Ainsi soit Benoîte Groult - Par Catel - Éditions Grasset

23 décembre 2013 10 commentaires
  • Poursuivant sa série de biographies de femmes : Kiki de Montparnasse, Olympe de Gouges, et bientôt Joséphine Baker..., Catel nous livre aujourd'hui la biographie d'une des grandes figures du féminisme en France. Un livre fait pour elle, avec elle et même... contre elle !

Benoîte Groult ? Connais pas. En plus, elle nargue le lecteur en couverture : "Je n’aime pas la bande dessinée", dit-elle. Mais je connais les livres de Catel sur les grandes figures féminines de l’histoire. Ils m’ont fait découvrir des personnages inconnus, mais passionnants, d’une liberté assumée au service d’une cause évidente : la reconnaissance de la juste place des femmes dans notre société.

Ainsi soit Benoîte Groult - Par Catel - Éditions Grasset

Différence entre cette femme-ci et les précédentes : elle est bien vivante (93 ans aux chanterelles) et l’auteure l’a rencontrée. On découvre ainsi une "personnalité" dans tous les sens du terme. Fille d’une créatrice de mode renommée, Nicole Groult, et d’un designer réputé, André Groult, latiniste distingué, la jeune femme se retrouve ballotée dans ce milieu bourgeois entre une femme peu démonstrative de son "rôle" de mère et un père aimant et effacé. Là-dessus viennent les années folles puis la guerre où la jeune femme est amenée à fonder un foyer, ce qu’elle fait en prenant des chemins de traverse pas vraiment convenus, ni même parfois convenables : mariée, remariée, vivant en couple libre...

On la découvre bientôt écrivant des livres, figure du féminisme de l’après-guerre, multipliant les actions médiatiques, les conférences pour les droits des femmes. C’est elle qui écrit la première biographie d’Olympe de Gouges qui inspira le roman graphique éponyme de Catel et Bocquet (Casterman).

François Mitterrand lui propose une place au gouvernement. Elle refuse poliment mais accepte de présider une commission qui statue sur la féminisation des noms de métier. Sous son impulsion, on écrit désormais : écrivaine, madame la ministre, mais aussi maïeuticienne à la place de "sage-femme", ce qui permet à l’homme qui pratique ce métier d’être un maïeuticien. Les réactions seront virulentes, on parle au sujet de sa commission de "précieuses ridicules", de "clitocratie"... Les forums d’ActuaBD ne sont pas exempt d’intervenants récents faisant la démonstration d’une pareille bêtise. Rien que pour cela, ce livre est utile.

Plus tard, le ministre de la culture, Frédéric Mitterrand, neveu du président socialiste, la nommera, sans faire la faute, commandeure de la Légion d’Honneur...

Même si ce livre souffre parfois de longueurs, on n’échappe pas quelquefois au name dropping, et même si on sent l’auteure vraiment contente de fréquenter cette grande dame, il n’en reste pas moins que l’on en apprend beaucoup, d’une façon enjouée et drôle, sur l’histoire et la philosophie de la cause féministe. On frémit à l’idée qu’avant la légalisation de l’Interruption Volontaire de Grossesse (IVG) et l’abolition de la peine de mort, des femmes ont été guillotinées parce qu’elles avaient décidé d’avorter...

Il est des livres qui sont salutaires. Ainsi soit Benoîte Groult en est un.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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Illustrations : © Grasset

 
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10 Messages :
  • Ainsi soit Benoîte Groult - Par Catel - Éditions Grasset
    23 décembre 2013 09:48, par Yaneck Chareyre

    Ah, j’ai hâte de le lire, cet ouvrage fort utile. J’aime beaucoup le trait de Catel et son travail sur Olympe de Gouge est passionnant.

    Bien joué, le clin d’oeil au machisme potentiel des forums actuabd, c’est tout à votre honneur de le mettre en avant.

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    • Répondu par Zahra le 23 décembre 2013 à  11:34 :

      Vous avez bon goût, j’aime beaucoup le trait de Catel aussi, et celui de Vincent Perriot.

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  • nommera, sans faire la faute, commandeure de la Légion d’Honneur...

    Pourquoi "commandeure" et pas "commandeuse" qui serait plus logique. Vouloir autant coller au terme masculin est incohérent avec le but qui est de la féminiser.

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    • Répondu par Aurélien PIGEAT le 23 décembre 2013 à  15:03 :

      Parce que, et ça prolonge l’autre débat sur l’autre sujet, en français, pour les néologismes, lorsqu’il y a dérivation, c’est l’usage qui dicte la façon de faire, et l’usage va au plus simple, ici le "-e" en plus. Pour les nouveaux verbes, construits sur de nouveaux substantifs, c’est le premier groupe qui s’impose comme norme la plupart du temps.

      On peut vouloir inventer d’autres formes, en "-euse" ou "-trice", mais elles ne prennent guère en règle générale car, malgré des effets d’écho évidents avec d’autres mots assez proches du point de vue des sonorités, elles ne tirent pas leur légitimité d’une évolution historique phonétique qui justifierait cette forme plutôt que celle, plus simple, du "simple" marqueur féminin ajouté.

      L’Académie Française - et avec elle ceux qui s’appuient sur ses "travaux" - ne cesse de se ridiculiser décennie après décennie, autant lorsqu’elle se veut prescriptrice (pensons à la glorieuse réforme de 1990 et son fameux nénufar) que lorsqu’elle se prétend gardienne du Temple, comme sur le féminin, faisant de la conservation des règles, de la mise en avant de valeurs ignorées par le plus grand nombre (valeur de neutre du masculin en français), des alibis à la misogynie. Elle se contente en réalité d’entériner trente ans après les emplois passés dans l’usage courant. Sur le féminin, ses premiers émois datent du débuts des années 1980, le rappel à l’ordre effarouché de 2002 : on arrive aujourd’hui à un seuil critique et je ne serais pas étonné d’un prochain revirement spectaculaire de cette grande institution sur la question...

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      • Répondu le 23 décembre 2013 à  15:48 :

        quel remue-ménage et remue méninges pour ajouter un E à "écrivain" alors que dans d’autres langues comme l’hébreu ou l’arabe, "écrivaine" est un mot comme un autre.

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      • Répondu le 24 décembre 2013 à  00:53 :

        On peut vouloir inventer d’autres formes, en "-euse" ou "-trice",

        Ce n’est pas inventer d’autres formes, ce sont les formes courantes du féminin dans la langue française, instituteur/institutrice, chercheur/chercheuse. À ma connaissance, jamais on n’a demandé de dire instituteurE ou chercheurE pour les femmes qui excercent ces métiers, il faut rester cohérent.

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        • Répondu le 24 décembre 2013 à  14:24 :

          Un féminin en "-eure" permet à certains de garder une illusion de masculin à l’oral ;-)

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      • Répondu par KP le 24 décembre 2013 à  19:20 :

        C’est vrai enfin, c’est très très misogyne et réactionnaire que de trouver ridicule et vain cette mode d’inventer des néologismes ou d’appeler un chat, un chien...
        Benoite Groult auteure, écrivaine, littérateuse, romantrice, etc... cela reste "un" style lourdaud et des romans convenus au diable.

        On aura beau rajouter un "e", un "euse" ou un "trice" par complaisance, rien n’y changera^^

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        • Répondu par Michèle le 25 décembre 2013 à  18:07 :

          Franchement, s’il y a bien une femme qui s’est battue pour faire avancer la condition des femmes et pour le droit à l’avortement c’est Simone Weil moins "people" que ... Benoîte Groult et sa vie amoureuse avec des hommes connus (évidemment)
          On reste ici dans l’ anecdotique...(y a des gens qui adorent)

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  • On frémit à l’idée qu’avant la légalisation de l’Interruption Volontaire de Grossesse (IVG) et l’abolition de la peine de mort, des femmes ont été guillotinées parce qu’elles avaient décidé d’avorter...

    Aujourd’hui, l’Espagne revient en arrière en criminalisant à nouveau l’IVG...

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