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Akim – Par Roberto Renzi et Augusto Pedrazza – Ed. Robinson

  • « Tarzanide » italien publié en petits formats en France entre 1958 et 1986, Akim est sans aucun doute LE grand succès de ces publications pour les kiosques de gare avec 756 fascicules au compteur, au rythme de deux numéros par mois. Robinson les republie en recueils relativement luxueux de 368 pages en noir et blanc. Le deuxième tome de la collection paraîtra le 25 août prochain.
Akim – Par Roberto Renzi et Augusto Pedrazza – Ed. Robinson
Le N°1 d’Akim en France en 1958 publié par Mon Journal (Aventures & voyages)

S’il y a bien une démonstration de la « gentrification » de la bande dessinée dont parlait Jaime Bonkowski de Passos dans nos pages, c’est bien cette réédition de la série Akim. Vendue à ses débuts 50 anciens francs par numéro, soit 91 centimes d’euro en tenant compte de l’inflation, la série Akim remporta un immense succès jusqu’en 1986. Elle est aujourd’hui vendue à… 19,95€ pour l’équivalent de quatre numéros.

Les déclinistes et les protectionnistes peuvent y aller de leur petit couplet : bien avant les mangas, il y avait cette littérature plébiscitée par les jeunes têtes blondes à coup de centaines de milliers d’exemplaires vendus chaque semaine par Mon Journal, Arts et voyages, Impéria, Artima, la SAGE, LUG, les éditions du rempart, etc. [1].

Cette bande dessinée populaire à bas prix, honnie par les éducateurs (mais aussi par les historiens angoumoisins de la BD si l’on en croit leurs centres d’intérêt) était, elle aussi, d’origine étrangère puisque l’essentiel de ces publications venaient d’Italie depuis l’entre-deux-guerres. On notera que cela n’a pas empêché la BD franco-belge de croître et de prospérer à la même époque… Comme quoi le mythe du "grand remplacement"...

Créée en 1950 en Italie, Akim ne traversa les Alpes qu’en 1958, mais il resta longtemps en France ! La version italienne est publiée dans un format... italien !
© Renzi & Pedrazzi. DR.

On pointe aussi du doigt la production industrielle des mangakas qui accouchent jusqu’à 80 planches par mois, aidés par quelques assistants. Mais le scénariste Roberto Renzi et le dessinateur Augusto Pedrazza produisaient davantage encore pour leurs fascicules d’Akim : 50 pages tous les 15 jours, ce qui n’empêcha pas Pedrazza de réaliser les premiers numéros d’une autre série mythique qui a marqué la génération kiosque : Zembla.

En fait, la France a simplement perdu la notion de bande dessinée populaire. Outre leurs qualités et l’intelligence de leur marketing, les mangas offrent aujourd’hui une BD à bas prix, la moitié d’un album de BD franco-belge, mais… cinq fois plus cher qu’un fascicule italien au milieu des années 1950 !

Le N°1 d’Akim en France en 1958 publié par Mon Journal (Aventures & voyages)

Des « tarzanides » à la pelle !

Akim est clairement un clone de Tarzan, le personnage d’Edgar Rice Burroughs créé en 1912. Tout y est : l’enfant noble échoué sur une île déserte qui parle aux animaux de la jungle, la peau de léopard, le physique athlétique et le menton rasé de près. Lord Greystoke devient ici le comte Rank dans des aventures échevelées aux personnages pittoresques : le gorille Kar, la guenon Zig, l’éléphant Baroi, le lion Rag, les tribus d’autochtones et mêmes les animaux préhistoriques, offrant au lecteur un joyeux gloubi-boulga de H.G. Wells, avec ses civilisations perdues, de Kipling, et évidemment toute la panoplie des aventuriers maléfiques et des savants fous que l’on retrouve chez Burroughs, mélangeant séquences dans le passé et quelquefois de science-fiction sans grande volonté de cohérence. On tire le scénario à la ligne et du point de vue du dessin, on voit bien que les auteurs ont les comics de Burne Hogarth et de Russ Manning ouverts sur la table.

Mais il y a une candeur proprement populaire de ce genre de récit que produisait l’Italie dans les années 1960 avec ses péplums de carton-pâte et ses westerns bon marché.

Au niveau de l’écriture même, l’adaptation française un peu guindée, et proprement censurée, contient difficilement la gouaille d’origine. D’où le charme étrange qui se dégage de ces pages jusqu’à aujourd’hui. Au-delà de la curiosité, ces fascicules d’Akim restent de plaisants moments de lecture.

Le tome 2 de cette intégrale d’Akim paraît chez Robinson le 25 août 2021.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

 
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4 Messages :
  • Un vrai héros populaire ce Akim.
    Tous les lecteurs s’en souviennent ainsi que des échanges avec les copains du quartier.
    Il y avait Tartine, Pépito, Le grand Blek, Captain’swing, Mister No ...
    Interessant, à 0.91 euros, tout le monde pouvait en acheter, Kiwi c’était 300 000 exemplaires par numéro, d’ailleurs dans une vidéo Gérard thomassian évoque ce chiffre impressionant.
    "RLHD.TV 183 les petits formats sont grands" sur youtube.
    Cela complémentera votre article.
    Il y a une vingtaine d’année, mon fils qui était à l’école primaire, avait lu des Tartines qui trainaient chez moi et à ma grande surprise, il avait adoré. Il m’en reparle encore.
    Un autre héros qui mériterait une réédition serait Blek le roc. L’ntégrale chez Edition Soleil 1994 était une réussite, dommage qu’elle se soit arrêtée au 9 eme tome.
    On croise les doigts.
    Sinon bon papier, avec la comparaison du manga.

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  • Par pitié, il faut arrêter de parler de « grand remplacement » sans arrêt. C’est faire de la publicité à cette thèse raciste et complotiste totalement dénuée de tout fondement scientifique. Personne n’a dit qu’il y avait un complot programmé pour remplacer la bd européenne par les mangas, c’est absurde. Les auteurs et les amateurs de la bd franco-belge ont seulement envie de continuer à exister et combattent l’idée d’une certaine uniformisation culturelle, c’est plutôt sain. D’autant qu’à l’origine du travail des grands Mangakas, il y a souvent une influence américaine ou européenne. La Bd est mondiale et c’est heureux ainsi. Effectivement à une époque, celle du triomphe de la Bd franco-belge, la bd populaire était surtout italienne. Elle existe d’ailleurs toujours en Italie et l’éditeur Bonelli a su imposer de nouveaux personnages à côté des traditionnels Tex et autres Zagor. Il est tentant de considérer que les mangas d’aujourd’hui sont l’équivalent de ces fumettis vendus partout en Europe des années 50 à 90, mais effectivement ils sont vendus plus cher, mais pas 5 fois plus cher en argent constant. Entre-temps, il y a aussi eu les comics américains. De fait, depuis longtemps et plus encore depuis la crise de la presse et la disparition progressive des magazines BD, la BD populaire est chez nous une BD d’importation.

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  • Bonjour
    Tres heureux de retrouver akim.
    J’ai commencer a les lire vers le no 200
    Les 228 et 229 étaient formidable
    Puis j’ai découvert akim coloris
    Avec ces nouveaux formats
    Je replonge dans ma jeunesse
    Pensez à mettre les couvertures

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    • Répondu le 28 juillet à  22:20 :

      Mais jusqu’à très récemment, Mon Journal existait encore et Akim, ainsi que Captain Swing paraissaient ou même paraissent toujours en France.

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