Alex Talamba ("Sidi Bouzid Kids") : " Je n’ai jamais abandonné mon rêve de devenir un professionnel de la bande dessinée."

23 mars 2013 5 commentaires
  • Alex Talamba est l'un des deux auteurs de BD roumains invités par le Salon du Livre de Paris 2013. Son premier livre a été publié chez Kstr avec la collaboration d'un scénariste français : Éric Borg. Rencontre.
Alex Talamba ("Sidi Bouzid Kids") : " Je n'ai jamais abandonné mon rêve de devenir un professionnel de la bande dessinée."
Sidi Bouzid Kids par Eric Borg & Alex Talamba
Kstr / Casterman

Comment en êtes-vous venu à la bande dessinée ?

Je suis né à Bucarest en Roumanie en 1980, ce qui fait que, heureusement, je n’ai vécu que neuf ans sous le régime communiste qui eut un effet funeste que j’ai ressenti, malgré mon jeune âge, dans mon enfance. Je me souviens de ces hivers froids sans chauffage où je dessinais en bonnet et en gants. Je suis donc ravi que cet "âge d’or" se soit évanoui. J’ai eu la chance de ne pas avoir exercé mon métier d’auteur de bande dessinée sous le joug de la censure communiste. J’ai le plus grand respect pour les auteurs qui ont eu à subir cette pression, même s’il était possible de s’exprimer de façon détournée.

Les seules "bandes dessinées" qui étaient présentes en Roumanie étaient les BD françaises Pif et Rahan [Les invendus français étaient diffusés dans les pays frères du régime soviétique. NDLR.] . La propagande communiste régnait sur la presse des jeunes. La BD était un sujet très prisé entre les gamins. On pouvait échanger un Rahan contre cinq numéros de Pif, et trois Rahan pour un album d’Astérix !

À la chute du régime communiste en 1989, de nouvelles publications apparurent : des productions roumaines et étrangères. Des maisons d’édition testèrent le marché mais, malheureusement, leurs efforts ne furent pas couronnés de succès suffisants pour justifier de nouveaux investissements, si bien que le marché déclina.

À l’âge de onze ans, je me suis inscrit à la Bibliothèque jeunesse de l’Institut Français de Bucarest. Cela a été ma première rencontre véritable avec la bande dessinée. J’étais bluffé par la grande variété des créations disponibles et cela a été l’occasion de prendre conscience de ma vocation : je voulais être un dessinateur de BD ! En conséquence, je me suis inscrit dans une école d’art de Bucarest, très déterminé mais aussi très anxieux d’accomplir mon rêve en dépit d’une évidente absence de débouchés dans mon pays. Même si, des années plus tard, j’ai fini par obtenir un diplôme en peinture et si j’ai travaillé pendant dix ans comme illustrateur dans la publicité, je n’ai jamais abandonné mon rêve de devenir un professionnel de la bande dessinée.

Sidi Bouzid Kids par Eric Borg & Alex Talamba
(c) Kstr / Casterman

Quelle et la situation de la bande dessinée en Roumanie ?

La Roumanie est un marché difficile pour un créateur de bande dessinée. La plupart des maisons d’édition souffrent d’une insuffisance de la lecture publique dans ce pays et se désintéressent de la bande dessinée pour cette raison, ce qui est proprement un paradoxe car la bande dessinée peut précisément amener les gens à la lecture.

La recherche généralisée du profit immédiat fait que je ne pense pas que les éditeurs aient les moyens, ni la réflexion stratégique, d’un investissement long terme nécessaire à la constitution d’un marché de la BD dans notre pays.

Ceci fait que la plupart des publications de BD en Roumanie sont le fait de l’autoédition. La scène BD existe au travers de quelques publications pas vraiment promues ni diffusées, de quelques rencontres et expositions organisées par quelques auteurs de BD enthousiastes. La 22e édition du Festival de BD de Constanta a eu lieu en 2012 et a été organisée avec l’aide de l’Alliance Française, réunissant un bon nombre de créateurs internationaux mais aussi roumains comme Puiu Manu, âgé de 85 ans, et toujours en activité, ou encore Sandu Florea un auteur de comic book qui a longtemps travaillé pour Marvel ou DC Comics et dont le nom est attaché au Prix remis par le festival, la plus haute distinction accordée à un auteur roumain.

Sidi Bouzid Kids par Eric Borg & Alex Talamba
(c) Kstr / Casterman

Comment en êtes-vous venu à être publié en France ?

Par chance. En 2001, il a été présenté à Angoulême un album intitulé "Le Livre de Georges", un collectif d’auteurs roumains pour lequel j’avais réalisé quelques pages, une courte histoire d’horreur intitulée “Zombie French resistance”. Éric Borg l’a repérée et m’a proposé le projet Sidi Bouzid Kids. Je bossais dans une boîte à ce moment-là, mais une fois que Casterman a accepté le projet, je leur ai donné ma démission ! C’était vraiment une aventure de publier ainsi à l’international, même si, parallèlement, je réalisais un roman graphique, Elabuga, qui a été publié par l’éditeur roumain Mandragora en novembre 2011. La même maison a publié mon deuxième roman graphique, Mila 23, en 2012.

Sidi Bouzid Kids a entièrement été conçu par échanges de mails. Je n’ai personnellement rencontré Éric qu’en mars 2012, au Salon du Livre de Paris, alors que mon ouvrage venait de sortir en librairie. Je pense que ce type lointain de collaboration peut marcher sans problème si la communication passe bien dans le cadre d’un bon travail d’équipe. J’aime bien l’écriture d’Éric, basée sur l’action, ce qui me permet d’insuffler au récit dramatisation et rythme. Je pense que nous avons fait du bon boulot et j’espère que nous pourrons collaborer à d’autres projets ensemble.

Alex Talamba et Eric Borg
Photo DR

Étiez-vous familier avec la révolution tunisienne ?

Quand j’ai lu le scénario pour la première fois, j’ignorais tout de la situation en Tunisie. J’avais vaguement entendu parler de la “Révolution de Jasmin”, mais la seule connaissance que j’avais du pays datait des événement qui s’y déroulaient lors de la Seconde Guerre mondiale !

Mais au bout d’un mois de recherche, j’étais complètement informé de la situation du pays. Éric m’a fourni un grand nombre d’images et de vidéos dans lesquelles j’ai pu saisir le contexte révolutionnaire. En dessinant, j’étais plongé dans la musique tunisienne. Je me suis attaché à l’histoire et même si cela peut sembler étrange, j’étais sur certaines planches en complète empathie avec mes personnages, davantage dans le domaine de l’aventure humaine que dans l’aspect patriotique. Une révolution, ce sont avant tout des êtres qui souffrent.

Mila 23 d’Alec Talamba. Encore inédit en France.
(c) Ales Talamba

Quel retour avez-vous eu de la part du public ?

Malheureusement, ma seule visite en France a eu lieu l’année dernière et, le livre venant de sortir, je n’ai pas eu l’occasion de discuter avec mon public. Mais je suis au courant de l’énorme développement de la BD dans le marché francophone. Je sais qu’il faut 5 à 6 albums pour y avoir une visibilité significative. Pour avoir publié en Roumanie, je sais qu’il vaut mieux cette situation que celle que nous vivons dans mon pays où le public n’est pas suffisant pour publier des ouvrages de ce genre.

Quels sont vos projets ?

J’ai un projet en cours avec Éric Borg et deux autres sur mes propres scénarios en quête d’un éditeur.

Vous êtes content de figurer parmi les invités d’honneur du Salon du Livre ?

Pas qu’un peu ! Figurer parmi les 27 personnalités culturelles qui représentent la Roumanie cette année au Salon, ce n’est pas rien ! Être reconnu comme un auteur de BD conforte l’option que j’ai prise il y a 22 ans en choisissant ce métier.

Propos recueillis par Didier Pasamonik

Elabuga par Alex talamba, un projet encore inédit en France
(c) Alex Talamba

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Lire la chronique de Sidi Bouzid Kids

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Alex Talamba sera présent au Salon du Livre de Paris

Du 22 au 25 mars 2013

Parc des Expositions

Paris Porte de Versailles – Pavillon 1

Boulevard Victor, Paris 15e

Le site de l’événement

 
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5 Messages :
  • Belle maîtrise du noir & blanc !

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    • Répondu par Oncle Francois le 24 mars 2013 à  17:47 :

      C’est vrai, mais de plus l’auteur porte un regard lucide sur la misère qu’a entrainé sur le peuple roumain l’application d’une politique communiste. Et il faut bien du courage et du mérite pour se faire publier en France et quand on est issu d’un pays où la BD est forcément un produit superflu et sans tradition.

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      • Répondu par Gilles le 25 mars 2013 à  02:00 :

        quand on est issu d’un pays où la BD est forcément un produit superflu et sans tradition.

        Si c’est de la Roumanie dont vous parlez ainsi, vous êtes bien ignare. Renseignez-vous un peu avant de sortir des inepties.

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        • Répondu par Oncle Francois le 25 mars 2013 à  11:10 :

          Vous n’avez qu’à relire l’article, c’est précisé :" Les seules "bandes dessinées" qui étaient présentes en Roumanie étaient les BD françaises Pif et Rahan [
          À la chute du régime communiste en 1989, de nouvelles publications apparurent : des productions roumaines et étrangères. Des maisons d’édition testèrent le marché mais, malheureusement, leurs efforts ne furent pas couronnés de succès suffisants pour justifier de nouveaux investissements, si bien que le marché déclina."
          Donc invasion des françaises PIF-Rahan (pas de BD locales à l’époque), puis tentatives locales non rentables de tester le marché.

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          • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 25 mars 2013 à  16:06 :

            Vous racontez n’importe quoi. Bien sûr qu’il y a une production locale avant et pendant le communisme. Talamba rend explicitement hommage à ces auteurs qui ont dû créer sous le régime communiste. Je vous renvoie également à mon précédent article.

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