Alan Moore renie Hollywood et annonce arrêter la BD

29 février 2004 0 commentaire
  • Intéressante interview d'Alan Moore par Daniel Couvreur dans le quotidien belge {« Le Soir »}: « {Je vais terminer « Lost Girls }»... » dit Alan Moore, « {...Ensuite, j'ai envie de me tourner vers d'autres formes d'expression : la musique, l'art work, les nouvelles, la poésie...} »

A l’occasion de la grande rétrospective Alan Moore à Charleroi (voir notre site très complet sur le sujet), l’ermite de Northampton a accordé une interview au quotidien belge "Le Soir" daté du jeudi 26 février 2004. On y apprend des choses intéressantes.

Parlant de V pour Vendetta (Editions Delcourt), il dit : « Pour moi, la BD peut s’intéresser à tous les sujets. C’est une forme d’art à part entière et une arme très puissante contre l’establishment. Dans les années Tathcher, avec tout ce qui se passait dans la rue, les émeutes et la renaissance de l’extrême-droite, je n’ai pas dû faire preuve de beaucoup d’imagination pour écrire... » Il ajoute : « Dans les années 90, on est vraiment arrivé à placer des caméras de sécurité à tous les coins de rues. Je ne sais pas si Blair a été chercher l’idée dans V pour Vendetta  »...

Parlant du cinéma et de la télévision, il dit : « Au cinéma et devant la télévision, tout le monde vit la même expérience. Le public se fait laver le cerveau vingt-cinq fois par seconde. La TV et le cinéma tuent l’imagination, endommagent notre perception de la réalité et nuisent au vrai débat politique. »

Hollywood : « Je ne veux plus de leurs chèques. »

A propos des États-unis : « On regarde souvent l’Amérique comme un paradis. Elle véhicule aussi de l’horreur mais on ne la montre pas. Ce pays qui flirte actuellement avec l’autodestruction, comme un empire essoufflé qui se gargarise de la toute-puissance de ses symboles. » Parlant de Watchmen (éditions Delcourt) : « A première vue, mais à première vue seulement, ce ne sont que des histoires de super-héros. En réalité, ils abordent des points de vue différents sur l’histoire des États-Unis  ».

Parlant de l’intérêt d’Hollywood pour ses scénarios : « Hollywood s’intéresse à mes livres. Je ne m’intéresse pas à ses films. » Constatant que le résultat n’a rien à voir avec ses BD, il annonce : « Hollywood ne touchera plus à mes livres, sauf si j’ai l’opportunité d’une collaboration avec un grand réalisateur et si je suis davantage impliqué dans le scénario. » Il ajoute, péremptoire : « Je ne veux plus de leurs chèques. »

Alan Moore arrête la BD.

Précisant sa pensée en ce qui concerne l’utilisation de la BD au cinéma, il dit : « Maintenant, on utilise la BD comme on remplit de figurines les boîtes de corn-flakes. Je pense que cette vague d’adaptations n’augure rien de bon pour la BD. Les gens iront voir les films sans avoir lu la BD. Ils reviendront renforcés dans l’idée qu’il s’agit d’œuvres basiques et stupides uniquement tournées vers l’action. »

Au sujet de ses projets de BD, il annonce qu’il arrête tout, précisant qu’il a publié plus pendant ces cinq dernières années que pendant sa carrière entière. « C’est un cadeau que j’ai fait au public. » Il a l’intention de solder ses séries chez ABC et de terminer « Lost Girls ». Après ? « J’ai envie de me tourner vers d’autres formes d’expression : la musique, l’art work, les nouvelles, la poésie...  » Mais avant cela, il va prendre des vacances : « Cela fait 25 ans que j’oublie d’en prendre. »

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Photo : Alan Moore par José Villarubia.

  Un commentaire ?