Adventureman T. 1 : La Fin et tout ce qui s’ensuit - Par Matt Fraction et Terry Dodson - Glénat.

18 mars 2021 4
  • La toute dernière collaboration de Matt Fraction et Terry Dodson vient de sortir! Partant à l'assaut du genre Pulp façon année 30, le duo nous offre 150 magnifiques pages qui font saliver en attendant la suite de ce qui s'annonce comme un de leur projet les plus ambitieux...

Adventureman, c’est un héros comme on n’en fait plus : il est grand, il est beau, il est fort et il est intelligent ! À l’aide de son super-sérum, mais surtout de ses supers compagnons de Adventum Worldwide, il se dresse face aux plus dangereuses des menaces, tel le terrible Baron Bizarre, héraut de l’Ultranéant qui ne cesse de comploter pour la fin du monde…

Mais ce n’est pas son histoire qui nous intéresse, mais celle de Claire Connell, simple libraire de New York dont la discrétion détonne dans sa turbulente famille. Les Connells après tout, ce n’est pas moins de sept sœurs adoptives, un père policier à la retraite, et un petit fils à l’œil brillant, Tommy, qui a fait d’Adventureman son idole. Autant vous dire que les traditionnels dîners du vendredi soir prennent vite des allures de foire, chacun y allant de sa petite aventure quotidienne et, avec les architectes renommés, les avocats ou les sportifs multi-médaillés qui sont autour de la table, les récits sont plus excitants les uns que les autres !

Sauf Claire, qui semble cultiver la banalité au grand dam de sa famille. Elle n’aspire à rien de plus que s’occuper tranquillement de la librairie de feu sa mère, de son fils et à esquiver le grand tumulte de la vie new-yorkaise. Fort heureusement, il est plus facile pour elle d’échapper à son bruyant entourage que pour n’importe qui d’autre, car Claire est sourde ! Et elle ne se prive pas d’éteindre son sonotone lorsque l’animation se fait trop importante autour d’elle…

Adventureman T. 1 : La Fin et tout ce qui s'ensuit - Par Matt Fraction et Terry Dodson - Glénat.
©Glénat

Mais vous vous doutez bien, un destin capricieux vient soustraire à Claire sa tranquillité sous la forme d’une mystérieuse femme qui vient déposer un non-moins mystérieux ouvrage dans sa librairie. À partir de là, tout dérape : elle fait face à d’étranges hommes-insectes, pénètre dans des immeubles que personne ne voit... Claire renoue malgré elle avec un quotidien plein d’aventures et d’imprévus qui va l’emmener à la frontière entre la réalité et la fiction. Le tout conduit par une histoire que tout le monde, elle y compris, semble avoir oubliée.

La librairie de Claire est en effervescence aujourd’hui...
©Glénat

Adventureman, c’est un projet qui a plus de dix ans, et nos auteurs peuvent se féliciter du résultat ! Matt Fraction (Sex criminals, Hawkeye), et Terry Dodson (Songes, Les Quatre Fantastiques) nous livrent un univers riche, haut en couleurs, et surtout très prometteur ! Fraction inscrit explicitement son récit dans la lignée des récits d’aventure Pulp des années 1930, comme Doc Savage (Lester Dent) ou The Spider (Norvell V. Page), avec pour ambition de détourner les codes de ceux-ci dans un récit palpitant mais débarrassé des reliquats sexistes et coloniaux de l’époque. De ce côté-là, c’est mission accomplie !

Notre protagoniste, Claire, est une mère célibataire qui ne jure que par la prudence et le calme tout en parvenant à s’imposer comme un personnage fort et plein de ressources. Ni sexualisée, ni essentialisée, souffrant même d’un handicap habilement exploité dans l’intrigue, la libraire new-yorkaise est aux antipodes des musculeux explorateurs qu’incarne Adventureman. C’est une bouffée d’air frais qui s’accompagne de toute une galerie de personnages excentriques mais tendrement attachants, même pour les plus clichés d’entre eux.

Le casque sur la tête, le pantalon rentré, les rétroviseurs bien ajustés, Claire est prête pour l’aventure !
©Glénat

Le tandem des Dodson au dessin abat ici un travail époustouflant : l’encrage de Rachel, la colorisation et le trait arrondi caractéristique de Terry, tout épouse parfaitement la bonhomie ambiante du casting et donne à tout ce beau monde une incroyable vitalité. Les décors sont magnifiques, que ce soit la petite librairie de quartier de Claire, la gigantesque maison des Connell, ou encore l’imposant gratte-ciel Art déco qui sert de QG à Adventureman.

Le découpage dynamique des planches est appuyé par le lettrage intelligent de Clayton Cowles (comme les bulles transparentes de la fantomatique Phaedra). Bref, on ne voit pas passer ces 150 pages toutes plus belles les unes que les autres. Mais aussi agréable que fut le voyage, la destination laisse un goût doux-amer dans la bouche…

Presque sûre que ca n’y étais pas avant...
©Glénat
Adventureman, déterminé à employer tous les moyens pour triompher du Mal
Photo par Sacha Puaux

En effet, il est difficile de se défaire à la fin du volume d’un sentiment de frustration. Dressant en parallèle le portrait d’Adventureman et des Connell dans une symétrie qui rapproche autant qu’elle sépare les deux groupes, l’incroyable richesse de l’univers camoufle un développement lent dont on attend encore l’envol. C’est malheureusement un travers qu’on ne peut éviter lorsque l’on met en place un monde aussi riche et ambitieux que celui d’Adventureman. Nous présenter tous ces personnages et leurs dynamiques laisse peu de place au développement d’une intrigue.

Il s’en passe pourtant des choses ! Mais rien n’y fait, on s’arrête là où on s’attendrait à ce que l’aventure commence. Ce premier volume fait donc figure d’introduction, avec la part de merveilleux et de frustration que comporte tout potentiel (encore) non réalisé. Tous les ingrédients sont là, il ne nous reste plus qu’à espérer que le bijou de narration que polit patiemment Fraction soit à la hauteur de l’écrin de papier délivré par Dodson. À surveiller de (très) près !

Exposition Dodson à la Galerie du 9e Art à Paris

Pour accompagner la sortie d’Adventureman, Terry Dodson a été l’invité d’honneur de la Galerie 9e art (Paris) le temps d’une exposition/vente du 11 au 27 février dernier. Y étaient exposées une vingtaine de planches originales d’Adventureman, accompagnées de plusieurs autres issues d’anciennes collaborations de Terry Dodson comme Les 4 Fantastiques, les X-men ou encore Wonder Woman. Toutes en noir et blanc et d’une dimension de 48x33 cm, ces magnifiques planches donnaient à la nouvelle publication de Dodson une toute autre ampleur, notamment les deux imposantes doubles-pages représentant New York en flamme. À couper le souffle !

Adventureman n’est pas le seul héros à l’honneur !
Photo par Sacha Puaux

Pour tous les yeux donc, mais pas tous les portefeuilles ! Pour les quelques retardataires qui souhaitent encore acquérir quelques-unes de ces planches originales magnifiquement encrées par Rachel Dodson où l’on peut toujours apercevoir les traces de sketch de Terry, il est encore possible sur le site de la galerie de parcourir le catalogue de l’exposition. Mais, clairement, il n’y en aura pas pour tout le monde !

Suspendues au mur, les planches originales de Terry Dodson
Photo par Sacha Puaux

(par Sacha Puaux )

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