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Adèle Blanc-Sec, un divertissement réussi

  • Sortie ce mercredi de l’attendue adaptation d’Adèle Blanc-Sec par Luc Besson. Un pari osé, mais globalement réussi, le film assumant son objectif premier: divertir.
Adèle Blanc-Sec, un divertissement réussi
Chaque année, un dessinateur signe l’affiche du BIFFF. Après Moebius, Franquin, Jacobs, Sokal, Swolfs et bien d’autres, cette année, c’est Mauricet qui s’y colle !

Pour les non-initiés, le BIFFF est le Festival International de Film Fantastique de Bruxelles. Depuis près de trente ans, c’est un rendez-vous incontournable pour les amateurs de films fantastiques qui aiment s’émouvoir et frissonner. C’est également un lieu où l’on ne se prend pas au sérieux : certains spectateurs se déguisent, les commentaires fusent pendant les projections, c’est le divertissement qui prime !

Une ambiance qui convenait tout particulièrement à l’avant-première du dernier film de Luc Besson : Les Aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec. Accompagné de Louise Bourgoin et de Jean-Paul Rouve, le cinéaste déclarait : « J’aime retourner les situations : montrer la force des femmes pourtant qualifiées de “sexe faible”. Et je voulais aussi montrer qu’une aventurière intrépide réveillant des momies peut avoir des larmes au bord des yeux lorsqu’on touche à quelqu’un qui lui est proche. »

Une série mythique

Un livre format bd 64 pages pour décrire le personnage de Tardi et son adaptation par Besson

Pour rappel, Jacques Tardi créa avec Adèle Blanc-Sec une des premières héroïnes de la bande dessinée moderne. Véritable garçon manqué, Adèle est dotée d’un caractère bien trempé résolument anti-conventionnel. Au cours de ses aventures qui débutèrent en 1976, elle fait la rencontre d’une série de personnages et de créatures aussi étranges qu’extravagantes.

Cette série est avant tout un hommage aux feuilletons fantastiques qui passionnaient le public de la Belle Époque : déguisement, trahisons, rebondissement, meurtres et monstres en cascade. Tardi se plaît à reconstituer le Paris du début du siècle, ne manquant pas d’écorcher au passage les forces de l’ordre et les personnes soi-disant bien pensantes.

Une adaptation réussie

Louise Bourgoin, Jean-Paul Rouve et Luc Besson
© CL Detournay

C’était sans nul doute une véritable gageure que de vouloir adapter la série de Tardi. Besson y est parvenue en respectant aussi bien l’univers que les personnages, tout en rajoutant ses propres éléments pour fournir un film divertissant qui conserve les qualités de l’œuvre initiale : un fantastique burlesque, une grande fantaisie et un discours anarchiste piquant.

Si le film reprend quelques idées du quatrième volume de la série, Momies en Folie, c’est principalement le premier opus, Adèle et la bête, qui est adapté. Entraîné par la musique d’Éric Serra, l’action est concentrée sur certains des rebondissements les plus feuilletonnesques de la série qui, sans cela, auraient alourdi l’intrigue. On ne lit pas un livre comme on regarde un film et, même si quelques raccourcis frisent l’invraisemblance, l’ensemble conserve donc un ton bon enfant.

Effectivement, on comprend rapidement que Besson a banni le côté sérieux de la fidélité à l’œuvre pour communier à nouveau avec le public. Certains dialogues sont savoureux et le sens de la formule marqué par les quelques phrases mises dans la bouche d’Adèle font tout l’attrait du personnage. En outre, les effets spéciaux sont particulièrement réussis ; on en aurait sans doute pu en réduire une partie, mais le spectacle était à ce prix.

L’action se transporte en dehors de Paris, lors d’une recherche de momie plutôt mouvementée

De plus, le Paris du début du siècle est superbement mis en scène. On entre directement dans cette époque à la fois insouciante et fantastique, grâce à un minitieux travail de palette graphique : « Près de deux cents personnes travaillaient quotidiennement à cette transformation », explique le réalisateur. « Il fallait rajouter le pavé sur le goudron, enlever les feux rouges, les panneaux de circulation, les parcmètres, les paraboles, les enseignes lumineuses et la rampe de bus pour rendre l’aspect historique à Paris. Nous avons aussi changé les lampes de l’éclairage public, arrosé la Place de la Concorde et divers autres lieux, tandis qu’une centaine de figurants se chargeaient d’y mettre de la vie. Mais quel plaisir pour le réalisateur, et je pense, pour le spectateur ! »

Enfin, Besson se permet toute une série de clins d’œil pour faire jouer avec le public, qu’il soit bédéphile ou pas. Bref, un film où l’on rit, on s’amuse, on se détend sans se prendre la tête.

Un casting judicieux

Plus que les effets spéciaux ou la reconstitution historique, ce sont réellement les acteurs qui portent le film. Louise Bourgoin est tout simplement radieuse de bout en bout, dégageant une attitude mi-volontaire mi-mutine, sans trop jouer de son physique. On pouvait néanmoins se demander pourquoi avoir choisi une actrice aussi féminine pour camper l’une des héroïnes les plus masculines de la bande dessinée mais, en plus de sa ressemblance avec le personnage dans ses premiers albums, l’actrice porte avec panache les chapeaux extravagants d’Adèle, campant son anti-conformisme avec sincérité et conviction : une réelle réussite !

« J’avais lu ses d’albums lorsque j’avais dix-huit ans », nous a confié Louise Bourgoin. « Ce qui m’avait particulièrement plu dans le personnage, c’est qu’Adèle se situe en marge des stéréotypes féminins : grande gueule, aventurière et téméraire. Une femme moderne pour son époque et qui ne perd pas de temps dans mes mièvreries sentimentales, ce qui est plutôt pour me plaire !

Besson a pourtant modifié en profondeur le personnage de Tardi, la rendant beaucoup plus humaine, voire parfois burlesque dans ses réflexions et des déguisements très ‘Chaplin’.

« Adèle est plus complexe dans le film », explique Louise Bourgoin, « car dans les albums, elle montre un mauvais caractère, mais n’a réellement pas de personne qui lui soit chère à laquelle elle se rattache. Dans le film, au contraire, il y a un enjeu plus sentimental tout en continuant à faire en sorte qu"elle se cache derrière ses activités débordantes et son caractère trempé. J’adore me déguiser, passer du rire aux larmes, j’ai donc été ravie de la palette d’émotions et d’actions qu’on me donnait à jouer. »

« J’ai relu les albums avant de jouer, et je me suis focalisée sur son mauvais caractère et ses airs de garçon manqué : deux éléments que je tenais à préserver. Au quotidien, je reste naturelle, n’aimant pas jouer dans la séduction, et c’est sans doute pour cela que je me suis sentie si proche du personnage. »

Le reste de la distribution est globalement à la hauteur de ce premier rôle : les acteurs ont accentué un jeu burlesque pour entrer dans le ton de la série. Le casting et un bon travail de maquillage ont également été entrepris pour ‘coller’ au faciès des personnages de l’album, comme le présente le site du film. Une attitude aussi respectueuse qu’utile : Tardi ayant accentué le physique de l’emploi de ces différents intervenants.

Gilles Lelouch et Jean-Paul Rouve tentent d’appâter la bête ...
Benjamin Legrand signe le roman du film, juste retour des choses car Tardi illustra son scénario Tueur de Cafards

Ainsi, même s’il ne joue qu’un second rôle, Jean-Paul Rouve campe idéalement le chasseur St-Hubert, parfaitement imbu de sa personne. Il nous déclarait : « Le cinéma de Luc Besson, avec des films tels que “Subway” ou “Adèle Blanc-Sec”, est parfois difficilement classable dans des catégories. Cela a renforcé mon envie de tourner avec lui. »

Chaque film réalisé par Luc Besson possède son propre caractère. Son adaptation d’Adèle Blanc-Sec est plus que convaincante, elle est réussie. Certes, les répliques ne deviendront sans doute fétiches et le succès n’atteindra pas celui du Grand Bleu, mais le réalisateur voulait offrir un pur moment de divertissement au public. Une mission accomplie, que l’on soit lecteur de bande dessinée ou non.

Face à la question de savoir si deux autres films seront tirés de la saga, comme Tardi et Bourgoin le supposent, Luc Besson, prudent, attend plutôt le verdict du public, mais il est clair que la technique de la 3D pèse de plus en plus sur son imaginaire…

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Lire notre interview de Luc Besson
Lire notre article annonçant le tournage du film
Lire une interview de Jacques Tardi : « J’arrête Adèle Blanc-sec »

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Images du film © Europa Corp.

 
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5 Messages :
  • Adèle Blanc-Sec, un divertissement raté...
    8 février 2012 19:07, par Steven

    ce film est complétement raté... on se demande ou est passé le Besson "du dernier combat", même si cela fait bien longtemps qu’on l’a perdu, on espère toujours un peu... le jeu d’acteur est catastrophique, on est bien loin de la bédé, dans les esprits et dans l’histoire. Oui les effets spéciaux sont réussis mais cela ne suffit pas a faire un film bien heureusement. Bref désolé d’être si méchant, mais je ne comprend pas tant d’éloge et encore moins qu’on est pu apprécier un spectacle aussi ridicule et affligeant. Pauvre Adèle...

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    • Répondu par Fred le 8 février 2012 à  23:51 :

      Ce film est très réussi, totalement dans l’esprit feuilletoniste de la BD, Louise Bourgoin est parfaite, vous êtes un pisse-froid.

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      • Répondu par Steven le 9 février 2012 à  14:29 :

        je suis désolé que vous le preniez ainsi, je n’ai en aucun cas voulu blesser les fervents défenseur et spectateurs de ce genre de divertissement, mais malheureusement vous ne parviendrez pas à me faire changer d’avis sur le sujet.

        Que je sois ennuyeux et dur est peut être une chose, mais je ne me suis rarement autant ennuyé que devant ce film froid, où la mise en scène vulgaire et simpliste rend le scénario d’une platitude extrême.

        Je ne suis néanmoins pas étonné qu’il ait plu, les images sont parfaitement réussis, les décors aussi, ainsi que les effets spéciaux, mais je me répète sans doute en soulignant qu’un film n’est pas seulement une image, mais un ensemble de critères qui le rendent efficace.

        Je pense peut être qu’un financement trop important fait oublier le sens même de l’art, à des fins de grand spectacle, ce que je regrette énormément. L’argent ne suffit malheureusement pas a sauver tous les films, ce que les gens aujourd’hui ont tendance à oublier, en se précipitant sur ce qui à couté le plus cher.

        Je précise que les financements sur un film aujourd’hui ne sont que rarement attribué en fonctions du projet, mais plutôt en fonction de ce qu’il rapportera, et donc des noms qui seront sur l’affiche.

        Désolé je m’égare, mais j’ai l’impression qu’il est très mal vu de dénigrer un film sous prétexte que la réalisation est porté par un grand nom du cinéma.

        L’avis que l’on a d’un film avant sa sortie ne devrait pas nous empêcher d’être objectif une fois qu’on l’a vu.
        j’attendais avec impatience le sortie "d’Adèle", mais la déception l’a emporté sur le reste une fois dans la salle de projection.

        Voila, je voulais juste apporter une contre balance à l’article élogieux ci dessus, bien que mes critères soient sans doute trop intellectuels et engagés et oublient un autre des fondement du cinéma qu’est le divertissement.

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        • Répondu par Laurent le 9 février 2012 à  17:06 :

          Besson est un très mauvais réalisateur, mais ce film est réussi, c’est un excellent divertissement, un vrai film d’aventure, respectant la bande dessinée (d’ailleurs Tardi cautionne le film en y apparaissant avec sa compagne). Les acteurs sont très bien, à commencer par Louise Bourgoin qui est très drôle et a de l’abattage. Vous n’êtes peut-être pas le public cible, mais ce film a plu à mes enfants, ma femme et moi, que demander de plus, on a même acheté le DVD et les enfants ont lu les albums depuis.

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  • Besson devrait produire la suite d’Adèle Blanc-Sec, mais il ne sait pas encore s’il le réalisera lui-même (j’espère), avec toujours Louise Bourgoin dans le rôle.

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