Alan Moore présente Swamp Thing T. 3 - Par Alan Moore & Collectif - Urban Comics

9 septembre 2020 1 commentaire
  • Suite et fin de l'intégrale consacrée au passage mythique d'Alan Moore sur Swamp Thing, avec un troisième volume qui laisse (enfin) éclater toute la rage et la puissance de la Sève : c'est la Nature elle-même qui se dresse contre l'Homme. Un final de toute beauté qui confirme la place incontournable du personnage dans la galaxie DC Comics, et le génie de l'auteur.

Rappelez-vous la fin du tome 2 : Moore laissait sa créature après un âpre combat aux proportions divines en compagnie de l’intriguant John Constantine, qui apparaissait là pour la première fois. Et si l’alliance entre l’exorciste britannique et la créature des mangroves est, d’un point de vue pratique, plus qu’efficace, elle n’en reste pas moins surprenante dans une certaine mesure, l’un et l’autre étant surtout réputés pour être de grands solitaires.

C’est à cette dimension du personnage que revient donc Swamp Thing dès le début du troisième tome de cette intégrale. De retour à la Nouvelle Orléans, il découvre la disparition de sa femme Abby, contrainte de fuir pour échapper à une accusation par la justice de "crime contre-nature", en raison de sa relation -pourtant sincère- avec la créature du marais. Inutile de dire que cette situation ne plait pas du tout à Swamp Thing, qui se laisse alors envahir par une rage primale dont nul, pas même lui, ne peut sortir indemne...

Alan Moore présente Swamp Thing T. 3 - Par Alan Moore & Collectif - Urban Comics
Poésie et destruction, violence et beauté : deux thèmes fondateurs du personnage.
© DC Comics / Urban Comics.

Naturellement, avec Alan Moore, l’interprétation et les multiples niveaux de lecture sont de rigueur. Et derrière le "crime contre-nature" commis par Abby, on discerne bien une critique de l’auteur à l’encontre de l’intolérance et du puritanisme, deux de ses ennemis jurés.

En plus de ces charges politiques, on retrouve tous les ingrédients de "l’alchimie Moore" : des personnages toujours aussi bien traités, pétris d’une humanité singulière mais authentique, et un rythme faisant la part belle à la contemplation et à la réflexion plus qu’à l’action (ce qui ne va pas toujours de soi dans un comics) et surtout une vraie portée philosophique et politique.

Le tout est porté par des dessinateurs variés mais très talentueux, qui nous proposent un dessin old school comme on l’aime (rappelons que les chapitres de la présente intégrale ont été initialement publiés entre 1983 et 1987). Saluons également le formidable travail de découpage des planches, particulièrement inventif. On retrouve là la patte de Rick Veitch, l’un des dessinateurs les plus convaincants de l’intégrale. Ce séquençage, qui faisait pour partie la qualité des précédents volumes, colle à merveille au caractère psychédélique de certaines partie et confère son identité au titre.

Le découpage des planches, parfois à la limite du compréhensible, ajoute à la dimension expérimentale du titre.
© DC Comics / Urban Comics.

Ainsi se conclut l’intégrale d’Urban Comics consacrée au travail d’Alan Moore sur Swamp Thing qui regroupe quatre années de scénario entre 1983 et 1987. Quatre années au cours desquelles le génie britannique a fait passer les ventes du titre de 17 000 exemplaires à 100 000, et durant lesquelles il a raflé nombre de prix. C’est en outre au cours de cette dernière partie de son run que Moore va consolider ses relations avec le dessinateur Rick Veitch, qui prendra à sa suite la charge du titre.

On retient surtout ce passage dans l’écurie DC comme une marche capitale de l’entreprise de "maturation" du comics par Moore. Une ambition que l’auteur porte depuis le début de sa carrière, et qui tend à favoriser l’ouverture du comics sur de nouveaux thèmes politiques et philosophiques pour ne plus être un simple divertissement pour adolescents, concrétisation d’un mouvement général du médium vers un public plus adulte. Cette démarche prend ici une toute autre proportion car il la porte auprès de DC Comics, un des plus grands éditeurs de comics mainstream.

Le chapitre 31# de son run marque par ailleurs sa confrontation avec le Comic Code Authority, l’organisme de censure chargé d’assurer l’absence de contenu subversif dans les comics : inceste et nécrophilie y sont abordés, et le sacro-saint cachet du CCA est refusé sur la couverture. Swamp Thing devient dès lors le premier comics mainstream a être publié sans l’aval du CCA, et le symbole d’une évolution en cours de l’industrie qui ose se libérer de la censure.

Swamp Thing by Alan Moore est donc autant une entreprise capitale dans l’histoire du comics que dans la carrière personnelle de l’auteur. Indispensable pour tous les amateurs de bande dessinée américaine et qui plus est proposée avec la qualité habituelle des intégrales Urban Comics, on ne peut que recommander cette lecture à tous les néophytes du genre, comme aux passionnés. Chacun y trouvera son compte.

Au fil des chapitres, Swamp Thing en viendra même à rencontrer -et à affronter- le Croisé à la Cape, Batman Himself !
© DC Comics / Urban Comics.

(par Jaime Bonkowski de Passos)

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Alan Moore présente Swamp Thing T. 3 - Par Alan Moore & Collectif - Urban Comics - 28/07/2020 - 400 pages - 35€.

 
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1 Message :
  • Swamp Thing n’a pas été le premier comics publié sans avoir le fameux cachet du CCA . En mai 1971 le #96 d’Amazing Spiderman, dessiné par Gil Kane, ne portait pas le cachet pour cause de l’évocation du problème de la drogue. Ce fut d’ailleurs le début d’un assouplissement de ce code déontologique. Dans les numéros suivants apparaît un personnage clairement identifié comme un vampire, type absolument prohibé par le code jusqu’alors .

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