Aleph-Alif - Par I. Minaverry - Éditions Emmanuel Proust

10 mai 2008 0
  • En cette période anniversaire de la création de l’État d’Israël, les Éditions Emmanuel Proust ont choisi de nous proposer un album inédit et original venu …d’Argentine !

Ignacio Minaverry,, jeune auteur dont c’est le premier ouvrage, nous invite à une ballade sensible et nostalgique qur la Terre Sainte de la fin des années 1960, en empruntant les pas d’une héroïne troublante et atypique.

Dora, jeune juive d’origine espagnole cherche à connaître les véritables raisons de la mort de son père disparu vingt ans plus tôt dans un camp de concentration. Cette quête s’apparente à un voyage intime marqué par un spleen nostalgique où se mêlent fantômes du passé et menace de la guerre toute proche (nous sommes en 1967, à la veille de la Guerre des Six jours) mais c’est aussi une sorte de road-movie oriental et sentimental !

Le titre ajoute un clin d’œil symbolique supplémentaire puisqu’il reprend les traductions de la première lettre des alphabets hébreu et arabe. Une manière de donner le ton d’un discours généreux et naïf illustré par la phrase de Dora citée en exergue : «  Je suis pacifiste, je suis contre toutes les guerres, justes ou injustes ».

En suivant la jeune femme dont la ressemblance avec Jean Seberg, actrice du film de Jean Luc Godard À bout de souffle n’est évidemment pas due au hasard, on parcourt son carnet de voyage fait de reprises d’archives et de scènes romanesques subtiles et délicates. Loin des clichés complaisants souvent attachés aux Sixties, l’auteur nous plonge dans une histoire intime dont la toile de fond réaliste et historique renforce la crédibilité.

Bien que reposant sur une abondance d’aplats noirs et blancs déjà vus ailleurs, le style graphique reste malgré sobre et d’une grande efficacité. Il est aussi en parfaite harmonie avec le propos du livre : lumières denses et brutales, ambiance « silencieuse » servie par une succession d’images muettes, grande lisibilité des images…Révélant un trait de belle assurance et un découpage précis , Minaverry a su adopter un style qui facilite l’entrée dans une atmosphère pétrie d’émotions et de sentiments mélangés.

Avec ce titre, les éditions Emmanuel Proust investissent dans le roman graphique. Ce premier essai publié dans la collection Atmosphère plutôt convaincant laisse espérer de nouvelles découvertes de cette qualité.

Un album à lire (parmi d’autres !) dans le prolongement du récent Salon du Livre.

(par Patrice Gentilhomme)

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