Al Dente - Slender Fungus, n°1 - Ozanam & Laigle - Glénat

14 avril 2004 0
  • Règlements de comptes mafieux dans le Chicago des années 50. Un classique du polar remanié dans les règles de l'art, avec brio. Décapant.

Sonny Rossetti n’est pas homme à se faire marcher sur les pieds. En bon parrain sicilien, il a tendance à exiger un respect sans faille et le total dévouement de ses hommes de main et sous-fifres de base. Nous sommes à Chicago, année 1949, Sonny R. marie sa fille à son intraitable bras droit, mais il n’est pas d’humeur. Passablement agacé même, par une lettre signée de la main d’un certain Slender Fungus. Le bougre se paie le luxe téméraire de prendre délibérément congé du suprême mafieux en ayant pris soin d’extorquer, au préalable, la coquette recette d’une soirée de son vaste réseau de prostitution, emportant en prime l’une des « filles » pour sa jouissance personnelle. Ironique, persifleur et moqueur, Fungus tire avec éclat sa révérence sans omettre la petite remarque qui tue sur la laideur notoire de la mariée... Autant dire que par la présente, il a signé son arrêt de mort. Et ce sont trois crétins qui héritent de la lourde tâche de retrouver le sursitaire, trois nullos si mal inspirés d’avoir recommandé Slender à la Famille Rossetti. Mais comme on ne peut pas compter sur ces nazes, promis au même sort que le condamné, Sonny invite le psychopathe « Crapaud », liquidateur bourreau de son état, à entrer dans la danse.

Certes, le premier tome de « Slender Fungus » est sortie en librairie courant 2003 mais voilà, noyé dans la masse - +19% d’albums supplémentaires par rapport à 2002 est-il utile de le rappeler- cette perle a, disons, échappé à notre vigilance. Fin de la parenthèse.

Premier point d’ancrage de ce polar spaghetti par excellence : le dessin, somptueux, puissant, caricatural. Finesse du trait, étiré, épuré. Festival d’expressions explosives, de gueules distinguo-mafieuses. Et cette ambiance des bas fonds, obscurs, malsains, inquiétants, ces gros-plans étriqués ultra-chiadés, alternés ici ou là, mais trop rarement, avec de larges cases aux perspectives travaillées et parfaitement maîtrisées, nourrissant malheureusement quelques regrets au regard d’autres plages plus vides, sans doute par souci de sobriété mais du coup, au rendu moins fort, plus fade... Au final, Laigle s’en tire avec un bilan graphique on ne peut plus flatteur pour un jeune dessinateur bigrement talentueux. Et alors, quelle mise en valeur (!) d’un scénario bétonné, qu’on imagine inspiré d’une riche filmographie américaine. En tout cas, on s’y croit. Un casting sans faute, des dialogues classieux, truculents dépareillant à merveille avec la violence perverse et débridée des exécuteurs de la mafia. Ozanam y ajoute une touche d’humour de chaque instant. Il ne reste plus qu’à savourer cet album piquant servi al dente. Espérons que la suite ne sera pas réchauffée.

(par Nicolas Fréret)

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