"Airborne 44" : toutes les contradictions de la guerre !

22 octobre 2019 0 commentaire
  • "Airborne 44" est une série consacrée à la guerre, mais qui réussit à éviter le piège du manichéisme, sans rien cacher cependant de l’horreur de ce conflit sur les cendres duquel notre présent s’est construit.

Grâce à un dessin à la fois réaliste et très souple, avec un sens du mouvement et du paysage doublée d’une attention toute particulière portée aux couleurs, Philippe Jarbinet a créé avec Airborne 44 une saga qui s’intéresse, d’abord et avant tout, aux êtres humains, à ceux que la guerre manipule, qu’ils soient d’ici ou d’ailleurs, vainqueurs ou vaincus.

S’éloignant ainsi du tout au tout des iconographies qu’on pourrait qualifier d’officielles, avec des bons et des méchants, des héros et des traîtres, des assassins et des sauveurs, Philippe Jarbinet nous offre une galerie de personnages bien plus qu’un panorama d’une époque sans âme ni espoir.

"Airborne 44" : toutes les contradictions de la guerre !

Ce tome 8 mélange ainsi les époques, passant de la guerre à la paix. Il débute par une scène apaisée, apaisante, un paysage dans lequel des cerfs vivent en harmonie. Mais cet album se termine aussi par les mêmes cerfs s’affrontant sans pitié… Comme pour nous signifier que toute paix mène, de façon tristement inéluctable, au conflit…

Philippe Jarbinet
Photo : Charles-Louis Detournay.

Les personnages sont au centre de cette série. Ce qui est surtout vrai, bien évidemment, pour les anonymes soldats qui, même en cherchant à vivre, ne font finalement que subir un destin qui sans cesse les agresse. Mais c’est aussi le cas pour bien d’autres personnages historiques, connus et reconnus, et qu’on aperçoit ici et là au fil du récit, au hasard des rencontres. C’est ainsi que Von Braun apparaît dans cet huitième opus. Un Von Braun dont on sait aujourd’hui la cruauté dont il a fait preuve pendant cette guerre 40/45, dans ses efforts pour construire une nouvelle arme nazie redoutable. Un Von Braun qui, cependant, ne fut pratiquement pas inquiété, puisque les Américains avaient besoin de lui pour cette arme sans doute, mais aussi et surtout pour un rêve vieux comme le monde : aller sur la lune ! Von Braun devenant ainsi l’étrange symbole d’un cauchemar effacé au profit d’une ambition presque poétique…

Et à ce titre, ce qui plaît énormément dans cette série et, singulièrement, dans cet opus-ci, c’est l’art de Philippe Jarbinet pour créer des ponts entre hier et aujourd’hui… En nous parlant de la conquête spatiale, certes, mais en abordant aussi, en fond du récit, les hoquets dont l’Histoire semble, de nos jours, de plus en plus atteinte.

Sur nos ruines : tel est le titre de ce huitième album qui doit être lu dans la continuité du précédent tome 7, Génération perdue. NOS ruines, car ces destructions ne furent, en effet, pas imputables qu’à un seul camp. Des ruines sur lesquelles l’humain se doit de reconstruire les paysages de l’espérance et de l’humanisme. Des ruines qui, elles aussi, en rappellent déjà d’autres, qui prennent vie aujourd’hui, qui se préparent à envahir nos lendemains.

Et c’est dans ces rapports constants, discrets ou frontaux, des rapports dont Philippe Jarbinet aime parsemer ses livres, c’est dans cette construction narrative comme en miroir de ce que nous sommes au présent, c’est dans tout cela que Airborne 44 se révèle une série intelligente, puissante, et même didactique !

Propos recueillis par Jacques Schraûwen.

(par Jacques Schraûwen)

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Airborne 44 tome 8 : Sur Nos Ruines - par Philippe Jarbinet (Casterman) : 58 pages et un cahier graphique. (paru en mai 2019)

A propos du même album, lire notre autre chronique : Bande dessinée et résistance (2/2) : Figures héroïques

Sur la même série, lire :
- notre chronique des tomes 3 et 4 d’Airborne 44 : En dépit du retour de la Première, la Seconde Guerre mondiale fait toujours recette
- une précédente interview de Philippe Jarbinet : « Les auteurs doivent aborder des projets qui leur tiennent à cœur ! »
- notre précédente chronique des tomes 7 et 8 d’Airborne 44 : Airborne 44, une plongée vers l’horreur de la guerre

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