Alex Alice (Siegfried) : « J’ai voulu revenir aux origines du mythe qui a inspiré "Le Seigneur des anneaux" »

21 septembre 2009 0 commentaire
  • Après avoir dessiné {Le Troisième Testament}, {{Alex Alice}} enchaîne sur une œuvre ambitieuse : l’adaptation d’un récit de mythologie nordique, {l’Anneau de Nibelung}. Dans le deuxième album de {Siegfried}, le dessinateur nous entraîne dans la quête de son héros. Avant de rejoindre les hommes, il devra combattre Fafnir, un dragon qui protège l’or du Rhin. L’auteur signe ici une œuvre magistrale, épique et drôle qui devrait faire l'objet d'un dessin animé. Rencontre.

Alex Alice (<i>Siegfried</i>) : « J'ai voulu revenir aux origines du mythe qui a inspiré "Le Seigneur des anneaux" »Pourquoi vous êtes-vous intéressé à Nibelung, ce récit mythologique germanique du Moyen-âge ?

Mon père m’a familiarisé, lors de mon enfance, aux opéras de Richard Wagner. Ce dernier a adapté cette histoire en quatre opéras. Même si j’avais du mal à les comprendre, ils me fascinaient déjà. Mon père essayait de mes expliquer. J’ai gardé, pendant longtemps, une fascination pour cette œuvre qui me semblait inaccessible. Alors que je terminai le dernier tome du Troisième Testament, je me suis mis à réfléchir à un prochain sujet. Je voulais réaliser un récit mythologique, qui me permettait d’aborder l’Heroïc Fantasy. En adaptant une partie de l’Anneau de Nibelung, je pouvais revenir aux origines du mythe avec une certaine fraicheur. Cette histoire est fondatrice. Elle a inspiré Wagner, mais aussi Tolkien pour Le Seigneur des anneaux. Gollum, par exemple, ressemble beaucoup à Mime. Ce sont des guides, des créatures difformes de la nuit.

Très peu d’auteurs de BD se sont intéressé à ce sujet…

Effectivement. Je n’en connais pas la raison. Mais pour moi, c’était une évidence. Beaucoup se sont inspirés de l’œuvre de Tolkien, au lieu de revenir à ce qui l’avait influencé. La légende d’origine est d’un abord ardu et austère. Mais quand on fait l’effort d’entrer dedans, on se rend compte qu’elle contient de nombreux évènements merveilleux et intéressants. En m’y replongeant, maintenant que je suis adulte, je me suis aperçu à quel point ce grand mythe est formidable. Les livrets des opéras de Wagner sont d’une grande force. En plus d’être épiques, lyriques, tragiques, ils sont aussi parfois d’une drôlerie étonnante.

Odin - Extrait du T2 de Siegfried.
(c) Alex Alice & Dargaud.

Cela n’a pas du être facile. Wagner l’a transposé en une quinzaine d’heures, même si la durée varie selon les interprétations.

Je me suis concentré sur une partie de l’histoire, celle de Siegfried. Il s’agit du troisième opéra de Wagner. Cette histoire était plus attrayante et contenait plus de fantastique. On suit le parcours d’un héros qui est presque un archétype avec les figures imposées du genre. L’absence de mentor est également importante dans cette histoire. Siegfried se trouve un mentor par défaut, qui est Mime. La relation entre ces deux personnages constitue la spécificité du récit. Je suis allé rechercher d’autres éléments dans les autres parties de l’opéra et de la mythologie pour les incorporer à cette histoire, comme par exemple la Walkyrie. Dans l’œuvre originelle, ce personnage n’apparaît pas dans le volet Siegfried. Je l’ai intégré pour approfondir les relations entre les personnages et pour réaliser une scène magnifique avec Odin, le dieu des dieux, qui se retrouve dans une situation terrible par rapport à sa fille.

Finalement, tous vos personnages sont des archétypes. Siegfried a été élevé par les loups et par Mime. Vous représentez votre héros de manière assez pure. On dirait presque un archange…

C’est involontaire. En fait, je m’aperçois que j’aime mettre en scène des archétypes et des idéaux. Odin est tout puissant, vieux et barbu. Il est impressionnant. La Walkyrie est superbe…

Presque tous les personnages sont épurés. Ils évoluent dans des décors assez sombres, torturés, avec des effets de matière dans les roches et les décors. Pourquoi cette différence de style ? Est-ce du au fait que ce projet a été développé pour un dessin animé ?

Il y a plusieurs raisons à cela. Je suis à la recherche d’une certaine beauté dans mon travail. J’aime dessiner des personnages beaux et inspirants. Ils vivent des évènements difficiles, mais représentent un idéal. Et puis, il y a effectivement ce projet de film animé. J’ai oeuvré sur la bande dessinée et sur le film en même temps. Cela m’a incité à travailler ce côté épuré. Pour la bande dessinée, j’ai eu envie d’aller vers des décors très réalistes. Ceux-ci permettent aux lecteurs d’entrer plus facilement dans l’univers. J’ai eu un énorme plaisir à retranscrire ce monde fantastique en images. Je voulais faire ressentir aux lecteurs la réalité des lieux et des matières. Les personnages, qui sont plus stylisés, me permettent d’avoir une gamme d’expression plus étendue et facilitent une identification immédiate aux personnages. Les personnages diffèrent cependant. Odin est réaliste, et Mime est plus stylisé et expressif. J’adore ce dernier personnage.

Extrait du T2 de "Siegfried" - Siegfried et Mime
(c) Alex Alice & Dargaud.

Est-ce pour cette raison qu’il est devenu beaucoup plus humoristique dans le second tome ?

Le texte originel comporte des éléments humoristiques. Je voulais dès le début, incorporer une bonne dose d’humour dans Siegfried. Seulement, le premier tome ne s’y prêtait pas. On y parle de l’enfance assez dure du héros. Mime y a un rôle de mauvais père et a une relation ambigüe avec Siegfried. Il l’élève pour s’en servir et lui fait passer de sales moments. Mime devient un déclencheur humoristique dès que le rapport de force entre ces deux personnages s’inverse. Au moment où Siegfried devient un personnage insupportable et puissant, qui ne se laisse plus intimider par Mime.

Le premier tome était une mise en place de l’univers. La quête initiatique de Siegfried n’avait alors pas encore commencé.

Exactement. L’univers est assez complexe et je me suis efforcé de le présenter de la manière la plus simple possible. Le rapport entre Siegfried et Mime était important à expliquer. C’était le prix à payer pour rentrer dans l’histoire, dans la quête initiatique, qui commence dans le deuxième tome.

La planche 27 du deuxième tome est assez forte. Siegfried, prit par la fièvre, se retrouve dans un marais, le territoire de la sorcière, vous bousculez le cadrage au sein de chacune des cases pour montrer au lecteur que Siegfried perd ses repères…

Oui. C’est d’ailleurs la première page dont j’ai réalisé le story-board avant même de travailler sur le premier tome. Je me régalais ! Cette scène est un très grand plaisir narratif. J’ai toujours aimé jouer avec les codes de la narration. Siegfried devait se perdre dans le labyrinthe de cette forêt interdite. C’est l’endroit de toutes les pulsions et où son inconscient va se révéler. Il va retrouver face à lui tout ce qui le bloque et l’empêche d’avancer. Je voulais profiter du langage de la bande dessinée pour arriver à représenter cela de manière forte. J’ai tout de même louché un tout petit peu vers le travail de Fred. A travers ce découpage, je souhaitai que le lecteur se sente perdu, et tourne l’album dans tous les sens …

Extrait de Siegfried T2 - La planche 27
(c) Alex Alice & Dargaud.

Avez-vous commencé à travailler sur le projet audiovisuel autour de Siegfried dès la fin du « Troisième Testament » ?

Non. J’ai d’abord pensé à une bande dessinée pour cette histoire. Mais l’idée de la transposer sur deux supports différents s’est rapidement imposée. Je réaliserai moi-même le film, après avoir bouclé de troisième tome de Siegfried. Cette bande dessinée est un outil formidable pour montrer ses intentions à l’équipe qui travaillera avec moi. Mais c’est vrai que c’est un projet qui est assez long à mettre en place.

N’est-ce pas un projet difficile ? Serge Le Tendre nous expliquait que l’adaptation audiovisuelle de la « Quête de l’Oiseau du Temps » demandait une exigence folle…

C’est effectivement un projet lourd. Mais je maîtrise la production. S’il y a un problème, je préférerais attendre plutôt que de réaliser un film dont je ne serais pas satisfait…

Vous remerciez de nombreuses personnes dans le premier tome de « Siegfried » dont Fabien Nury, Xavier Dorison et Matthieu Lauffray.

Fabien et Xavier sont des amis. Nous nous montrons régulièrement nos travaux mutuels. Matthieu, quant à lui, est plus impliqué dans Siegfried. Il a assuré le début du développement audiovisuel avec moi et assumera la direction artistique lorsque la production sera lancée.

On parle beaucoup d’un préquel au Troisième Testament. Qu’est-il exactement ?

Il s’agira plutôt d’une anté-suite. Une suite qui se déroulera treize siècles avant le Troisième Testament. L’histoire sera indépendante et d’un genre totalement différent. Xavier Dorison et moi-même avons écrit un péplum fantastique, qui sera illustré par Robin Recht. Le premier des quatre gros albums de cette série devrait paraître l’année prochaine.

Le pilote du film animé Siegfried


Siegfried Alex Alice (pilote)
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(par Nicolas Anspach)

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Photo (c) Nicolas Anspach

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