce.

L’album tient ainsi du livre d’art par son dessin sublime et les nombreux clins d’œil aux classiques de la peinture, l’art Viennois en tête. La jeune Ada aux champs rappelle Les Glaneuses de Millet, les toiles les plus célèbres d’Egon Schiele sont disposées dans son atelier, sans oublier les femmes présentes, dont Emilie Flöge, célèbre muse de Gustav Klimt qui semble sortie de sa toile pour encourager Ada.

Ada © Barbara Baldi - Ici-Même
Ada © Barbara Baldi - Ici-Même
Ada © Barbara Baldi - Ici-Même

(par Lise LAMARCHE)

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"Ada" de Barbara Baldi
Traduit de l’italien par Laurent Lombard
Couverture cartonnée, 21,5 x 30 cm, 120 pages couleur
24 euros

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