Albany - T4 : Olivia Sturgess (1914-2004) - par Floc’h et Rivière - Dargaud

24 août 2005 0
  • Mesdames, messieurs, bonsoir. Le principal titre de l'actualité est la mort de la célèbre romancière Olivia Sturgess. Sa vie, son œuvre, un reportage signé Floc'h et Rivière...

Née à Londres en 1914 dans une famille de la haute bourgeoisie anglaise, Olivia Sturgess vit ses premières années séparée des autres enfants, sous la houlette de sa mère et de sa tyrannique grand-mère. Dans cet univers féminin, elle cultive un imaginaire qui nourrira plus tard ses romans. A l’age de 20 ans, elle publie sa première nouvelle et ne tarde pas à rencontrer un succès littéraire qui lui permet, entre Londres et New York, de côtoyer la jet-set intellectuelle de l’époque. C’est lors d’une de ses soirées qu’elle rencontre le célèbre critique Francis Albany, qui deviendra son ami, confident et amant, et avec lequel elle parcourra la France et l’Italie...

Avouons-le tout net : après la lecture de cette délicieuse biographie pleine d’invention, tellement sincère, on a bien envie d’y croire. Cette romancière britannique a-t-elle vraiment existé ?
Floc’h et Rivière confondent réel et imaginaire avec un réalisme toujours aussi épuré. Bien sûr, les amateurs d’action, de poursuites et cascades seront déçus car le mouvement se faire rare. Qui aurait pensé que le genre du documentaire télé puisse être adapté par le neuvième art ? Le résultat est d’une grande élégance dans le style ligne claire auquel nous a habitués Floc’h.
Devant la caméra, le "télélecteur" entendra s’exprimer Olivia elle-même, puis ses amis, ses proches, son biographe ou des journalistes. Ils raconteront - de façon parfois contradictoire - les différentes étapes de sa brillante carrière. Les auteurs multiplient les clins d’œil : témoignages et rencontres avec Charlotte Rampling, Noel Coward, Patrick Macnee et Diana Rigg mais aussi présentation de leurs précédents albums BD comme des best-sellers écrits par l’héroïne elle-même... L’impression de réalité est encore renforcée par les quelques pages qui clôturent le livre et qui sont, en quelque sorte, le catalogue d’une exposition qui serait consacrée à la romancière. Ce quatrième tome a l’air d’une conclusion d’une histoire commencée il y a maintenant presque 30 ans. Il pourrait bien être en fait une transition vers d’autres formes de narration.

Cet album pose une question : est-ce qu’un artiste - un écrivain en l’occurrence - habité par une transcendance créative doit consacrer toute son existence à son art ? La réponse d’Olivia est très claire. Elle aussi a le droit au bonheur.
Subtil mélange de mystère et de sensualité, cette biographie posthume est très humaine. Les personnages de papier deviennent des personnes. C’est toute une vie dans le siècle qui prend forme sous les yeux du lecteur. On est presque déçu de voir le mot "fin" s’inscrire et l’écran devenir noir à tout jamais...

(par Laurent Boileau)

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